Débat "identité nationale"

Jeudi 25 février 2010 4 25 /02 /2010 07:40
Les sociétés Intraforces et Obéa ont réalisé un sondage par téléphone du 15 au 26 Janvier 2010 auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 personnes habitant la France Métropolitaine, âgées de 18 ans et plus. Les résultats sont  disponibles en ligne :
www.obeaformation.com/images/ENQUETEOBEA.pdf
Comme tout sondage, il a sa limite liée d’abord à la façon dont sont posées les questions.
Néanmoins, parmi les principaux enseignements, on retiendra notamment les suivants :
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Mercredi 24 février 2010 3 24 /02 /2010 07:30
Groupe Claris :

8 février 2010 : Communiqué du collectif pour la suppression du ministère de l'identité nationale


Le « grand débat » sur l’identité nationale s’achève enfin. Pour avoir d’emblée dénoncé les dangers inhérents à sa logique identitaire, qui n’est autre que la traduction idéologique de la politique d’immigration menée par ce gouvernement, nous ne pouvons prétendre être déçus :
le débat aura malheureusement été à la hauteur exacte de nos attentes. Les « dérapages » verbaux n’en sont pas. Ils ne font qu’expliciter crûment la logique implicite d’une politique définie au plus haut niveau de l’État. C’est ainsi que le président de la République opposait dans une tribune publiée dans Le Monde du 9 décembre « ceux qui arrivent » à « ceux qui accueillent », soit l’islam à la France « où la civilisation chrétienne a laissé une trace aussi profonde, où les valeurs de la République sont partie intégrante de notre identité nationale ».

Chacun l’avait compris, ce débat n’en était pas un : aussi a-t-il été organisé dans les préfectures. C’était confondre délibérément la démocratie avec l’administration. Du moins la politique d’identité nationale aura-t-elle réussi à faire l’union nationale à ses dépens. La plupart de nos concitoyens se sont montrés plus éclairés que la majorité de nos dirigeants : on ne peut que se réjouir de cette conscience démocratique. Elle vient démentir la démagogie d’un gouvernement qui tentait d’opposer les intellectuels au peuple, en invitant les Français à s’interroger avec lui : « pourquoi la question de l’identité nationale génère-t-elle un malaise chez certains intellectuels, sociologues ou historiens ? » Aujourd’hui, la réponse est claire : plus de 40 000 signatures sont rapidement venues appuyer notre appel pour la suppression du ministère de l’identité nationale et de l’immigration, et ce sont déjà 30% des Français qui
soutiennent cette démarche (d’après un sondage publié fin janvier).
Pourtant, le séminaire interministériel qui s’est tenu aujourd’hui propose, dans l’espoir de masquer l’échec de cette initiative, de lui donner un prolongement en créant une commission comprenant des historiens et des intellectuels pour « approfondir le débat ». Le travail des chercheurs n’a pas vocation à légitimer une politique illégitime. S’il est une leçon que nous retenons de l’histoire, c’est bien qu’on ne joue pas impunément avec les passions identitaires.
Nous refusons donc de collaborer avec une politique dangereuse pour ce pays, et nous invitons nos collègues à refuser comme nous d’apporter leur caution aux dérives actuelles.
Nous continuons d’appeler à la suppression du ministère de l’identité nationale et de l’immigration, qui donne une forme institutionnelle à cette régression démocratique.

(Article du 9 février 2010)






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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 07:20

Esther Benbassa « Pour l’avenir, il y a un roman national à réécrire »

Directrice d’études à l’École pratique des hautes études, Esther Benbassa estime nécessaire de débattre de la France telle qu’elle est.

L’auteure de Être juif après Gaza (CNRS éditions, 2009) ne rate pas une occasion pour s’impliquer dans des combats qu’elle estime justes. En décembre dernier, elle a décidé de faire partie d’un collectif qui prône l’ouverture d’un « autre débat » que celui lancé par le gouvernement. Les membres de ce collectif, comprenant des intellectuels, des chercheurs, des écrivains, des journalistes travaillant sur le post-colonialisme ou l’immigration rejettent l’initiative d’Éric Besson, dont le but, considèrent-ils, est de manipuler l’opinion. Esther Benbassa la qualifie même de dangereuse car elle lève le tabou du racisme.

Pourquoi demandez-vous l’arrêt du débat sur l’identité nationale, alors qu’Éric Besson s’entête à vouloir le poursuivre?

Esther Benbassa. Nous n’appelons pas à cesser de débattre mais à conduire un autre échange qui ne porte pas sur l’identité nationale et qui serait une sorte de radiographie de la France. Il faut sortir de ce débat stérile sur l’identité nationale rappelant les discussions des années trente lorsque les ligues fascistes criaient: « La France aux Français ! »

Vous dites que ce débat sur l’identité nationale est dangereux…

Esther Benbassa. Il est dangereux d’abord parce qu’il caresse les mauvais instincts des gens et fait sauter le tabou du racisme. Des personnes osent dire à haute voix ce qu’elles écrivaient anonymement. Il n’est qu’un cache-misère pour parler de l’autre, de l’immigré qui ne ferait pas partie de l’identité nationale. De plus, ce débat est tourné contre l’islam comme l’était l’antisémitisme contre les juifs au XIXe siècle. Or on sait à quoi avait abouti l’antisémitisme des années trente.

En quoi consiste précisément l’« autre débat » que vous appelez de vos vœux ?

Esther Benbassa. On veut un débat ? Sur la France telle qu’elle existe aujourd’hui, avec des états généraux, des colloques et bien d’autres initiatives. Il faut réécrire les manuels scolaires, l’histoire, car, dans la saga nationale qu’est l’histoire de France, il y a celle des anciens colonisés et celle des immigrés. La décolonisation n’a toujours pas été digérée. Il faut recentrer la réflexion vers d’autres enjeux et proposer de façon concrète des outils de compréhension pour les populations. Et expliquer que le débat sur l’identité nationale est un débat nationaliste, qui cache le déficit de la France, le chômage et les luttes sociales. C’est un débat typiquement politicien, électoraliste à la veille des régionales.

En prônant un « autre débat », n’est-ce pas d’une certaine manière le fait de rester dans le débat sur l’identité nationale que vous condamnez?

Esther Benbassa. Nous n’avons jamais parlé de l’identité nationale et n’avons pas l’intention de le faire.  Mais il existe bien une question sur ce qu’est la France aujourd’hui et on ne doit pas éviter d’y répondre. L’identité nationale est un jeu de mots pour désigner le « vrai » Français. Et le « vrai » est celui qui n’est pas immigré, qui n’est pas noir, pas arabe, celui qui n’est pas musulman. Au contraire, notre collectif regarde vers l’avenir et on estime qu’il y a un roman national à réécrire avec les histoires de ceux qui composent ce pays. Qui aujourd’hui peut dire qu’il a une seule identité ? La question même est absurde, elle nous dépasse.  De plus, un débat, cela se prépare, cela se réfléchit et cela regarde l’avenir. Or le débat lancé par Éric Besson est de nature conjoncturelle.

Entretien réalisé par Mina Kaci. Publié dans L'Humanité le 5 janvier 2010.

 

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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /2009 22:53

Les points aveugles du débat sur l’identité nationale

par Françoise Vergès, écrivain

 

Le débat sur l’identité nationale s’engage en effectuant de nombreuses exclusions qui toutes sont symptomatiques de points aveugles. Il a attiré de nombreuses réactions. Des commentaires ont été faits sur la manière dont la question était posée et comment elle contenait, en creux, sa réponse : « fierté en la France, son drapeau, ses lois, son hymne national mais aussi sa générosité, » bref, un grand fleuve d’eau tiède. D’autres, sur la sélection bibliographique qui exclut pratiquement tous les ouvrages parus sur le passé esclavagiste et colonialiste de la France, ou sur l’immigration postcoloniale et les questions que soulève cette présence pour la société française, ou sur la diversité et la République. Des commentaires ont questionné la méthode qui consiste à priver des citations de leur contexte (citations de Marc Bloch, de Jean Jaurès, de Léopold Sédar Senghor…), ou ont interrogé la notion même d’ « identité nationale ». Enfin, il y a eu des commentaires sur la fiction d’une identité fixe et immuable, sur le mythe national et ses différentes formulations à travers l’histoire, sans oublier les commentaires sur la manipulation électoraliste.

 

Les sondages nous disent qu’une majorité de Français ne serait pas dupe de cette manipulation mais qu’en majorité, ils seraient aussi favorables à un grand débat. On peut comprendre qu’au moment où la globalisation financière s’accélère privant les citoyens d’une capacité d’action, que la Communauté européenne apparaît de moins en moins un projet politique commun mais plus un bureau des décisions économiques, que les questions du climat et de l’affaiblissement des ressources en eau, en énergie, font entrevoir de futurs conflits et guerres autour de ces biens communs, que les questions d’interculturalité sont devenues des questions globales, qu’une inquiétude émerge. Pour autant s’agit-il d’identité nationale, notion floue et changeante ? Ne s’agit-il pas plutôt de se demander quel vivre ensemble voulons-nous construire ?

 

Mais je voudrais attirer ici l’attention sur deux forclusions :

 

Première forclusion : pas une référence sur les contributions riches des populations des outre-mers qui se sont longuement exprimées sur la culture, l’identité, la mémoire et l’histoire au cours des États généraux de l’outre-mer, qui se sont déroulés cette année. Elles ont clairement dit combien l’enseignement de l’histoire de l’esclavage, du colonialisme, des langues régionales, combien la valorisation de leurs apports à l’histoire nationale étaient fondamentales pour que la société française dépasse son ethnocentrisme. Ets-ce à dire que le ministre qui a lancé le débat sur l’identité nationale considère ces contributions comme nulles et non avenues ? Pourquoi demander une nouvelle fois aux populations des outre-mers d’aller s’exprimer sur l’identité alors qu’elles l’ont déjà fait ? Pourquoi refaire des débats sinon pour signaler que, finalement, les consultations des EGOM n’ont eu aucune importance ?

 

En outre, ces sociétés sont des exemples de l’intraculturalité, du métissage entre groupes aux croyances et aux origines différentes. Certes, ces sociétés connaissent des tensions et des inégalités, mais elles font preuve de valeurs éthiques qui semblent manquer dans l’hexagone. À La Réunion par exemple, coexistent deux des grands monothéismes -- Christianisme et Islam, avec tous deux plusieurs églises ou sous groupes, catholicisme, protestantisme, évangélisme, sunnisme, shiisme…-- une des grandes religions, l’Hindouisme, avec le Bouddhisme et les rites afro-malgaches, afro-comoriens. La présence de l’Islam y est plus ancienne que dans l’hexagone. Sans tomber dans une naïveté béate et nier les tentations de repli, on peut observer sur cette île, une manière de cohabiter autour des valeurs partagées de respect, de tolérance, et de solidarité.

 

L’enfermement de la société française dans ses frontières hexagonales poursuit son hégémonie. Impossible de penser la France, son histoire, sa culture en dehors de frontières immuables inscrites dans l’imaginaire au 16ème siècle ! La communauté imaginée « France » reste étroitement engoncée dans son corset hexagonal. Paradoxalement, l’imaginaire français fut plus ouvert pendant l’empire colonial, certes fondé sur l’illusion de la mission civilisatrice mais malgré tout interpellé et questionné par l’Autre. Depuis la fin de l’empire colonial, le repli sur des frontières européennes signale le renforcement de points aveugles : histoire et culture de la traite négrière et de l’esclavage pensée comme concernant des gens « là-bas » ou histoire et culture de l’empire colonial post-esclavagiste. Les héritages complexes et multiples de ces siècles d’historie dans le présent sont marginalisés au profit d’un récit fictionnel qui rabat les Français sur le passé.

 

Deuxième forclusion : les femmes, la différence de genre. Les Français n’auraient pas de genre. Les femmes françaises seraient des « Français », donc pas question de se demander si l’identité nationale ne serait pas profondément « masculine ». Le genre, c’est pour les « Autres », tous ceux qui ne savent pas respecter les droits des femmes, qui seraient rigoureusement respectés comme chacun sait en France (alors pourquoi un nombre grandissant de violences envers les femmes en France ? Une continuelle disparité des salaires ? Le non respect des lois de la République – parité politique par exemple ?). Comme l’a écrit Gayatri Spivak, « les hommes blancs veulent sauver les femmes de couleur des hommes de couleur. » La question est certes complexe. Les hommes jouent sur le corps des femmes à qui sera son meilleur protecteur et le patriarche « immigré » n’a pas grand chose à envier au patriarche « français ». Les crimes « d’honneur » (notion à déconstruire, il ne s’agit pas d’honneur mais de pouvoir masculin), le conservatisme des pères et frères issus de l’immigration contre les filles La société française peut se dédouaner des crimes coloniaux et de son passé : ce sont les immigrés (musulmans) et non les Français qui ont les auteurs de crimes horribles. Il ne s’agit pas d’excuser une violence inexcusable contre les femmes mais de mieux comprendre comment et pourquoi le sort des femmes est devenu un enjeu de l’identité nationale. Ces remarques peuvent paraître dérisoires au regard des violences et de la discrimination que subissent des femmes mais quand ces dernières deviennent un des terrains sur lequel se construit un nouveau discours sur l’identité nationale, il faudrait que la question soit posée en termes très clairs et que toutes les femmes puissent dire pourquoi le débat sur l’identité nationale ne peut les instrumentaliser.

 

La question qui se pose est bien : « Comment être Français et femme, musulman, ultramarin, « Noir » ? » quand toutes les enquêtes montrent un regain des discriminations au faciès, des discriminations dans le travail, les promotions, le logement, les études.

 

 

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Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /2009 00:05
Grand débat sur "l'identité nationale "
Texte de la circulaire seule envoyée aux préfets par le Ministre Eric Besson
Texte plus annexes
L'annexe traitant de la conduite des débats locaux montre à quel point ce débat est instrumentalisé et conduit par l'exhaustivité même des questions à la confusion la plus extrême. En liant la question de l'identité nationale à l'immigration la manipulation politique est évidente
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