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Dimanche 18 septembre 2011 7 18 /09 /Sep /2011 00:14

Malek, Saïd, Karim et les autres...

Un film de Florence Corre et Aurel                               © La Fabrique 2011

 

Octobre Noir 4


17 octobre 1961 à Paris. Cinq jeunes algériens et trois jeunes français sont en route pour manifester pacifiquement contre le couvre-feu instauré par le Préfet de police Maurice Papon. Cette manifestation est l’occasion pour les algériens de montrer leur volonté de dignité. Pour Malek, le protagoniste, elle est signe d’espoir d’un avenir pour sa génération en France. Saïd, le copain de Malek, y trouve l’occasion d’exprimer sa frustration. Les trois français, eux, manifestent pour une France respectant sa devise républicaine. Tous se lancent, confiants, dans les rues de Paris, sûr de leurs droits d’Homme.

AUREL - Réalisation, Graphisme

Florence CORRE - Réalisation, Scénario & Dialogues

Ibrahim MAALOUF - Musique

Xavier JULLIOT - Producteur

Court-métrage de 12 minutes produit par LA FABRIQUE PRODUCTION  

Où voir le film ?  Bande annonce (à venir)  ~  Salles et festivals

Par Différences. La revue - Publié dans : Colonialisme
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Mardi 13 septembre 2011 2 13 /09 /Sep /2011 06:04

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« Conformément aux exigences du Ministère de l’Intérieur, le nombre de reconduites d’étrangers en situation irrégulière devient l’objectif prioritaire de la DDSP pour le reste de l’année 2011. Pour rappel, l'objectif (...) est fixé à 35 pour le département de Loir-et-Cher (zone police et zone gendarmerie). Nous sommes actuellement à 6 reconduites effectives, ce qui est insuffisant ». Ainsi s'exprime un directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) dans une Note de service datée du 25 juillet dernier, mise en ligne sur le site du Réseau Éducation Sans Frontières (RESF). Et son cas n'est pas isolé même si, ailleurs, des consignes ont pu être données oralement, comme nous l'indiquent les représentants du syndicat Unité SGP Police ainsi que cet officier supérieur de gendarmerie qui souhaite naturellement rester anonyme.

La « politique du chiffre » est bien connue non seulement des policiers et des gendarmes qui la critiquent régulièrement, mais aussi du grand public. Au fil des ans, la presse (Le canard enchaîné, Libération, Le Monde...) a révélé à plusieurs reprises la façon dont les forces de l’ordre reçoivent localement des objectifs chiffrés très précis qui ne concernent pas seulement la « baisse de la délinquance » et la « hausse du taux d’élucidation » qu’il faut impérativement afficher en fin d’exercice. Derrière ces obligations générales médiatisées, arrivent aussi des consignes plus ou moins discrètes concernant tel ou tel type de délinquance.

Le dilemme du policier

C’est la « délinquance de voie publique » qui concerne le plus les citoyens dans leur vie quotidienne, mais qui est aussi difficile à combattre pour les policiers et les gendarmes, s’agissant généralement d’une petite délinquance anonyme. Pour améliorer l’élucidation sans faire trop augmenter le nombre de faits enregistrés (c’est le dilemme), il vaut mieux s’occuper d’infractions que l’on est certain de résoudre à 100 %. La « meilleure » façon de faire est d’interpeller ce que l’on appelle des « shiteux » en jargon policier. Traduisez : « personnes mises en cause pour usage de stupéfiant ». Entre 2002 et 2010, ces infractions ont augmenté de 75 % (dans l'activité policière, non dans la réalité), soit la plus forte augmentation de toute la période. De même, avec les « infractions à la police des étrangers », les faits sont élucidés en même temps qu’ils sont constatés. Entre 2002 et 2010, ces infractions ont augmenté elles de 50 %.

Mais l’arrestation de clandestins a aussi une autre fonction aux yeux du gouvernement : elle permet de remplir les objectifs d’expulsion d’étrangers. Et, à l’approche de l’élection présidentielle, il semble que le gouvernement ait décidé d’afficher plus que jamais de « bons chiffres » en la matière. Après que la loi du 16 juin 2011 (dite loi Besson) ait modifié profondément le droit des étrangers en restreignant les garanties procédurales des migrants (voir l'analyse de la Cimade), l’heure est maintenant à la mise à exécution. C’est en tous cas ce à quoi s’emploie fortement depuis cet été le ministère de l’Intérieur, de l’outre-mer, des collectivités territoriales... et de l’immigration.

« L’objectif prioritaire du second semestre 2011 »

Note-de-service-reconduites-à-la-frontièreIl n'est certes pas nouveau que les unités de la Police aux frontières (PAF) et les chefs de police et de gendarmerie des départements frontaliers reçoivent des objectifs chiffrés d'expulsion. Ainsi, au début de l'année, le préfet des Alpes-Maritimes avait excédé les policiers en leur fixant un objectif de 1 420 reconduites à la frontière, réparties par types d'unités (voir Le Monde du 22 mars 2011). Mais il semble que l'on est passé cet été à un niveau supérieur en étendant cette politique à d'autres départements pourtant moins concernés.

En témoigne donc cette Note de service datée du 25 juillet dernier, envoyée par le chef de la Direction Départementale de la Sécurité Publique (DDSP) de Loir et Cher à toutes ses unités. Elle est intitulée explicitement « Reconduites d’étrangers en situation irrégulière : objectif prioritaire du second semestre 2011 ». Ses références sont indiquées en tête de la Note : « Courrier de M. le Préfet en date du 27 juin 2011 ; Instructions verbales de M. le Préfet en date du 22 juillet 2011 ». Il s’agit donc d’une consigne émanant du ministère. Le texte enfonce le clou : « M. le Préfet de Loir et Cher a tenu à réorienter les priorités de la DDSP du Loir et Cher pour le second semestre de l’année 2011. Conformément aux exigences du Ministère de l’Intérieur, le nombre de reconduites d’étrangers en situation irrégulière devient l’objectif prioritaire de la DDSP pour le reste de l’année 2011 » (en caractères gras dans le texte).

A l’heure où le ministre de l’Intérieur Claude Guéant multiplie les déclarations sur la « guerre à la délinquance » (comme ces jours derniers en déplacement à Marseille pour y changer le préfet délégué à la sécurité) et où le débat se porte notamment sur la présence effective des policiers sur la voie publique, ce document est édifiant à plus d’un titre. Il révèle d’abord les contradictions dans lesquelles sont plongés policiers et gendarmes. Non contents de voir leurs effectifs et leurs budgets réduits en permanence, ils font aussi l’objet d’injonctions multiples et toutes « prioritaires ». Il révèle ensuite les contradictions de la politique de sécurité. Comment prétendre renforcer la présence dissuasive sur le terrain et renforcer les unités de police judiciaire luttant contre la délinquance organisée si, dans le même temps, l’on érige en priorité la reconduite aux frontières des clandestins ? Cette dernière est en effet consommatrice d’effectifs, de temps et de véhicules, sans parler des moyens financiers à commencer par les billets d’avions. Les associations (RESF, la Cimade, le Gisti, la LDH...) dénoncent depuis des années ces opérations qu’elles estiment choquantes pour les Droits de l’Homme et les valeurs républicaine d’asile. Dans un communiqué du 27 août 2011, RESF dénonce « une machine à expulser de plus en plus inhumaine », constatant la multiplication de l’enfermement d'enfants dans les centres de rétention (désormais 45 jours possibles), de l’expulsion de pères et donc de démantèlement de familles, de retrait de mesures de protection des enfants pour pouvoir les expulser, ou encore d’arrestation sur les lieux d'hébergement d'urgence.

"On marche sur la tête"


http://img.over-blog.com/630x315/3/46/43/71/Frederick/2010-09/Roms-vote-Parlement-UE-10-09-2010/1400505_3_3fa5_des-roms-expulses-par-avion-de-lille-en.jpg

Expulsion de Roms par avion à Lille, octobre 2009

Par ailleurs, sur son site Internet, ce réseau militant recense d’innombrables cas qui sont aussi autant d’exemples de ces contradictions de la politique de sécurité et de l’emploi des moyens policiers humains et financiers. Certains récits sont proprement ubuesques, lorsque ce sont des dizaines de journées de travail de policiers qui sont dépensées localement pour des expulsions qui se trouvent contrariées, ajournées et déplacées par les militants mais aussi par les passagers des avions voire par les commandants de bord, et enfin par la justice qui est régulièrement saisie des nombreux cas d'expulsion présentant des illégalités. En termes de finances publiques, on parlerait d’une gabegie.

Pour ce policier, représentant local d’un syndicat dans un département voisin du Loir et Cher, et qui nous indique que des consignes équivalentes ont été reçues - mais seulement verbalement - dans son commissariat, « on nous annonce qu’il faut réduire les dépenses d’essence et d’entretien des véhicules parce qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses, qu’il faut se réorganiser pour être davantage présents sur la voie publique avec moins d’effectifs, qu'il faut que les procédures judiciaires soient traitées dans des délais toujours plus rapides et en même temps qu’il faut multiplier les expulsions de ces pauvres types, c’est du grand n’importe quoi, on marche sur la tête ». Un raccourci sans doute, mais qui en dit long tout de même sur cette politique du chiffre qui restera un peu comme la marque de fabrique des ministres de l’Intérieur qui l’ont promue avec une belle continuité depuis 2002.

 

Pour aller plus loin :

* Christian Mouhanna, Jean-Hugues Matelly, Police : des chiffres et des doutes (Michalon, 2007).

* Laurent Mucchielli, « Le "nouveau management de la sécurité" à l’épreuve : délinquance et activité policière sous le ministère Sarkozy (2002-2007) », Champ pénal.Nouvelle revue internationale de criminologie, 2008, vol. 5 (lecture intégrale en ligne).

* Patricia Tourancheau, Cannabis, prostitution, sans-papiers : la politique du chiffre (film diffusé sur Canal + en février 2009 (voir l'interview de la réalisatrice, journaliste à Libération, sur le site Agoravox).

* Patrick Weil, « Politique d'immigration : le dessous des chiffres » (Le Monde, 14 janvier 2009)

Par Différences. La revue - Publié dans : Migrants
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 18:53

rosen.gif Dans la série les « marronniers », informations récurrentes candant l’année civile  pour meubler les périodes creuses; il y a désormais les « Ciotti « : à savoir une idée un peu iconoclaste sur le thème de la sécurité destinée à réveiller l’opinion publique et, en tout cas, à susciter une bonne et franche polémique, bien mousseuse. Tout l’art consistant par ailleurs à se ménager des portes de sortie devant les reactions souvent fortes suscitées

Ainsi en 2010 on a eu droit de la part d’Eric Ciotti, délégué UMP à la sécurité, à une proposition de loi sur les parents de jeunes délinquants qu’on projetait question d’envoyer en correctionnelle puis en prison si leur progéniture n’obéissait pas aux injonctions des magistrats. Au passage on introduisait la responsabilité pénal du fait d’autrui dans notre droit. Le projet, d’abord amodié – on ne parlait plus de prison -, a fait long feu.

Aujourd’hui le même propose d’envoyer les jeunes récidivistes, voire les simples reitérants (1) dans des colonies disciplinaires gérées par l’armée plutôt qu’en prison. En déposant sa proposition de loi, avec l’aval du président de la République M. Ciotti concrétise l’une des propositions avancées dans son rapport récent sur l’exécution des peines. La loi sera discutée à l’Assemblée nationale le 10 octobre 2011 pour entrer en application en 2012.

Certes on est dans un certain flou sur le plan juridique. On nous dit que les jeunes devront être volontaires et d’ne autre coté qu’on pratiquera dans le cadre d’une sursis mise à l’épreuve. On nous parle de service citoyen pour ne pas confondre avec le service civique de Martin Hirsch et dans le même temps d’une peine alternative à la prison.

Fixée par le magistrat qui prononcera la peine, la durée de ce service citoyen serait comprise "entre quatre et six mois". La mesure s'imposerait "au jeune condamné" qui, s'il la refuse "devra exécuter une peine d'emprisonnement. "Le choix est clair et exigeant: soit le service citoyen, soit la prison !", avance M. Ciotti.

On nous parle aussi d’encadrement militaire, mais qui serait le fait d’anciens militaires car les forces armées doivent être prioritairement affectées aux opérations militarisées !

Ce n’est pas la première fois que dans l’histoire récente on mobilise des militaires, en active ou pas, pour prendre en charge des délinquants. L’amiral Brac de la Perrière – élu gaulliste - proposait à travers son association Jeunes en Equipes de travail - des Chantiers aux détenus prochainement libérables pour faciliter leur sortie de prison ; il avait accepté d’y accueillir des mineurs ou des jeunes majeurs. Des militaires en disponibilité étaient affectés pour des séjours de quelques mois à l’encadrement des JET qui était certes militarisés mais sans outrance. Il a été mis fin à ce dispositif qui était finalement financé par le ministère de la défense ne 2003. Le bilan était objectivement plutôt positif.

En 1982 le gouvernement Mauroy dans le cadre des opérations d’été en direction des jeunes en difficulté – démarche qui se voulait de prévention de la délinquance - faisait aussi pour partie appel à des centres de formation de l’armée pour se garantir au mieux dans les activités à risque (haute montagne, plongée sous-marine ou pratique de  la moto à grande vitesse) proposées aux jeunes. Là encore le bilan fut positif au regard de l’objectif visé.

Que nous propose-t-on aujourd’hui de nouveau ? C’est moins la technique des militaires ou ex-militaires qui est recherché que leur mode de vie. On attend de la discipline militaire qu’elle restaure le sentiment de respect de l’autorité. On en espère que les jeunes en tireront pour conséquence la nécessité de respecter la loi.

Est-il nécessaire s’engager dans des démonstrations savantes pour dénoncer l’inanité de ce raisonnement. Chacun le sait qui a eu des enfants que l’éducation n’est pas dressage. Il faut petit à petit convaincre le jeune, de ce qu’il tirera profit à respecter certains cadres : un silence relatif pour pouvoir travailler, du temps pour parvenir à un résultat, se coucher à une certaines heure pour etre sur de se lever en fonction du travail prévu, l’expérience des anciens pour faire les siennes, etc ... .

Une nouvelle dans le discours développé on entend mater ces jeunes en les envoyant à l’armée et en leur imposant le respect de l’encadrement militaire. Dans le même temps on parle d’anciens militaires et de la nécessité d’une démarche d’insertion sociale, le volet encadrement passant rapidement au deuxième plan, et on insiste sur l’éloignement et le séjour de rupture. "Encadrés par d'anciens militaires", mais aussi des "enseignants de l'Education nationale, des formateurs", ces jeunes "recevront une triple formation": remise à niveau scolaire, apprentissage d'une activité professionnelle, éducation citoyenne et comportementale et pourront également "effectuer des tâches" de type "travail d'intérêt général".

Elle est destinée à faire réagir et ainsi à cliver le spectre politique pour positionner ses auteurs dans le camp de la sécurité contre leurs adversaires prétendument laxistes parce qu’il refuse ces nouvelles réponses pour inutiles et dangereuses. Et dans le même temps on met sur les tables les conditions pour que ce soit une solution plus modérée qui soit retenue qui s’apparente à ce qui se fait déjà ou s’est déjà fait.

De la pure agitation politique. On passera son temps à fustiger Ciotti qui finalement qui dans un premier temps gagnera avec son camp une réputation de dur et on mettra en place un ertaz de la proposition initiale qui passera mieux auprès de professionnels.

Dans le même temps on continue à véhiculer des idées fausses à la pelle comme celle qui voudrait que la délinquance des jeunes aurait augmente – c’est exact - ces dernières années en oubliant de dire que dans la même période la délinquance des adultes à elle encore plus augmenté donc au final la part de la délinquance des jeunes diminue.

On affirme qu’entre la rue et la prison il n’y a rien en oubliant notamment pour avoir eté crée ces dernières années en sus des équipements existants les 45 Centres éducatifs fermés, les 100 Centres éducatifs renforcés sinon les 6 Etablissements pénitentiaires pour mineurs i présentés comme le fer de lance de la politique lancée à cors et à cris en 2002 par cette majorité qui a débouché au final sur le démantèlement de la justice pénale des mineurs que nous connaissions. Mais tout cela est occulté. Des centaines de millions d’euros dépensés depuis 2002.

Contrairement à ce qu’avance M. Ciotti qui se moque des données objectives on ne part de zéro..

Même la manière de présenter la population qui serait concernée par ces nouvelles dispositions est présenté grossièrement. On parle de 300 mineurs récidivistes par an en France et de quelques milliers de jeunes réitérants, chiffres minorés traduisant une méconnaissance de la réalité de la delinquance juvenile : quand un jeune hors la loi commet un délit il en commet 10 ! Certes ils restent minoritaires à être vraiment inscrit dans la delinquance. C’est bien aux causes de cette séquence de vie qu’il faut s’attaquer.

En vérité une nouvelle fois il faut l’affirmer haut et fort que rien ne justifie aujourd’hui que l’on mette à bat le dispositif de réponse à la délinquance juvénile. En revanche il serait temps de mener une politique de prévention de la primo-délinquance. Et là il ne s’agit pas de faire appel à d’anciens militaires. Silence radio sur ce point de M. Ciotti.

Certes certains jeunes seront plus difficilement insérables dans la société que d’autres. Parfois, on n’y parviendra pas, mais dans 87% des cas un jeune délinquant pendant sa minorité ne le sera plus devenu majeur. Là encore quel démenti à M. Ciotti qui avance que généralement les mineurs délinquants le resteront devenus majeurs. Si tel était le cas avec 210 000 jeunes présentés comme délinquants chaque année nous serions envahis de délinquants majeurs.

Nous disposons d’un arsenal juridique performant ; il faut aujourd’hui donner des moyens aux travailleurs sociaux et aux juges de faire leur travail et pour cela leur donner du temps et pour faire confiance. Les solutions simplistes à des problèmes difficiles n’ont jamais produit ici come ailleurs des résultats inscrits sur la durée ? La caravane des délinquants des USA des années 80 a marqué ses limites

En vérité ces Ciottinades d’été sentent la pré campagne électorale avec sa démagogie et les gros sabots. C’est plus facile rendre le s jeunes responsables de tous les maux de notre société et d’avancer qu’on va les mater que de soutenir qu’il faut du temps et du temps pour faire sa place dans la société à quelqu’un qui à tort ou à raison pense ne pas l’avoir et qui a une estime de soi souvent réduite, qui n’a confiance ni ne lui en quiconque.

Si on tient un discours de raison fondé sur l’expérience on passe pour un faible, un dangereux laxiste. 

 Reste que sur le fond cette idée de mobiliser l’armée chère à M. Ciotti et aussi chez des gens comme Ségolène Royale participe de la même démarche simpliste : l’autorité est la valeur première. Il faut mater les récalcitrants. Il faut leur faire peur - la crainte de la sanction sera la meilleure des préventions avance-t-on pour justifier un droit pénal de sanction à l’acte -; il faut les cadrer, y compris par en faisant preuve d’autorité. Et puis il faut leur inculper quelques valeurs qui leur aurait échappé : l’honneur, patrie, la nation, le drapeau. On vient de voir en Norvège combien ce discours mal digéré pouvait être dangereux.

On néglige l’expérience des professionnels de terrain. Pire, on se défie d’eux : les militaires seraient des meilleurs pédagogues que les travailleur sociaux. On a des raisonnements simplistes fondés sur les reflexes premiers et primaires. On connait les limites des théories comportementalistes qui inspirent M. Ciotti et ses proches. Ils n‘osent pas le dire, mais ils le pensent forts : « Une bonne guerre leur apprendrait à vivre à ces petits cons ! » A ce rythme on en viendra à proposer une section jeunes à la Légion Etrangère !

Bien évidemment on passe à côté de ce que l’on sait de ces jeunes qui sont hors la loi. On commet des erreurs psychologiques de débutants : pas un jeune sur dix acceptera d’aller dans ces centres disciplinaires en alternative à la prison ! Déjà ils refusent les EPM jugés par eux trop exigeants par rapport à la prison classique – la scolarité y est obligatoire pour tous. Il faudra du travail pour les convaincre d’accepter cette orientation et déjà … gagner leur confiance. Mais là commence les difficultés d’entendement de M. Ciotti : de fait ces jeunes sont des personnes et non de vaches parquées dans un champ avec un courant à 5 volts pour les contenir.

Après avoir pilonné sur 10 ans, puis torpillé avec succès en cette année 2011, le droit pénal des mineurs pour le ramener au droit des adultes et en revenir ainsi au XIX° siècle, elle veut nous proposer maintenant les colonies pénitentiaires de jadis pour mater la vermine des banlieues.

Jugulaire, jugulaire ! On peut s’arrêter à la version soft ; on peut aussi voir ressurgir à l’esprit des images noires d’une certaine époque et de certains régimes

Il faut donc vite couper court à ces fausses bonnes initiatives et ne leur laisser aucun espoir de se développer.


 (1)  Un récidiviste est une personne déjà été condamnée dans les 5 ans qui précède ; un réitérant est une personne qui repasse à l’acte avant d’avoir été condamnée

 

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Par Différences. La revue - Publié dans : Police Justice
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Mardi 9 août 2011 2 09 /08 /Août /2011 06:35

Corne de l’Afrique : Entre solidarité et nécessaires réforme

(Y.M. & A.V.)

 

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Image CCFD

 

Les révolutions arabes, la tragique répression en Syrie, les massacres d’Oslo et les polémiques qu’ils provoquent, expliquent en partie pourquoi la famine qui sévit dans la Corne de l’Afrique mais aussi en Ouganda et au Kenya est une préoccupation qui se trouve reléguée au second plan de l’actualité et qui ne suscite pas de véritable mobilisation des citoyens.

Pourtant, sans vouloir en aucune manière relativiser les massacres perpétrés par des dictateurs aux abois, il n’est pas inutile de rappeler que la dictature des marchés surtout quand elle s’exerce dans le domaine des produits agricoles et des denrées alimentaires est tout aussi inhumaine, cruelle et responsable de dizaines de milliers de victimes.

Aujourd’hui, ce sont 11,5 millions de personnes, dont 2 millions d’enfants, qui sont menacées dans cette région. 3 millions de personnes sont déjà gravement touchées.

 

Un désintérêt aux causes multiples

Les difficultés pour les organisations humanitaires de recueillir des fonds, (1,4 milliard de dollars), le désintérêt manifesté par l’opinion publique en France et plus largement dans le monde devant pareille catastrophe est un phénomène nouveau. Outre les événements politiques d’envergure internationale qui monopolisent les consciences, les facteurs d’un tel désintérêt pour la famine qui sévit dans la Corne de l’Afrique sont multiples :

- Comme dans toute période de crise, le repliement sur soi et sur les problèmes les plus directement immédiats est un phénomène habituel, et la crise qui touche de façon violente l’Europe n’échappe pas à la règle,

- La famine, phénomène qui tend à devenir chronique dans la Corne de l’Afrique commence à lasser une opinion publique qui ne voit aucune amélioration et qui, devant les mêmes photos de l’insupportable depuis des années, se trouve comme anesthésiée. Comment expliquer autrement que l’on s’habitue et que l’on puisse rester sans réaction face au scandale que représente au XXIème siècle la persistance de la famine et de ses conséquences désastreuses ?

 

Une situation incompréhensible

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Image Flickr

 

La situation dans la Corne de l’Afrique est pour beaucoup devenue incompréhensible d’autant que les conflits qui se déroulent dans cette région traditionnellement sensible vue sa situation géographique ne sont jamais analysés dans leur dimension géostratégique.

- En l’absence de lecture cohérente, les conflits passés ou présents à Djibouti, en Erythrée, en Ogaden, et dans le sud de l’Ethiopie n’intéressent pas ou plus quand bien même à la faveur de la crise, ils ne favorisent pas un retour au cartiérisme qui dans les années 60 formulait une vision du monde des plus simplistes « La Corrèze plutôt que le Zambèze ».

- Les événements qui touchent la Somalie ne sont pas davantage analysés et restent de la sorte sans explications.

- La présence des groupes islamistes Al Shabbaab qui refusent l’accès des convois humanitaires renvoie une image négative des régions dans lesquelles ils opèrent ou qu’ils contrôlent. L’attaque de ces mêmes convois par des groupes ou des milices incontrôlés n’incite pas davantage aux élans de solidarité.

- Les actes de piraterie maritime qui se sont déroulés en Mer Rouge au large des côtes de la Somalie amplifient encore le caractère supposé étrange voire étranger au monde de ces régions et des populations qui les habitent.

Enfin ce désintérêt manifesté à l’égard de cette région est sans doute augmenté par le souvenir du fiasco de l’opération « Restore Hope ». Intervention humanitaire (ou du moins présentée comme telle) menée en Somalie en 1993 sous la conduite des Etats-Unis avec le concours d’une vingtaine d’autres pays dont la France, elle devait permettre dans une sorte de grande parade humanitairo-médiatique à laquelle Bernard Kouchner avait prêté son concours, de redonner une image plus positive des Etats-Unis après la guerre contre l’Irak de 1991.

 

La fatalité : une explication qui déresponsabilise

Face à l’échec de l’intervention « Restore Hope » et le retour cyclique, voire à la persistance, d’un état de famine plus ou moins critique, la fatalité devient vite un argument qui légitime en quelque sorte le désintérêt manifesté pour une famine qui, de l’avis des experts, sera une des plus graves qu’ait connue l’Afrique.

L’absence de réaction d’organisations et de collectifs altermondialistes qui restent étrangement muets sur ce problème, se recentrant depuis la crise financière presque exclusivement sur les questions bancaires ou sur les problèmes de dettes publiques des pays riches, renforce de façon indirecte l’argument de la fatalité et laisse supposer qu’il n’y aurait pas de solution .

De façon générale, aujourd’hui les problèmes des pays du Tiers Monde, les difficultés économiques auxquels ils sont confrontés, l’effacement de leur dette, passent au mieux au second plan des préoccupations tout comme les mobilisations demandant l’instauration de nouveaux rapports Nord-Sud, une meilleure gestion des richesses, des réformes de structures garantes du bien-être et de la survie de tous.

A défaut d’explications et de revendications, on met en avant le climat dont il est difficile d’inverser ou de maîtriser le cours même si une certaine responsabilité du système qui régit l’exploitation des ressources agricoles est évidente. Et cela renvoie immanquablement à la notion de fatalité.

De plus, on laisse se développer la charité en lieu et place de la solidarité, et c’est la responsabilité des victimes elles-mêmes en lieu et place d’une remise en cause d’un modèle économique tel qu’il sévit qui devient le principal facteur d’explication.

C’est accepter une vision libérale dans laquelle un consensus se construit autour de l’idée que les peuples de la région porteraient l’entière responsabilité de leur propre malheur. C’est exonérer les institutions internationales, l’OMC en premier lieu, de toute responsabilité.

Enfin, si effectivement les conflits qui opposent les différents peuples ou Etats de la région ont leur part de responsabilité, c’est bien vite oublier la responsabilité que portent des puissances extérieures à la continuation d’un état de guerre larvée ou déclarée qui mine les économies.

C’est également bien vite oublier le rôle néfaste de la spéculation sur le prix des denrées, c’est oublier que les pénuries alimentaires comme les crises de surproduction sont le résultat de politiques agricoles plus portées à satisfaire les besoins des grands groupes que ceux des populations.

 

La nourriture, un droit de l’homme

- L’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme du 10 décembre 1948 stipule

Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.

La résolution sur le droit à l’alimentation du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU adoptée le 26 mars 2009 réaffirme encore ce droit.

Rappeler ces textes fondamentaux est aujourd’hui essentiel pour mettre la « communauté internationale » face à ses responsabilités et trouver le plus rapidement possible les 1,4 milliards de dollars chiffrés par les Nations Unies pour enrayer la famine, une famine prévisible mais contre laquelle rien ne fut décidé lors de la réunion du G20 en juin consacrée à l’agriculture.

Cette situation est d’autant plus révoltante qu’il s’agit d’une somme dérisoire face aux centaines de milliards injectés dans l’économie pour « rassurer » les marchés et sauver les banques … qui n’ont toujours pas abandonné leurs pratiques spéculatives. De même, les pays de l’OTAN ont trouvé dans un temps record les moyens pour intervenir en Libye, ces mêmes moyens logistiques et financiers qui font défaut pour lutter contre la famine.

Quelques pistes

Pour lutter contre la répétition de telles catastrophes, le renforcement des moyens d’action et d’intervention de la FAO est nécessaire. La mise en place ou la modernisation des mécanismes d’alerte est également une nécessité tout comme l’augmentation des fonds de réserve. Ces réformes plus spécifiquement techniques ne doivent pas cependant faire oublier des réformes économiques plus globales rendues toujours plus nécessaires comme celles touchant aux mécanismes de fixation ou de maîtrise des cours des matières premières ou à la réorientation de l’agriculture en rupture avec les politiques mises en place par le FMI.

Dépasser l’urgence, préparer l’après

Répondre à des situations de crise et d’urgence n’est cependant pas suffisant. Les problèmes de fond demeurent , qui certains touchent aux réformes de structures et à la réorientation de politiques qui sont du ressort des gouvernements des pays concernés. L’action de la « communauté internationale » ne peut de son côté s’arrêter à la seule aide ponctuelle pour combattre la famine. Des problèmes restent entiers qui exigent sa participation

- ceux qui touchent aux conséquences de la famine sur la santé de personnes durablement handicapées et qui demandent un suivi médical et social auquel ces pays pauvres ne peuvent répondre,

- ceux liés à la malnutrition qui, une fois l’état de famine dépassé restent un problème insurmontable sans une poursuite de l’aide internationale. Dans certaines régions, le taux de malnutrition a augmenté de 50% au cours de l’année qui vient de s’écouler.

- ceux liés, après les déplacements massifs, à la réinstallation des populations ayant fui la famine

Le passage de l’urgence à une situation « stabilisée » montre toute la complexité du problème. Cela appelle à une mobilisation durable dans le temps qui cependant ne rend caduques ni les questions que pose ce genre d’intervention humanitaire que certains voudraient voir transformées en ingérence humanitaire ni les interrogations sur le maintien ou l’instrumentalisation d’une aide qui maintiendrait les peuples sous dépendance.

 

Contre la spéculation une revendication première

Depuis le début de la famine, d’après les spécialistes, le prix du sorgho a été multiplié par deux, la ville de Baidoa en Somalie a vu les prix des céréales augmenter de 240% par rapport à l’an dernier, en Ethiopie, le prix du maïs a augmenté de 117% dans certaines régions.. Le mécanisme de l’offre et de la demande, suivant une analyse économique orthodoxe, ne peut à lui seul expliquer pareille hausse. La spéculation, qui joue sur une pénurie parfois plus virtuelle que réelle, est un phénomène important. Ce mécanisme, dernièrement à l’œuvre au moment de la crise sur les céréales, n’est pas nouveau d’où cette revendication simple et immédiatement compréhensible par tous d’une mise hors la loi des mécanismes spéculatifs et dans le cas présent de ceux qui touchent les produits alimentaires. Ce serait un pas important qui, dépassant les réactions d’indignation et/ou de solidarité charitable, représenterait un premier acquis dans un long processus de réformes devant aboutir à une véritable remise en cause d’un système, que l’aggravation de la crise et la perpétuation de pratiques économiques qui ont pourtant montré toute leur nocivité ne fait que rendre toujours plus inacceptable.

Par Différences. La revue - Publié dans : Afrique
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Samedi 6 août 2011 6 06 /08 /Août /2011 11:21

Un communiqué surprenant

Une phrase surprenante dans le communiqué du MRAP, daté du samedi 23 juillet 2011 et resté un temps inaperçu des médias traditionnels (il avait toutefois été répercuté par des sites Internet militants) jusqu'à ce que le FN, puis la Droite populaire, le commentent et surjouent l'indignation.

Sur le fond, les rédacteurs du communiqué ont eu raison de pointer la proximité intellectuelle entre les motivations affichées d'Anders Behring Breivik1 et les thèmes de propagande de certains partis.


Mais on peut regretter plusieurs choses :

- la référence à « l'acte d'un déséquilibré ». En effet, c'est ouvrir la porte aux explications psycho-machin-choses, et c'est là la ligne de défense de tous ceux qui sont peu ou prou d'accord avec les idées de Breivik, mais ne peuvent pas publiquement approuver son geste. Déséquilibré, peut-être, mais surtout cohérent dans sa vision du monde.

- que la mouvance identitaire française n'ait pas été clairement désignée, ni ses alliés « laïques ».

- que les responsabilités intellectuelles d'éditorialistes comme Alain Finkielkraut ou Caroline Fourest dans ce climat délétère à l'encontre des musulmans n'aient point été évoquées.


Mais ces reproches sont somme toute mineurs, ils peuvent s'expliquer par l'émotion, l'urgence et aussi par la disparition dans les instances dirigeantes des personnes ayant l'habitude de l'exercice.

L'essentiel est de savoir reconnaître en toute objectivité que ce communiqué et les interventions médiatiques ultérieures étaient largement perfectibles et de ne pas commettre les mêmes erreurs à l'avenir.


Dans notre communication ultérieure, nous devrons soigneusement éviter de tomber dans le « piège psy » et au contraire, souligner :

  • la cohérence entre les actes et les idées de Breivik

  • la similitude entre ces dernières et celles développées par les droites extrêmes et leur fournisseurs d'idées, en France et ailleurs.

manifeste-abb

Ce qui est beaucoup plus inquiétant, c'est cette phrase, en parlant du « parti (norvégien) du progrès » : « Sa leader a fait de l'islamophobie - ou plus exactement de la « musulmanophobie » »..


Il ne semble pas que cette phrase analyse les spécificités idéologiques du parti norvégien par rapport à ses homologues européens, mais qu'elle vise à promouvoir le terme « musulmanophobie ». Pourquoi abandonner le terme d'islamophobie, consacré par l'usage, pour celui beaucoup moins employé de musulmanophobie2 ?


C'est d'autant plus surprenant qu'en 2003, le MRAP avait organisé un colloque « du racisme anti-arabe à l'islamophobie », dont les actes sont consultables à cette adresse. Il avait joué un rôle important et novateur dans la prise de conscience de ce phénomène nouveau et inquiétant.


Le MRAP était divisé sur la question, entre d'une part ceux qui estimaient que l'islamophobie était le nom du racisme anti-musulman, comme l'antisémitisme est le nom du racisme anti-juif, et d'autre part ceux qui estimaient que condamner l'islamophobie conduisait à empêcher la critique d'une religion.


En décembre 2004, le congrès a débattu de la question :

« Le congrès s’est prononcé sur la question de savoir si L’Islamophobie est une nouvelle forme du racisme anti-musulman et par conséquence entrant dans le champ d’activité du MRAP ou est une réalité à simple dimension religieuse ? 131 Voix pour l’intervention du mrap ; 83 contre, 46 abstentions. Compte tenu de cette majorité et comme proposé ci-dessus, le congrès devait se prononcer sur le contenu de l’intervention du mrap, dans le cadre de l’unicité du racisme, du refus de tout hiérarchisation et de tout communautarisme. A la question : le mrap doit il poursuivre le combat contre l’islamophobie dans le cadre de la définition légale de la provocation à la haine raciale ? Le vote fut unanime moins 23 abstentions. »


La question était donc tranchée démocratiquement en ce qui concerne la ligne du mouvement. On peut objecter qu'une motion, fut-elle votée à une majorité écrasante, n'est pas une vérité scientifique et qu'elle peut être abrogée.


Certes, mais encore faut-il convaincre la majorité de sa fausseté et l'abroger par une procédure de même niveau que l'initiale et pas subrepticement au détour d'un communiqué.

La progression de l'islamophobie, la chose et le mot.

Or, il faut constater que depuis ce colloque et ce congrès :

  • Le terme islamophobie a été de plus en plus employé, par la presse comme par les partisans et adversaires de cette idéologie.

  • Qu'il n'a pas le sens de critique d'une religion, mais de dénonciation de l'ensemble de ses pratiquants à des degrés divers, y compris ceux pour lesquels elle n'est plus qu'une référence culturelle et une mémoire familiale.

  • Et s'il a été employé, c'est parce que les actes islamophobes se sont multipliés, ont été revendiqués et reconnus comme tels.

On peut suivre sa progression à travers sa fréquence dans les articles du « Monde » en ligne.

islamophobie-monde-.jpg

De nombreux rapports officiels font désormais référence à l'islamophobie, comme une forme de racisme.


Mais il faut commencer par tordre le cou à cette pseudo-vérité énoncée et popularisée par Caroline Fourest, selon laquelle le mot aurait été inventé par les mollahs iraniens pour dénoncer leurs opposants, en Iran et à l'étranger.

Cette assertion est fausse :

Le terme est attesté dans la langue française depuis 1910. Il est a cette époque employé, comme celui d'islamophilie, sans guillemets, par des administrateurs coloniaux. Et il désigne l'hostilité non pas à une religion, mais aux sociétés musulmanes.

Les mollahs iraniens employaient fréquemment le terme « taghoutis », traduit en français par « diaboliques », pour désigner leurs adversaires. On les voit mal forger un mot à partir d'une racine arabe S-L-M (qui donne d'ailleurs aussi bien les mots islam que musulman) et d'une racine grecque. Les lexicographes savent parfaitement « tracer » un mot à travers le temps et l'espace. Caroline Fourest ne s'est semble-t-il pas donné cette peine.


Donc jusqu'à preuve du contraire, islamophobie n'est pas un artefact iranien. C'est un mot bien français, qui réapparaît dans la langue française à partir des années 1990, quinze ans après la révolution iranienne.

Quel est son sens exact ?

Une tentative de définition du corpus idéologique islamophobe a été faite dans ce rapport de l'observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes en 2006 :

http://fra.europa.eu/fraWebsite/attachments/Manifestations_FR.pdf

page 72 :

1. L’Islam3 est considéré comme un bloc monolithique, statique et réagissant peu au changement.

2. L’Islam est considéré comme distinct et «autre». Il n’a pas de valeurs communes avec les autres cultures, n’est pas affecté par ces dernières et ne les influence pas.

3. L’Islam est considéré comme inférieur à l’Occident. Il est perçu comme barbare, irrationnel, primitif et sexiste.

4. L’Islam est considéré comme violent, agressif, menaçant, enclin au terrorisme et à la confrontation entre les civilisations.

5. L’Islam est considéré comme une idéologie politique utilisée pour acquérir des avantages politiques ou militaires.

6. Les critiques de l’Occident formulées par l’Islam sont rejetées d’emblée.

7. L’hostilité à l’égard de l’Islam est utilisée pour justifier des pratiques discriminatoires à l’encontre des musulmans et l’exclusion des musulmans de la société dominante.

8. L’hostilité à l’égard des musulmans est considérée comme naturelle et normale.

Quelques visites sur les sites Internet4 islamophobes revendiquéssuffisent à constater que c'est très exactement la vision de l'Islam qu'ils donnent à leurs lecteurs.

Les attitudes décrites aux points 7 et 8 sont contraires à la loi de 1972 sur le racisme et sont de celles contre lesquelles combat le MRAP : « en raison de leur appartenance ou de leur non-appartenance,réelle ou supposée,à une prétendue «race », une ethnie, une nation, une culture ou une religion déterminées. »


L'islamophobie n'est pas la critique d'une religion (croyances, rites, etc.) mais celle de l'ensemble des personnes rattachées à cette religion par leurs détracteurs.

Nous sommes en présence d'un cas de racisme « culturel » et non plus de racisme biologique. L'inanité scientifique de ce dernier ayant été démontrée par les scientifiques et presque plus personne de sérieux n'osant affirmer qu'il existe des races humaines, les racistes ont introduit la notion de « cultures », intangibles à travers les siècles et étanches entre elles.

L'islamophobie est une tentative de théorisation du « racisme anti-musulman ». Le parallèle peut être fait avec l'antisémitisme : les théoriciens de ce dernier vont fournir les justifications intellectuelles à l'hostilité envers les Juifs. L'antisémitisme sera à la fois théories (forgeage des « Protocoles » et mythes du « complot juif », théories « biologiques » des nazis, etc.) et pratiques (les pogroms, l'extermination des Juifs d'Europe par les nazis et leurs complices).

D'autres groupes humains sont aussi victimes du racisme. Le plus souvent, les motivations tiennent en des généralisations de comportements individuels et des préjugés (tous des voleurs, des fainéants, des obsédés sexuels, etc..).

Mais il n'y a pas (encore) de théorisation sur les Tsiganes, les Noirs, etc. présentés comme des ensembles homogènes, porteurs d'un projet politique et social cohérent et menaçant.


L'emploi du terme islamophobie, pour la dénoncer, est préférable à celui de racisme anti-musulman pour plusieurs raisons :


1. Ils ne sont pas strictement identiques. L'islamophobie est le degré supérieur du racisme anti-musulman, car elle justifie par la théorie les actes de racisme anti-musulman en posant le principe que :

  • les musulmans (les individus) sont réductibles à leur appartenance à une communauté unique et uniforme ;

  • elle-même complètement structurée et déterminée par des textes et théories religieux (le Coran, la Sunna),

  • textes et théories dont l'interprétation la plus exacte selon les islamophobes serait celle des salafistes djihadistes. Ces derniers font d'ailleurs exactement la même analyse que les islamophobes, en inversant simplement les camps du « bien » et du « mal ».

2. Le terme est revendiqué par les islamophobes, qui s'assument en tant que tels et récusent parfois le terme de « musulmanophobes5 ». Employer ce dernier terme est leur offrir un boulevard en terme de communication. Certains pourront continuer de dénoncer en bloc la pratique du ramadan, le rachat du PSG par le Qatar, le port du hidjab, le business du halal et se voir involontairement décerner un brevet de non-racisme.

Défendre une religion ?

Quand les Juifs étaient accusés faussement de crimes rituels, c'est-à-dire commis au nom de leur religion, fallait-il ne pas dénoncer des accusations, de peur de paraître défendre le judaïsme en tant que religion ?

Bien évidemment non.

Expliquer que l'Islam6, c'est quatorze siècles d'histoire, des pays aussi différents que la Mauritanie et l'Indonésie, une multitude de structures politiques, d'écoles de pensée, des interprétations diverses et parfois opposées des mêmes textes, des individus de toute nature, ce n'est pas défendre un religion particulière. C'est simplement lutter pour la vérité. Et quand ces manipulations intellectuelles conduisent à présenter n'importe quel musulman comme un danger public, c'est lutter contre le racisme.

Le même constat pourrait d'ailleurs être fait à propos des mondes chrétiens, juifs, bouddhistes, etc..

Passer de la critique d'un fait, d'une politique, à son explication par la religion de ses auteurs conduit très souvent à des dérives inacceptables7.


Lutter contre l'islamophobie n'est pas défendre une religion, alors pourquoi avoir peur du mot ? Les antiracistes auraient-ils peur du mot dont se rengorgent les racistes ? Espérons que ce n'est pas parce que malgré la sincérité de leur engagement, il leur reste un fond de méfiance ou d'incompréhension envers des références, des habitudes qui ne sont pas celles qu'ils ont toujours connues.


Quant au MRAP, ce serait pour lui se « tirer une balle dans le pied » que de renoncer à ce combat qui avait fait sa spécificité par rapport aux autres organisations antiracistes, avec la défense des droits des Palestiniens.

 

TS

 

 

1 Ce militant de l'extrême-droite islamophobe norvégienne est l'auteur des deux attentats du 22 juillet 2011 en Norvège qui ont fait 77 morts.

2 Les requêtes Google concernant ces termes donnent respectivement environ 1 300 000 et 5 400 résultats.

3 Islam avec une majuscule désigne les sociétés musulmanes, islam avec une minuscule désigne la religion. De la même manière : Chrétienté et christianisme.

4 La base de données qui a servi à la rédaction du rapport du MRAP sur « Internet et les enjeux de la lutte contre le racisme », partiellement actualisée, recense 140 sites de cette nature, sans compter ceux pour lesquels l'islamophobie n'est pas la préoccupation exclusive.

6 Avec un I majuscule, s'agissant du fait social.

7 Voir l'exemple donné par Dominique Vidal à propos du livre d'Alain Ménargues, « Le mur de Sharon » (Le Monde diplomatique Juillet 2005.

Par Différences. La revue - Publié dans : Islamophobie
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