Lundi 20 décembre 2010
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COROLLER Catherine (dir.), Vous êtes français ? Prouvez-le !, Denoël, coll. Impacts, 2010, 176 p. 13,50 euro
En 2010, en France, un nom «à consonance
israélite» éveille les soupçons de l'administration. En 2010, en France, un militaire noir n'est pas un Français comme les autres. En 2010, en France, un sous-préfet peut
enjoindre à un Français de naissance de demander une carte de séjour. En 2010, en France, si les hasards de la vie vous ont fait naître à l'étranger ou si votre histoire familiale
trouve ses racines à l'étranger, y compris les anciennes colonies, un acte aussi banal qu'une demande de passeport vire au calvaire et à l'humiliation. Il vous faudra alors prouver que
vous êtes français, mais comment prouver une évidence qui vous accompagne depuis la naissance ? Au fil des années, les témoignages de recalés de la nationalité se sont accumulés.
Aujourd'hui, devant l'exaspération croissante, le ministère de l'Intérieur affirme, contre toute évidence et en empiétant sur les prérogatives de la justice, que l'administration est
moins tatillonne... tout en menaçant de déchéance de leur nationalité les "Français d'origine étrangère". On n'empêche pas un pyromane de jouer avec le feu au risque de mettre le
feu à la maison. Bien plus qu'une simple tracasserie administrative, cette suspicion d'usurpation interroge sur la nation (la nationalité française serait-elle si précieuse?) et
sur soi-même (si je ne suis pas français, que suis-je?)
Par Différences. La revue
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Dimanche 20 juin 2010
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Identités et frontières intérieures
Jean Robelin, professeur émérite- Université de Nice
« Les étrangers qui ne sont pas disposés à concéder quelque chose en échange de ce qu’ils obtiennent, qui se proposent de rester étranger à la communauté dans
laquelle ils entrent jusqu’à en contester au moins en partie les principes même, sont des étrangers qui suscitent inévitablement des réactions de rejet, de peur et d’hostilité…Une citoyenneté
gratuite, concédée en échange de rien, peut-elle, doit-elle exister ? A mon avis, non. Le citoyen contre, le contre-citoyen est inacceptable ». Sous couleur de réciprocité, donc de justice, ces propos dressent les barrières internes aux sociétés
européennes. Les démocraties ont toujours toléré des contre-citoyens : des antidémocrates. La troisième République n’a pas dissout l’Action française. Supprimer la démocratie pour la
défendre ne vise à rien moins qu’à un conformisme éthico-politique anti-démocratique.
Qui sont donc ces contre-citoyens réputés a priori inassimilables parce qu’inassimilés ?
« L’occidental ne voit pas le musulman comme un infidèle, mais pour le musulman, l’occidental l’est, excusez du peu ». Donc celui qui déroge à la réciprocité, c’est clair, c’est le musulman. Qu’importe qu’il respecte les lois du pays où il vit, il
est a priori suspect. Les intégristes chrétiens, les sectes protestantes qui défilent parfois dans Paris aux cris d’ « Accepte Jésus ou crève » ne sont jamais nommés. L’autre, lui
est clairement désigné. A aucun moment Sartori ne se demande comment façonner un sol commun, comment la démocratie politique et juridiquement fondée sur les principes de tolérance et de respect
des droits de l’individu pourrait essayer d’avoir prise sur ses négateurs. A aucun moment il ne s’interroge sur la diversité des pratiques et des interprétations dans le monde arabo-mulsulman.
Pour tracer une frontière intérieure, il forge un adversaire fictif en le donnant comme un bloc univoque. Il est de bon ton d’expliquer les tensions actuelles avec le monde musulman par des peurs
d’un islam conquérant et guerrier nées du 11 septembre. Le texte de Sartori invalide cette chronologie, il a été publié en 2000. Ce qu’il montre c’est que les éléments idéologiques des événements
sordides qui se sont déroulés il y a peu en Europe étaient en place avant le 11 septembre, que la peur a été créée.
Les questions du débat sur l’identité nationale voulu par l’actuel gouvernement français, obéissent à la même
logique :
/…/ lire la suite dans Différences numéro 274 d’avril-mai-juin à commander au MRAP
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Dimanche 13 juin 2010
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Detienne Marcel, L'identité nationale, une énigme, Gallimard, coll. Folio histoire, 2010, 177 p., ill 6,60 euro
En 2007, une nation qui fait partie de l'Europe,
comme tant d'autres, décide de créer un ministère de l'Identité nationale. Pour familières qu'elles paraissent, les notions d'identité et de nation se révèlent d'une complexité qui
éveille la curiosité de l'histoire et de l'anthropologie. Aussi, conjuguant les deux disciplines, Marcel Detienne met en perspective quelques manières radicalement différentes de se
représenter ce qui semble faire partie du « sens commun », à savoir ce que nous sommes ensemble et ce que les autres ne sont pas. Ces manières sont autant de fictions du passé ou
du présent : le pur Celte de Padanie, en Italie ; l'Hindou-hindouiste à racines védiques, dans l'Inde contemporaine ; le Japonais né de la terre des dieux sans autres prédécesseurs
; l'Athénien qui se veut pur rejet de la Terre autochtone ; l'Allemand historial d'hier, plus grec que les Grecs, du temps de Heidegger et de Hitler : le native, « citoyen de souche
» américain sur un continent ouvert à l'immigration. Sans oublier le Français de souche, à nouveau raciné.
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Jeudi 25 février 2010
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Les sociétés Intraforces et Obéa ont réalisé un sondage par téléphone du 15 au 26 Janvier 2010 auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 personnes habitant la
France Métropolitaine, âgées de 18 ans et plus. Les résultats sont disponibles en ligne :
www.obeaformation.com/images/ENQUETEOBEA.pdf
Comme tout sondage, il a sa limite liée d’abord à la façon dont sont posées les questions.
Néanmoins, parmi les principaux enseignements, on retiendra notamment les suivants :
Lire la suite :
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Mercredi 24 février 2010
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Groupe Claris :
8 février 2010 : Communiqué du collectif pour la suppression du ministère de l'identité nationale
Le « grand débat » sur l’identité nationale s’achève enfin. Pour avoir d’emblée dénoncé les dangers inhérents à sa logique identitaire, qui n’est autre que la
traduction idéologique de la politique d’immigration menée par ce gouvernement, nous ne pouvons prétendre être déçus :
le débat aura malheureusement été à la hauteur exacte de nos attentes. Les « dérapages » verbaux n’en sont pas. Ils ne font qu’expliciter crûment la logique implicite d’une politique définie au
plus haut niveau de l’État. C’est ainsi que le président de la République opposait dans une tribune publiée dans Le Monde du 9 décembre « ceux qui arrivent » à « ceux qui accueillent », soit
l’islam à la France « où la civilisation chrétienne a laissé une trace aussi profonde, où les valeurs de la République sont partie intégrante de notre identité nationale ».
Chacun l’avait compris, ce débat n’en était pas un : aussi a-t-il été organisé dans les préfectures. C’était confondre délibérément la démocratie avec
l’administration. Du moins la politique d’identité nationale aura-t-elle réussi à faire l’union nationale à ses dépens. La plupart de nos concitoyens se sont montrés plus éclairés que la majorité
de nos dirigeants : on ne peut que se réjouir de cette conscience démocratique. Elle vient démentir la démagogie d’un gouvernement qui tentait d’opposer les intellectuels au peuple, en invitant
les Français à s’interroger avec lui : « pourquoi la question de l’identité nationale génère-t-elle un malaise chez certains intellectuels, sociologues ou historiens ? » Aujourd’hui, la réponse
est claire : plus de 40 000 signatures sont rapidement venues appuyer notre appel pour la suppression du ministère de l’identité nationale et de l’immigration, et ce sont déjà 30% des Français
qui
soutiennent cette démarche (d’après un sondage publié fin janvier).
Pourtant, le séminaire interministériel qui s’est tenu aujourd’hui propose, dans l’espoir de masquer l’échec de cette initiative, de lui donner un prolongement en créant une commission comprenant
des historiens et des intellectuels pour « approfondir le débat ». Le travail des chercheurs n’a pas vocation à légitimer une politique illégitime. S’il est une leçon que nous retenons de
l’histoire, c’est bien qu’on ne joue pas impunément avec les passions identitaires.
Nous refusons donc de collaborer avec une politique dangereuse pour ce pays, et nous invitons nos collègues à refuser comme nous d’apporter leur caution aux dérives actuelles.
Nous continuons d’appeler à la suppression du ministère de l’identité nationale et de l’immigration, qui donne une forme institutionnelle à cette régression démocratique.
(Article du 9 février 2010)
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