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Présentation

Jeudi 31 mai 2012 4 31 /05 /Mai /2012 08:07

 

Alors que des changements de responsables sont opérés dans la haute administration policière, il n'est pas inutile de rappeler que l'interdiction de la clé d'étranglement reste une revendication toujours d'actualité et qui pourrait être satisfaite sans délai par le ministre de l'Intérieur.

C'est cette technique d'immobilisation qui avait été employée par les policiers de Grasse et qui avait entraîné la mort d'Hakim Ajimi.

Nous reproduisons ci-dessous l'intervention de Dorsaf, membre du Comité Vérité et Justice pour Hakim Ajimi, lors du 4ème anniversaire de la mort d'Hakim, intervention  qui garde toute son actualité et qui présente plus largement des revendications qui se doivent d'être prises en compte rapidement, si ce n'est à désespérer encore plus la jeunesse des quartiers populaires.


Quatrième anniversaire de la mort d’Hakim Ajimi

Intervention de Dorsaf (Comité de soutien)

ajimi4ans.jpgIl y a quatre ans jour pour jour, Hakim Ajimi était tué par des agents de la BAC – victime d’une clé d’étranglement qui allait durer de longues minutes et qui allait entraîner sa mort et à ce titre il n’est pas inutile de rappeler que le médecin qui remet en question les causes de la mort de Hakim est le même qui a signé l’expertise médicale, qu’il l’a approuvée et ce alors même qu’elle relevait les indices et les preuves scientifiques qui attestent qu’Hakim Ajimi est mort d’asphyxie mécanique due à la clé d’étranglement que les policiers Walter Lebaupin et Jean Michel Moinier ont exercé sur lui alors qu’il se trouvait à terre et menotté.

Au delà de la clé d’étranglement, il n’est pas inutile également de rappeler qu’Hakim  a subi aussi  un véritable passage à tabac, c’est ce qui ressort des procès verbaux qui établissent que les agents de police, lui ont asséné plusieurs coups et ce en présence de nombreux témoins.  Il est ressorti durant l’enquête et durant le procès que les policiers ont commis, pour reprendre les paroles mêmes du juge, des actes barbares sur Hakim Ajimi. La CNDS (Commission nationale de la Déontologie de la Sécurité) composée de magistrats, de commissaires, toutes personnes compétentes qui enquêtent sur les rapport de l’IGS (Inspection générale des Services)  avait pour sa part remis un rapport accablant.

Aujourd’hui, après le procès qui s’est tenu du 16 au 20 janvier 2012, et  alors que la vérité des faits a été clairement établie,  ce que nous demandons, c’est  qu’il n’y ait pas d’immunité pour les policiers et que les policiers coupables démissionnent et purgent des peines de prison ferme.

Pour le citoyen lambda des faits aussi graves que ceux reprochés aux policiers se traduisent par une comparution en Assises avec à la clé des peines allant jusqu’à trente ans de réclusion criminelle … pour les policiers responsables de la mort de Hakim, les peines  sont de 6, 18 et 24 mois et qui plus est assorties de sursis ! Quant aux quatre agents de police secours qui avaient transporté Hakim sans lui prêter assistance, tous ont été relaxés. Une impunité flagrante.

Ce que nous demandons  également aujourd’hui, c’est une moralisation du corps des policiers –aujourd’hui l’institution policière comme l’institution judiciaire doivent être irréprochables. Responsables de l’application de la loi, il est plus qu’impératif que ces institutions commencent par la respecter scrupuleusement, il en va de la confiance, du crédit que les citoyens portent à ces institutions.

C’est cette confiance qui fait gravement défaut dès lors que, malgré les promesses de monsieur Baudis, Défenseur des Droits, censé veiller au respect des règles de bonne conduite par les personnes exerçant des activités de sécurité sur le territoire de la République, aucune sanction  n’a été prise à l’encontre des policiers de Grasse. Pourtant, monsieur Baudis avait annoncé le 16 février 2012 sur France 2, dans l’émission « Complément d’enquête »  qu’il utiliserait son pouvoir d’injonction pour demander au ministre de l’Intérieur d’engager des procédures disciplinaires et de prendre des sanctions dans un délai d’un à deux mois à l’encontre des policiers coupables. Il avait précisé que si ses injonctions n’étaient pas suivies d’effet,  il serait présent dans les procédures en justice. Aujourd’hui, l’échéance est arrivée à son terme et aucune réponse n’a été officiellement donnée. Si les agents de la BAC (Brigade Anti-Criminalité) responsables de la mort d’Hakim ne font plus partie des effectifs de la BAC, ils continuent cependant à travailler au commissariat de Grasse…Difficile à admettre lorsque l’on a connaissance des faits qui leur ont été reprochés lors du procès…

La gravité des faits ne les a néanmoins pas empêchés de faire appel de leur condamnation et les manifestations de soutien de la part de leurs collègues, qui ont suivi le verdict pourtant d’une clémence inouïe, ont quelque chose de vraiment déplacé…

Des manifestations de policiers en colère qui d’ailleurs aujourd’hui se généralisent dans toute la France, particulièrement pour la reconnaissance d’une « présomption de légitime défense » après la mise en examen  pour homicide involontaire de  l’un des leurs qui avait tué un  jeune – immédiatement qualifié de multirécidiviste- en lui tirant une balle dans le dos comme l’a d’ailleurs confirmé l’expertise médicale.

La  réaction des policiers et la mise en cause de magistrats, prêts à poursuivre des agents de la force publique pour homicide volontaire dès lors que la légitime défense ne peut être légitimement invoquée –sauf à la transformer en permis de tuer- sont des signes plutôt inquiétants, même si nous ne voulons faire aucunement injure aux policiers en les accusant de vouloir volontairement la mort d’une personne, mais dès lors qu’un policier a commis une faute, il doit assumer son acte et comme tout citoyen en assumer les conséquences. Dans bon nombre d’affaires dont la gravité ne peut être sous estimée puisqu’il s’agit de la mort de jeunes des quartiers populaires, ce n’est malheureusement pas le cas.

Aujourd’hui les policiers manifestent à Nice sur la promenade des Anglais, sur les Champs Elysées à Paris leur solidarité à leurs collègues, une solidarité qui par bien des aspects prend une allure de complicité. Et à ce stade, nous ne pouvons nous, citoyens, rester silencieux et plus particulièrement ici à Grasse. La mort d’Hakim nous hante encore pour que nous ne réagissions pas à la demande d’impunité qu’expriment les agents de police.

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Aujourd’hui, à Grasse, nous sommes là pour manifester notre inquiétude devant la revendication de droit à la légitime défense à géométrie variable,  extensible à l’extrême pour les forces de l’ordre dès lors qu’elles sont mises en cause et qui les mettrait à l’abri de toute poursuite judiciaire quelle que soit la gravité des faits dont elles seraient coupables.

Aujourd’hui à Grasse, nous sommes là pour exprimer notre détermination à voir la justice se manifester en toute circonstance et être rendue de manière égale pour tous.

Aujourd’hui, à Grasse, nous sommes là, quatre ans jour pour jour après le meurtre d’Hakim. Souffrance, sentiment d’injustice sont toujours présents  d’autant plus forts que les coupables de cette mort atroce trouvent trop lourdes  les peines qui les frappent alors que  pour des faits mineurs les jeunes ont à subir  la sévérité de condamnations  de prison ferme, et sont traités souvent de manière indigne.

La présomption d’innocence et le recours à la présomption de légitime défense ne peuvent qu’accentuer chez les policiers le sentiment qu’ils bénéficient d’un traitement de faveur, d’une mansuétude qui ne peut que les déresponsabiliser. Si, depuis plusieurs années, un véritable permis de tuer avait été octroyé de manière non officielle aux policiers, aujourd’hui, alors que leurs agissements les plus graves ont été couverts, les policiers se trouvent encouragés à  le demander officiellement ! Ainsi donc, paradoxalement, l’un des plus grands dangers auquel les citoyens devront faire face ne sera-t-il pas l’intervention d’un agent de police ?

 

Si pour le nouveau gouvernement, il n’est pas question de donner suite à la revendication policière de présomption de légitime défense, il nous faut espérer que nous n’aurons pas à rappeler ce positionnement aux nouveaux responsables en charge des affaires et à nous battre pour que le gouvernement ne donne pas satisfaction aux policiers sur cette revendication essentielle qui conduirait les policiers à se croire plus que jamais au-dessus des lois. Les risques de chaos sont évidents si pareille satisfaction était donnée aux policiers. Les émeutes de 2005 dans les quartiers populaires ne sont pas si lointaines et  cette référence  devrait agir  comme un signal préventif.

Aujourd’hui, que les agents de police n’aient pas reçu la formation que nécessite leur fonction ou bien qu’ils ne bénéficient pas du service psychologique nécessaire ou bien qu’ils soient totalement incompétents n’est pas contestable. Leur rôle est de protéger les citoyens, qu’ils puissent avoir un véritable droit de tuer représente un véritable danger.

 Aujourd’hui, à Grasse, c’est un « non » net, déterminé  et résolu que nous opposons  à cette « présomption de légitime défense » pour la police.

Ce combat ne doit pas nous faire oublier la mobilisation qui a été la nôtre et que nous devons poursuivre pour aller au bout de la démarche que nous avons initiée à Grasse dès les premières manifestations qui ont suivi la mort d’Hakim : la mise hors la loi de la clé d’étranglement. Sa suppression, comme dans plusieurs pays européens ou aux Etats-Unis,  reste, comme au début, l’un de nos objectifs.


Pour le père d’Hakim, même si les responsables de mort de son fils étaient condamnés à de la prison ferme, ce combat pour la suppression de la clé d’étranglement continuerait néanmoins car, par delà le cas particulier de la mort de son fils, c’est un problème qui concerne tout citoyen. Comme il le dit, quelle que soit la peine infligée aux policiers, Hakim ne reviendra pas. Indissociable du combat contre l’injustice, le combat contre la clé d’étranglement mérite d’être poursuivi. Et ce combat,  comme celui contre la « présomption de légitime défense », nous le mènerons tous ensemble jusqu’au bout.

(propos recueillis par Y.M et A.V)

Par Différences. La revue - Publié dans : Police Justice
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Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 08:42

Nomination du ministre de l’Intérieur :

Le changement dans la continuité … ou Valse avec Guéant !

 

Lors de la campagne électorale, la discrétion de François Hollande sur des sujets aussi importants que les discriminations, l’égalité effective des droits ou la lutte contre la xénophobie d’Etat instituée en doctrine de gouvernement par Nicolas Sarkozy et ses ministres de l’Intérieur successifs laissait déjà entendre que des engagements forts sur ces questions n’étaient pas à l’ordre du jour. Pourtant la redéfinition d’une politique ambitieuse, à même de répondre aux attentes de tous ceux qui avaient eu à souffrir des effets désastreux d’une politique centrée principalement sur la stigmatisation de catégories ciblées de citoyens –musulmans et Roms principalement- appartenant aux populations les plus fragiles et les plus vulnérables, aurait dû représenter un axe fort du programme du candidat comme la régularisation des sans papiers, victimes d’une chasse honteuse exacerbée par la politique du chiffre.

 

La nomination de Manuel Valls comme ministre de l’Intérieur – lui qui, par bien des aspects n’a pas craint d’instrumentaliser le thème de l’insécurité ou du moins d’en faire un thème central de son positionnement politique-, est un signe évident et manifeste que le nouveau gouvernement entend, certes de façon plus « soft »,  poursuivre la même politique que celle du gouvernement précédent jusqu’à mettre en quelque sorte les pieds dans les traces du sarkozysme. Cette nomination apparaît comme un gage donné à un électorat sensible aux discours de l’extrême droite sur l’insécurité. Loin d’inaugurer une nouvelle approche de ces questions essentielles pour la restauration d’un véritable vivre ensemble, cette nomination laisse supposer, qu’en ce domaine, la rupture avec  le sarkozysme  n’est pas une priorité du nouveau gouvernement.

Ce sentiment de continuité avec la politique précédemment menée se trouve renforcé par le fait que, comme auparavant, le ministre de l’Intérieur se voit également en charge de l’immigration. Rattachement décidé sous Sarkozy,  décision contestée à l’époque, mais qui se voit malencontreusement confirmé sous la présidence Hollande. Alors qu’une approche nouvelle et débarrassée de tout amalgame entre immigration et insécurité mérite d’être engagée, ce rattachement au ministère de l’Intérieur ne marque-t-il pas la volonté de cantonner la question de l’immigration et de ses solutions à la seule dimension policière, dans le droit fil du sarkozysme voire de l’extrême droite ?

Promouvoir en matière d’immigration une politique nouvelle rompant avec la politique des quotas qui ne répond qu’aux intérêts les plus égoïstes des pays d’accueil, est une exigence  qui ne semble pas être prise en compte par le nouveau gouvernement dès lors que l’immigration se trouve rattachée au ministère de l’Intérieur. Considérer les immigrés du seul point de vue de la rentabilité capitaliste, en instituant une main d’œuvre de sans-droits, jetable, c’est ouvrir grand la porte à l’exploitation maximum, à une nouvelle forme d’esclavage moderne. En ce domaine, la rupture doit être claire et franche et la régularisation de tous les sans papiers doit être un des premiers actes symbolique et fondateur d’une autre politique.


Le nouveau ministre de l’Intérieur est-il à ce niveau la personne la mieux qualifiée pour mener à bien cette rupture ? Ses positionnements antérieurs comme certaines de ses inadmissibles déclarations ont de quoi semer le doute sur la capacité et la volonté de changement du gouvernement.


Aujourd’hui le ministre de l’Intérieur se doit également de répondre aux attentes des habitants des quartiers populaires souvent « d’origine immigrée », appellation qui en dit long  sur les difficultés à considérer comme Français à part entière ces Français mis à part.


Egalité des droits, lutte contre les discriminations, mise hors la loi des violences policières, interdiction des contrôles au faciès, abrogation des lois anti-immigrés, fermeture des centres de rétention, lutte contre l’islamophobie, droits des migrants, promotion d’une laïcité ouverte à l’opposé d’une laïcité qui exclut (le ministre de l’Intérieur ayant en charge les cultes),  restauration des valeurs républicaines et leur application effective …Dans tous ces domaines, il est urgent d’agir fort en affichant une volonté inébranlable d’assurer la rupture avec la période précédente. Il est urgent d’agir sans retard car on sait ce qu’il advient des promesses remises à plus tard comme il en a été du droit de vote des immigrés. Cette promesse de François Mitterrand,  renouvelée par François Hollande, et qui ne doit pas connaître le même sort...

La proximité des élections législatives, dans la logique électoraliste qui semble prévaloir au Parti socialiste, ne peut servir d’excuse pour différer dans le temps une remise en cause fondamentale des politiques menées dernièrement  par la droite sous l’influence de l’extrême droite.


Il est hors de question de remettre à demain la satisfaction des revendications de justice, d’égalité et de dignité partagées par l’ensemble des immigrés et des habitants des quartiers populaires. Solidaires de ces combats, n’entrons pas dans une logique électoraliste qui ne peut entraîner que reculs et abandons.

Mouloud Aounit

Président d’honneur du MRAP

Par Différences. La revue - Publié dans : Politique française
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Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 06:00

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Source.

PRÉSENTATION

L’extrême droite, une nébuleuse multiforme qui s’enracine

À l’échelle du monde, l’extrême droite prend ses marques et s’enracine au travers d’une nébuleuse multiforme. Ses singularités diffèrent d’un continent à l’autre et reflètent l’histoire et la spécificité des sociétés. Quel que soit son visage, l’extrême droite, presque toujours xénophobe, se nourrit des peurs, des frustrations et des précarités générées et alimentées par la crise. Elle progresse sur des sociétés fragilisées dont les repères et les valeurs sont heurtés. Les gros bataillons ne viennent plus en Europe des groupuscules violents ou paramilitaires et souvent nostalgiques du nazisme qui, tolérés ou non, perdurent encore de façon marginale et folklorique dans la vie politique. Certes, des filiations idéologiques avec cette famille politique peuvent être objectivées pour quelques dirigeants, mais pour l’essentiel le discours, les formes d’action, les milieux influencés se sont tellement modifiés qu’ils inclinent plutôt à penser en termes de ruptures que de continuités.


Le monde arabo-musulman, du Sénégal au Pakistan, soit largement plus d’un milliard d’hommes, a vu se développer en une trentaine d’années des formes d’intégrisme religieux qui s’apparentent à un fascisme vert prenant partout violemment pour cible les forces progressistes et démocratiques et ayant le projet d’imposer la prééminence de principes théocratiques sur l’espace social et politique. En Afrique noire, les sectes évangélistes prospèrent et véhiculent des valeurs rétrogrades, tandis qu’en Amérique latine elles ont toujours été associées aux formes extrêmes des dictatures militaires.


Partout, ces mouvements, surfant sur l’air du temps, ont su tout à la fois faire coaguler des aspirations diverses, utiliser les techniques les plus modernes de la communication de masse et se retrouver à l’aise dans une mondialisation qu’ils leur arrivent parfois de pourfendre. Selon les pays et les situations, les thèmes seront simplifiés et caricaturés par des leaders qui ne s’embarrasseront pas de complexité et chercheront avant tout à déstabiliser le système politique en présentant ses élites comme incompétentes, corrompues, complices de forces obscures menaçant l’intérêt national et insensibles aux besoins du peuple. Les boucs émissaires seront vite trouvés. Ici l’immigré, là le profiteur de l’État providence ou le fonctionnaire, sauf s’il est policier, douanier ou soldat, car l’ordre musclé n’est jamais rejeté. Ou encore, la région pauvre et paresseuse parasitant la région riche et besogneuse sera montrée du doigt et invitée à se séparer. L’anti-fiscalisme et le rejet de l’État-providence seront mis en avant, notamment dans un continent comme l’Europe où l’État a toujours été affirmé et tenu pour responsable des solidarités nécessaires. Ailleurs, la présence d’une forte immigration habilement associée à une montée de l’insécurité, vraie ou fantasmée, sera un effet d’aubaine. On assiste même aujourd’hui à des tentatives de réhabilitation de la colonisation en exaltant ses soi-disant bienfaits, suggérant par là qu’il ne s’agissait que de civiliser des «barbares» qui devraient nous en être reconnaissants. Des sentiments identitaires caractériseront souvent cette mouvance. Flattés à l’échelon national, ils nourriront une forme nationaliste d’opposition à l’Europe et à la mondialisation ainsi qu’à l’idéologie qui l’accompagne, le mondialisme. Mais déclinés sur un mode régionaliste voire séparatiste, ils remettront en cause le modèle national en se jouant de l’Europe flattant les régions.


À l’évidence, ce fonds de commerce prospère. Mais centré sur des identités et des particularismes, il peine à se constituer en internationale effective à l’échelle du monde et arrive difficilement à tisser des réseaux de relations efficaces au-delà de l’horizon continental, comme c’est le cas au Parlement européen. On imagine en effet mal des intégrismes religieux se mettre à coopérer, même s’ils s’alimentent l’un l’autre.


L’idéologie de l’extrême droite est finalement assez simple: il faut préserver. Qu’il s’agisse de la race, de la nation ou de la civilisation face au «barbare» qui est aux portes ou déjà à demeure; ou bien des valeurs ancestrales menacées -travail, famille, religion -, de l’ordre établi bousculé par toute évolution de société. Il faut défendre tout cela parce qu’on s’est persuadé que c’était ce qu’il y avait de meilleur, donc de supérieur aux autres. Il faudra même lutter contre la science si elle en vient à contredire nos convictions profondes, notamment religieuses. Au coeur de cette idéologie se niche la haine de l’autre et la conviction que l’homme est un loup pour l’homme. Le recours à l’affrontement, à la tension, voire à la guerre, ou la construction de dangers, de menaces ou d’ennemis, seront systématiquement recherchés pour entretenir une cohésion sociale ou communautaire contre «les autres». On comprend combien ces «idées», ces phobies ou ces croyances rentrent en totale opposition avec toute avancée progressiste porteuse de valeurs de solidarité et de progrès. Le choc ne peut être que frontal et sans concessions.


Les stratégies seront diverses. Pour certains une posture d’alliance avec la droite conservatrice sera privilégiée et permettra une participation au pouvoir (Autriche, Italie, Pays-Bas, Portugal). Pour d’autres, faute d’avoir réussi à se rendre fréquentable, la perspective tracée sera celle de la déstabilisation du système politique perçu comme obstacle à toute avancée vers le pouvoir. Mais, dans tous les cas de figure, posture d’affrontement ou participation, l’effet sera le même, celui d’une droitisation de la société et du recul des valeurs progressistes. Montée des égoïsmes, repli individuel, abandon des acquis sociaux, recul des solidarités, refus des différences, recherche de boucs émissaires, traduiront le déplacement du curseur idéologique.


C’est dans la violence que la mondialisation a imposée aux peuples et aux États que réside probablement la cause principale de ce bouleversement du paysage politique. Ses effets délétères ont ravagé les souverainetés nationales garantes des protections que l’État devait à ses populations, et de la préservation des identités de chaque pays. Le spectacle de gouvernements successifs incapables d’agir efficacement sur des problèmes considérés comme essentiels et se retranchant derrière la contrainte externe pour se disculper de leur inaction ou de leur incapacité à obtenir des résultats, a créé le terreau sur lequel ont germé ces postures xénophobes et identitaires. La précarité et le chômage se sont développés sur une grande échelle touchant d’abord les plus démunis et les plus exposés et affolant des classes moyennes craignant d’être happées dans le désastre. Ces dernières catégories constituent le socle le plus fidèle de cette droite extrême car elles reprochent à ceux d’en haut de donner à ceux d’en bas avec leur argent, au risque de les déstabiliser. C’est pourquoi toute solidarité et assistance sont bannies de leur horizon mental.


Bien qu’embarrassant à la fois la droite traditionnelle et la gauche, cette montée identitaire et xénophobe lance un défi particulier à cette dernière qui n’a pas su offrir une alternative crédible à ces bataillons ouvriers et populaires qui l’ont abandonnée. L’absence de vraies réponses de la part de la gauche, au programme peu audible car insuffisamment différencié de celui de la droite et suggérant un consensus mou sur la mondialisation, la construction européenne, le social, la réponse à la crise, ont favorisé l’illusion d’un système pipé dont il fallait sortir par l’extrême droite. Celle-ci a su accueillir ces ruisseaux de mécontents et transformer leur démarche protestataire en vote de conviction et d’adhésion par définition moins versatile.


Regagner ces voix, voire arrêter l’hémorragie, ne sera donc pas tâche facile. Redonner sens au clivage gauche/droite, ne pas confondre social avec sociétal, être clair sur les couches dont on défend les intérêts et intransigeant sur toute dérive xénophobe deviendront très vite des postures incontournables pour les forces politiques se réclamant de la transformation sociale.

La rédaction

Par Différences. La revue - Publié dans : Extrême-droite
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 06:00

 

recherches internationales2

 
 
 (Octobre-décembre 2011) ÉDITORIAL
L’étranger dans la campagne   rogalski.jpg
  Michel Rogalski  

 

 

 

Rarement campagne électorale n’aura autant fait l’impasse sur les enjeux internationaux et sur leurs articulations au national. Pourtant, s’il est chose certaine c’est que le mondial, loin d’être un facteur extérieur secondaire ne faisant qu’apporter des corrections négligeables aux problèmes locaux, s’impose comme une réalité omniprésente façonnant la vie des états et des individus. C’est ce qu’a traduit inconsciemment l’apparition dans le débat public d’appels à la nécessité d’une protection, d’une maîtrise de souveraineté, d’un primat du politique sur l’économie. Comme s’il devenait urgent de se dégager d’une gangue qui entravait notre liberté d’action, voire la rendait déjà largement illusoire. Pour autant l’analyse de ces processus ou de la place et du rôle de la France dans le monde a-t-elle reçu un intérêt à la hauteur de ses enjeux? La bataille du chiffrage visant à décrédibiliser le programme de l’adversaire a ramené l’essentiel des échanges à des débats comptables ennuyeux dont bien peu arrivaient à s’extraire. Que la politique étrangère de la France ne soit pas débattue doit inquiéter. Cela voudrait-il signifier consensus de la part des principaux candidats? S’il n’y a pas conflit sur le fond, alors il devient inutile d’en discuter


Pourtant la diplomatie sarkozyste a été stupéfiante d’inflexions, de retournements, de gages inutilement donnés et d’impréparations velléitaires riches de conséquences, au point que l’on a pu s’interroger s’il existait une vision d’ensemble cohérente du rôle de la France dans le monde. En rupture avec les tendances lourdes, consensuelles sur l’essentiel – au point qu’on avait pu parler d’une approche gaullo-mitterrandienne –, l’image de la France dans le monde a été totalement reformatée en cinq années. De l’abandon de toute idée d’indépendance, acquise à l’ombre des blocs de la guerre froide, à la disparition d’une politique arabe permettant de peser sur le conflit israélo-palestinien, en passant par son retour peu glorieux dans le giron de l’Otan ou aux engagements néocoloniaux en Afghanistan, en Côte d’Ivoire et en Libye, tout fut mis en œuvre pour dilapider le potentiel diplomatique engrangé depuis une quarantaine d’années et spectaculairement réaffirmé avec panache dans le refus de suivre les états-Unis dans leur aventure irakienne.


Car la France ne manque pas d’atouts et a su longtemps s’appuyer sur son statut de membre permanent du Conseil de sécurité, sa puissance militaire nucléaire, la francophonie, son poids dans le PIB mondial, sa maîtrise de la haute technologie, son réseau d’ambassades et de diplomates qualifiés, bref tout ce qui concourt au rayonnement d’un pays. Notre pays a toujours su en jouer en donnant à sa politique étrangère, grâce à son non-alignement, plus de poids qu’elle n’en avait réellement. Pourtant les appels et mises en garde n’avaient pas manqué sur les déconvenues de notre politique extérieure. à commencer par celles d’un groupe de diplomates se dissimulant sous le pseudonyme de Marly et dénonçant notre politique européenne, africaine et méditerranéenne illisible ainsi que la manière dont Washington nous ignorait et la Chine nous avait domptés. Voici à peine deux années, deux poids lourds, Alain Juppé et Hubert Védrine avaient ensemble lancé un cri d’alarme en évoquant un instrument diplomatique «sur le point d’être cassé», sans parler d’un ambassadeur au Sénégal, Jean-Christophe Ruffin, démissionnant et parlant d’un «ministère sinistré, complètement marginalisé». Tout cela témoigne d’un mépris de l’outil de l’expertise diplomatique que l’on s’est ingénié à court-circuiter.


Amateurisme, style impétueux, promesses sans lendemain, activisme désordonné, diktat de l’instant sans vision, tel semble être sur la formel e bilan des cinq dernières années de la diplomatie du sortant. à de rares exceptions, les prétendants ne semblent pas s’en émouvoir et ne proposent rien de significativement différent, donc pour l’essentiel restent muets et s’apprêtent à rester dans le sillon tracé.


Pourtant, si le style dénote incohérence et agitation, le fond mérite que l’on s’y arrête car il fait sens et doit inquiéter. Pour l’essentiel la voix de la France a effacé sa singularité et abandonné son autonomie en faisant retour dans le giron occidental et atlantique après 43 années d’absence de ses structures militaires intégrées. Cette posture lui a interdit de porter un discours à /vocation universaliste et de gagner en influence sur la scène mondiale. Cette banalisation s’est dissimulée un temps derrière l’écran de fumée d’activisme de façade et de propos désordonnés et velléitaires. Mais le style impétueux s’est fracassé devant l’absence de résultats.


L’Union pour la Méditerranée, lancée malgré les mises en garde du Quai d’Orsay, et censée s’appuyer sur deux solides piliers, la Tunisie de Ben Ali et l’Égypte de Moubarak, a sombré en mer avec ces régimes, et la politique arabe n’a pas survécu à l’attitude indécise et floue face au «printemps» arabe, voire à l’inconvenance de propos ministériels proposant notre expertise en matière de maintien de l’ordre. Le silence complice sur les exactions d’Israël au Sud Liban puis dans la bande de Gaza ou notre rôle décisif dans l’expédition punitive en Libye ont fait de cette présidence française la plus pro-israélienne qui n’ait existé depuis l’agression de Suez en 1956, alors même que ce pays se donnait le gouvernement le plus à droite de son histoire. De surcroît cette guerre en Libye a perverti et probablement discrédité pour longtemps le concept de la «responsabilité de protéger» adopté en 2005 par les Nations unies pour venir en aide à des populations persécutées par leur gouvernement ou pour assister celles que leur gouvernement n’était plus en mesure de protéger lui-même. On a assisté à une tactique de renversement de régime, de déstabilisation s’approchant des techniques des conflits de basse intensité. Sans se soucier, bien sûr, se savoir ce qu’il convenait de reconstruire. Comment et avec qui? A-t-on vraiment cru que la démocratie s’exportait par les armes?


L’atlantisme affiché, c’est-à-dire un soutien sans faille à l’Otan et aux états-Unis qui y sont aux commandes, nous conduit en réalité dans l’alignement et l’inféodation. Il nous entraîne à imaginer des ennemis au lieu de favoriser l’émergence d’un monde multipolaire et de développer des liens fructueux avec les pays émergents qui représentent l’avenir. Il nous pousse à délaisser et à marginaliser le système des Nations unies comme instance de référence au profit de l’Alliance atlantique et donc à tenir pour négligeable l’avis des trois quarts de la population de la planète.


Il s’agit de rompre avec tout cela. D’abord, il faut évidemment sortir de l’Otan qui depuis la fin de la guerre froide n’a plus de raison d’être sinon de permettre aux états-Unis d’exercer leur emprise sur ses membres et les pousser en situation de servitude volontaire. Il convient également d’exiger la dissolution de l’Otan devenue anachronique et d’en tirer toutes les conséquences en matière de désarmement et de lutte contre la prolifération nucléaire. Le retrait des forces françaises d’Afghanistan ne peut plus être différé. Il doit être fermement proclamé et appliqué. Il faut saisir cette opportunité de liberté d’action recouvrée pour s’engager hardiment dans une politique de coopération avec les pays émergents et les pays du Sud, là où se trouve l’avenir du monde et hâter la fin d’un monde unipolaire construit sur la puissance militaire.


Dans l’espace européen, il convient d’abroger le traité de Lisbonne et s’apprêter à mener un bras de fer avec les institutions européennes qui n’auront de cesse de s’opposer aux nouvelles orientations choisies par le peuple français. Elles ne sont pas toutes eurocompatibles et la réussite de la victoire des urnes se jouera largement sur ce front, ce qui implique un large développement des solidarités des forces progressistes à l’échelle du continent pour s’opposer à l’axe austéritaire ambiant. Car ce qui sera possible chez nous le sera aussi ailleurs. L’Europe ne doit plus rester une Sainte Alliance occupée à s’opposer aux volontés de changements des peuples. Il nous incombe qu’elle ne les rende pas impossibles ou sans lendemain.


Au vu de la campagne, on peut s’interroger sur la volonté d’un nouveau Président. Fera-t-il de l’ancienne politique une parenthèse? Se dégagera-t-il de l’ornière? Ou au contraire chaussera-t-il les pas de son prédécesseur dans un «continuisme» discret?

Par Différences. La revue - Publié dans : Relations internationales
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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 06:00

mucchielli2

 

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Il y a quelques mois, les éditions Le Muscadier ont eu une idée à la fois originale, très intéressante et plutôt amusante : imaginer qu'en mai 2012, à la surprise générale, un candidat inconnu issu de la société civile (et non du monde des professionnels de la politique) aurait remporté les élections présidentielles et formé un « alter-gouvernement » composé de professionnels, d'intellectuels et de militants (voir la présentation du livre). L'on nous a demandé d'en faire partie en tant que ministre de l'Intérieur, et d'écrire notre discours programmatif en nous plaçant dans la situation de ce milieu du mois de mai, au moment où nous venons d'apprendre notre nomination... La version complète de ce discours est à lire en achetant le livre dans toute bonne librairie. Nous en donnons ici un avant goût par quelques extraits.

Par Différences. La revue - Publié dans : Police Justice
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