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Jeudi 22 avril 2010 4 22 /04 /Avr /2010 06:00

Malik Salemkour (LDH)

 

259romsJe suis ici au titre de la LDH, de l’Association Européenne des Droits de l’Homme (AEDH) et de la Fédération Internationale (FIDH). C’était bien de pouvoir poser la problématique dans toutes ses dimensions historiques, territoriales, nationales et internationales. Je crois qu’il faut clairement reposer le débat des Rroms, des Tsiganes, des Gitans, selon les appellations, je crois que chacun est libre de s’appeler comme il l’entend et on a l’obligation de le respecter dans le choix identitaire qu’il pose. La première priorité, au-delà du choix individuel d’une identité, c’est la reconnaissance collective de celle-ci.

La question des droits se pose à nous tous que nous soyons « Gadgé », « Voyageurs », ou que nous soyons « Rroms ». Elle se pose sur l’ensemble des territoires, qu’ils soient ceux de l’Union Européenne ou ceux « Extra Union européenne » ou encore ceux des candidats à l’Union Européenne. Les Droits de l’homme sont des droits fondamentaux, des droits universels et ils doivent s’appliquer à tous et partout.

C’est vrai que la différence des territoires fait que tel pays reconnaît le Droit des minorités, c’est le cas par exemple des pays de l’Europe de l’Est, et que d’autres ne le reconnaissent pas, comme la France. Dès lors, ici la situation des droits collectifs ne se pose pas de la même façon.

Il y a des choses qui sont transversales à tous les pays : la lutte contre le racisme, la lutte contre les discriminations qui s’imposent dans tous les territoires : à titre individuel, évidemment, mais aussi à titre collectif.


Il n’est pas acceptable que l’on parle comme un préfet du Vaucluse « des gens du voyage qui ne vivent que de la rapine »... Hélas nous avons été déboutés devant la justice française lorsque nous avions cherché à faire condamner les propos de ce représentant de la République. Ou tel ministre de la Roumanie ou tel Premier ministre de la Fédération de Russie qui parle de la nécessité d’exterminer les populations tsiganes et rrom. Donc dénonciation du racisme, parce qu’il y a encore des actes de racisme. Tout ce qui a été dit montre bien que les Rroms, Gens du Voyage, etc.... sont considérés par beaucoup comme inférieurs : incapacité à travailler, incapacité à s’intégrer, incapacité à élever leurs enfants, incapacité à être reconnus même dans leur mémoire, mémoire douloureuse dont vous avez parlé ce matin dans la question des génocides et on pourrait parler aussi des pogroms.


Derrière cette reconnaissance de la mémoire, c’est la reconnaissance de l’appartenance à un territoire, d’où l’importance d’une vraie lutte pour l’égalité et contre le racisme, ceci s’impose dans l’ensemble des pays qu’ils soient de l’Union, candidats à l’Union ou hors de l’Union.


Ce qui veut dire que l’idée de droit d’asile dépendant de la notion de « pays sûr » que certains veulent nous imposer, et que les textes européens pour l’instant nous imposent, n’est pas acceptable. C’est évident au minimum pour les Rroms car aujourd’hui si vous êtes un Tsigane en Russie, je peux vous dire que vous pouvez encore être brûlé vif comme cela a été le cas près de Kiev. Ce droit d’asile reste un droit intangible. Il doit pouvoir être affirmé. De la même façon, on peut être menacé dans tous les pays. J’ai ici une pensée pour Georges Federmann et son épouse qui ont été récemment sauvagement agressés dans leur cabinet. Ils ont défendu les Rroms de Zàmoly, des Rroms qui étaient de Hongrie, qui ont obtenu le droit d’asile alors qu’ils étaient hongrois, pays normalement reconnu comme démocratique, pays républicain, pays qui s’inscrit dans l’Union Européenne car il en est membre désormais. Cela ne protège pas de l’ensemble des difficultés que peuvent avoir les Etats à défendre leurs ressortissants.


Le droit d’asile s’impose, il s’impose pour les Rroms, il doit être affirmé par nous, même si c’est dans un pays de l’Union, nous pourrions même dire, même si c’est en France car nous avons aussi des actes inacceptables de police, des actes inacceptables des autorités publiques qui ne permettent pas de protéger aujourd’hui des personnes en raison de leur origine : Rrom, Tsigane...

Donc, lutte contre le racisme, droit d’asile réaffirmé sur l’ensemble des pays, même dans les pays de l’Union, même ceux de Schengen et également lutte contre les discriminations. En France, par exemple, c’est la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité qui a posé qu’elle était universelle et qu’elle devait s’y intéresser. Dans son comité scientifique, il y a un représentant des associations de défense des Gens du Voyage, cette problématique sera là, elle doit être traduite dans les faits. L’application de la loi Besson, on l’a dit, on ne la voit pas.


La médiatisation : il suffit que vous preniez n’importe quel journal de France, de région ou national, vous découvrez que les Gens du Voyage sont toujours associés à des faits de délinquance, à des faits négatifs, rarement des faits positifs donc il y a là tout un travail à faire pour l’égalité, mais aussi pour lutter contre les discriminations.


Pour la question des Rroms qui sont dans un autre pays que le leur, le problème posé est celui de la liberté de circulation avec la liberté d’établissement : en France, c’est clairement une question et d’abord une question de « sans papiers ». Là on vous renvoie à toutes ces problématiques : d’avoir le droit et la possibilité pour chacun de circuler et de s’installer... C’est le cas encore plus pour des pays qui sont candidats à l’Union Européenne ou qui sont dans l’Union Européenne. N’oublions pas que malgré l’acceptation des quinze nouveaux pays dans l’UE, dans lesquels il y a des Rroms, ceux-ci n’ont pas la liberté d’établissement en France par exemple. La liberté d’établissement ne sera possible qu’en 2014 pour les ressortissants de ces payslà. Là aussi, il nous faut réaffirmer cette liberté de circulation, réaffirmer cette liberté d’établissement, réaffirmer le droit à avoir la dignité même lorsque l’on est en instruction de la régularité de son séjour. Ce sont des droits fondamentaux, le droit au logement, on ne peut pas dormir dehors que ce soit l’été ou l’hiver d’ailleurs, c’est un droit fondamental. Le droit au logement doit être opposable, on doit pouvoir attaquer les pouvoirs publics lorsqu’ils ne respectent pas ce droit à la dignité, le droit à la santé, le droit à l’éducation, mais aussi après le droit aux ressources, donc derrière c’est le droit au travail. Toutes ces questions sont aujourd’hui au cœur des débats d’une Europe sociale, d’une Europe politique dans laquelle chacun a des droits égaux. Le combat des Rroms est là tout à fait dans le droit commun, le droit à l’universel, les droits de l’Homme.

Par Différences. La revue - Publié dans : Roms, tsiganes et gens du voyage
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