Syndication

  • Flux RSS des articles

Présentation

Racisme

Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 12:59

Reproduit du blog de Clémentine Autain, avec son aimable autorisation.

 

 

francenoire.jpg

De nos jours, le racisme est assumé ou involontaire, brutal ou insidieux, mais il est toujours là. Notre société est sous tension : d’un côté, le rejet de l’autre est décomplexé à l’heure où le Front National marque le terrain politique et, de l’autre, la tolérance sociale à l’égard de toutes les formes de racisme fond comme neige au soleil, la mobilisation sociale et intellectuelle ne lâche rien sur ce terrain.

Pas plus tard qu’hier, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant prononçait cette phrase édifiante : « contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas ». Ca fleure bon le parfum de cette théorie dangereuse, qui a mal si mal vieilli, du choc des civilisations… En face, les voix humanistes n’ont pas manqué pour le renvoyer dans ses cordes. Voici donc pour l’offensive décomplexée. Mais il y a plus subtil en apparence mais tout aussi contestable sur le fond. Car le regard et les pratiques qui stigmatisent et hiérarchisent en fonction de l’origine, de la couleur de peau, prennent en ce début de XXIe siècle des formes souvent moins directes et abruptes qu’hier mais restant marqués par ce paternalisme condescendant qui dénigre et humilie. Depuis une quinzaine de jours, le magazine Elle suscite une vive polémique pour avoir publié un papier intitulé « Black Fashion Power ». La journaliste Nathalie Dolivo entendait y décrypter le look des « nouvelles égéries noires » qui – je la cite - « fascinent les créateurs, emballent les rédactrices de mode et inspirent la rue ». Ainsi, pouvait-on lire dans Elle, la « black-geoisie a intégré tous les codes blancs » et le « chic est devenu une option plausible pour une communauté jusque-là arrimée à ses codes streetwear ». Voilà donc l’info : les Noirs ont quitté leurs boubous et leurs vulgaires jogging à capuches, sauvés de cet état primitif par les Blancs qui leur ont appris ce qu’est le chic… Les icônes noires ont enfin de la gueule mais attention, elles n’ont pas intégré ce modèle blanc de « manière littérale », nous explique sans rire le magazine féminin dans lequel est écrit : « C’est toujours classique avec un twist, bourgeois avec une référence ethnique qui rappelle les racines ».

L’article a provoqué un tollé, jusqu’en Angleterre et aux Etats-Unis. C’est d’abord la toile qui s’est violemment indignée : plus d’un millier d’internautes ont demandé des explications au magazine. Pendant plusieurs jours, ce fut silence radio. Puis la directrice de Elle, Valérie Toranian, a présenté ses excuses tout en affirmant que le traitement se voulait bienveillant. Une tribune parue dans Le Monde signée entre autre par Rokhaya Diallo, Audrey Pulvar, Pap Ndyae, Harry Roselmack ou encore Dominique Sopo, tribune que j’ai également signé, posait en titre cette question : « A quand une femme noire en couverture de Elle ? ». Car, au fond, « cette affaire est un révélateur : l’article est le symptôme médiatique d’une exclusion à la fois culturelle et sociale ». Les signataires pointent par exemple l’absence de femmes noires dans les rédactions et à la Une des magazines. La colère qui s’est exprimée autour de cet article dit combien, individuellement et collectivement, l’antiracisme s’affirme. Sans doute faut-il aller plus avant. Car l’antiracisme semble aujourd’hui buter sur une difficulté ou plutôt un défi. Comment, pour les Noirs comme pour d’autres minorités, être à la fois visibles et invisibles ? Comment maîtriser son identité ? Comment avoir une place à égalité avec tous les autres dans la société et, dans le même temps, affirmer cette différence produite de fait par l’historicité ? Comment être égaux sans être semblables ? C’est sans doute en renouvelant la réponse à ces questions, réponses aujourd’hui trop enfermées dans une binarité qui frise l’aporie en opposant un universalisme abstrait au communautarisme, que la lutte contre toutes les formes de racisme et de discriminations pourra retrouver de son tranchant et de sa fécondité.

Comme le retour sur l’histoire est essentiel dans ce domaine, je signale le beau livre La France noire qui vient de paraître aux éditions La Découverte et la série documentaire sur France 5, en trois volets (le 1er était hier), intitulé Noirs de France.

 

http://clementineautain.fr/2012/02/06/du-racisme-aujourd%E2%80%99hui-chronique-france-culture/

Par Différences. La revue - Publié dans : Racisme
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 6 octobre 2011 4 06 /10 /Oct /2011 18:42

CHEBEL D'APPOLLONIA  Ariane, Les frontières du racisme : identités, ethnicité, citoyenneté, 2e éd. remaniée et augmentée, Presses de Sciences Po, coll. La Bibliothèque du citoyen, 2011, 105 p. 14 euro

chebel-recto.jpg chebel-verso.jpg 


Présentation de l'éditeur :

Faillite annoncée du multiculturalisme en Allemagne et en Grande-Bretagne, chasse aux Roms en France et en Italie, criminalisation des Latinos aux États-Unis, conflits interethniques et racisme anti-Blancs en Afrique, racisme anti-Noirs en Europe, émeutes antichrétiennes en Asie et au Moyen-Orient, antisémitisme croissant et islamophobie mondialisée.

Comment expliquer la permanence des préjugés racistes en dépit d'une mobilisation antiraciste sans précédent ? Quelles sont les pratiques dominantes de rejet de l'autre ? Assistons-nous à l'émergence de nouvelles frontières ethno-raciales ?

Selon une approche à la fois théorique, historique et comparée, cet ouvrage évalue la nature et les contours du racisme contemporain. Il analyse comment l'obsession sécuritaire se combine dans de nombreux pays à un repli identitaire de plus en plus exclusif, pour légitimer un renforcement du contrôle social des minorités et un durcissement du contrôle aux frontières.

Donner les bases théoriques et historiques pour aider à lutter contre le racisme, le repli et le rejet de l'autre, telle est l'ambition de cet essai.

Table des matières :

Introduction. Les frontières du racisme

Chapitre 1. Les frontières sémantiques du racisme

Race non raciale, race raciale et racisme préracial

Race, culture et ethnicité

De la race à la culture (et inversement)

Néoracisme scientifique

Usage restrictif, usage extensif du racisme

Chapitre 2. Topographie des logiques différentialistes

Catégories ethnoraciales et ethnicité

Les pratiques d'exclusion et d'autoexclusion excluantes

Citoyenneté à géométrie variable

Chapitre 3. Géographie des pratiques discriminatoires

Racisme sans frontière

Racisme aux frontières

Racisme à usage sécuritaire

Conclusion. Les espaces de l'antiracisme

Par Différences. La revue - Publié dans : Racisme
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 20 juin 2011 1 20 /06 /Juin /2011 21:55

conseil-europe-communication.jpg

T +33(0)388412560                   www.coe.int                           pressunit@coe.int 

Réf. DC 030(2011)

 

Le racisme pourrait durablement s'installer si les Etats ne prennent pas les mesures qui s'imposent, déclare la Commission du Conseil de l'Europe contre le racisme

 

Strasbourg, 16.06.2011 – Le racisme et l'intolérance s'enracinent dans les sociétés européennes à mesure que la crise économique donne du poids aux messages extrémistes, met en garde aujourd'hui l'organe chef de file de la lutte contre le racisme en Europe.

 

La Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI), qui suit la situation de chacun de 47 Etats membres du Conseil de l’Europe, indique dans son dernier rapport annuel que le racisme n’est plus un phénomène marginal.  Les principaux responsables politiques utilisent de plus en plus des arguments xénophobes et antimusulmans et réclament des référendums ciblant les non-ressortissants et les minorités religieuses. Selon le rapport, « les moyens juridiques ne semblent pas suffire à contrer cette tendance. Il faut aller plus loin ».

 

Le rapport - qui étudie les grandes tendances observées en 2010 en matière de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie, d’antisémitisme et d’intolérance en Europe – retient certains "événements déplorables”, survenus en début et fin d’année, qui concernent « des nombreuses victimes parmi les migrants d’Afrique sub-saharienne » et « des affrontements interethniques fomentés par des ultranationalistes ». Il appelle les forces de l’ordre à donner une réponse ferme aux infractions à motivation raciste.

 

Le rapport  salue le fait que la très grande majorité des Etats sanctionne aujourd'hui pénalement  « le discours de haine ». Néanmoins, il estime que les autorités doivent  appliquer la loi de façon plus rigoureux et sensibiliser davantage les victimes potentielles aux droits qui sont les leurs. Le rapport encourage aussi « un débat vigoureux sur les questions sous-jacentes ». 

 

Il appelle l’attention sur la vague montante d’antitsiganisme, « l’un des problèmes les plus graves auxquels l'Europe se trouve confrontée aujourd'hui »  et apprécie les initiatives visant à améliorer la qualité de vie des communautés roms.

 

Soulignant la crainte de voir les attaques contre le multiculturalisme conduire à des sociétés fragmentées, le rapport appelle les gouvernements à intensifier leurs efforts pour promouvoir le dialogue interculturel. Selon le rapport, « la réponse au débat actuel sur le multiculturalisme est le respecte rigoureux d’un ensemble commun de principes, en particulier la non-discrimination et la tolérance ».

 

Le président de l’ECRI, Nils Muiznieks, a soutenu le rapport en appelant les gouvernements à agir dès maintenant pour enrayer la montée du racisme. « Les études menées par l’ECRI dans l'ensemble des pays européens font apparaître une augmentation préoccupante du racisme. Il est nécessaire que les gouvernements aient conscience de cette menace, s'emploient à renforcer la législation et les institutions de lutte contre la discrimination et fassent clairement savoir que la xénophobie ne saurait, à aucun moment, être tolérée dans la société moderne », a indiqué le président.

 

Lien vers le rapport

 

Pour en savoir plus sur l’ECRI

 

Contact presse : Stefano Valenti, Tel: +33 (0)3 90 21 43 28, stefano.valenti@coe.int

Par Différences. La revue - Publié dans : Racisme
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /Août /2010 06:00

 

aounit Editorial

Par Mouloud Aounit

Membre du Collège de la présidence du MRAP

(Différences n° 275 juil-août-sept 2010)

ALERTE !

 

A ce jour, l’exploitation de faits divers (événements de Saint-Aignan, de Grenoble …) a présenté pour le pouvoir d’indéniables opportunités pour allumer des contre-feux et se donner des possibilités de rebond et chaque jour amène de nouveaux projets. Cela vient après les déclarations, les débats antérieurs sur l’identité nationale, sur le port du niqab, tous sujets qui méritent un autre traitement que cette dramatisation à outrance.

 

Touchant des catégories bien ciblées de citoyens stigmatisés, les dernières annonces aux accents guerriers entrent dans la fabrication d’un véritable ennemi intérieur. Et les propos de Brice Hortefeux qui demande, lui, que la mesure de déchéance de la nationalité touche également les personnes d’origine immigrée qui se rendraient coupables d’actes d’excision ou de polygamie, ciblent de façon directe une communauté qui, bien que non désignée ouvertement, n’en est pas moins clairement identifiable.

 

En s’adressant à la part de primitif présente en chacun de nous, Nicolas Sarkozy esquive les problèmes réels et réduit le débat au degré zéro de la politique.

Accentuer les préjugés, rechercher des boucs émissaires ne peut tenir lieu de politique, pas plus que les annonces qui confinent même au cocasse lorsque l’on menace d’un contrôle fiscal les Gens du Voyage en plein feuilleton Woerth / Bettencourt !

 

Alors que le rôle du président de la République est de garantir la cohésion sociale, tout semble mis en œuvre pour que la situation se dégrade comme si on voulait entrer dans le cycle infernal provocation-violence-répression. Et d’un point de vue politique, l’opportunisme des projets de Nicolas Sarkozy sur la délinquance, loin de siphonner les voix du FN, ne feront que le renforcer et le légitimer.

 

Ces dérapages ne sont pas à prendre à la légère. Leur multiplication prouve bien que l’on est face à un puzzle dont les différentes pièces structurent une véritable xénophobie d’Etat où le rejet de l’Autre, la différence de traitement entre les citoyens sont des constantes toujours plus marquées.

 

Ainsi en est-il de la discrimination que l’on voudrait instaurer entre délinquants et qui n’est autre qu’une tentative de réintroduction sous une forme nouvelle de la double peine préparant à une remise en cause du code de la nationalité.

On assiste à une sorte d’institutionnalisation de la discrimination en rupture profonde avec un principe fondateur de la République : celui du droit du sol. Les seuls véritables Français pouvant jouir de la plénitude des droits seraient les Français de souche, de sang.

 

Là on se trouve bien, avec le diptyque immigration-insécurité, sur le terrain de prédilection de l’extrême droite. Et le dernier rapport de l’ONU qui pointe d’une façon sévère la recrudescence et de la xénophobie en France atteste bien d’une dérive grave qui écorne l’image de la France à l’étranger.

 

Nicolas Sarkozy avait annoncé sa volonté d’établir une rupture avec le passé. Dans le monde du travail, le démantèlement des acquis sociaux, de la protection sociale est en passe de se réaliser. Aujourd’hui, la rupture touche l’architecture constitutionnelle et c’est en la matière à un véritable changement de régime que l’on assiste. Les principes fondateurs qui permettent l’intégration de tous à la communauté nationale, en dehors de toute référence à une communauté d’origine, sont aujourd’hui bafoués par le sarkozysme qui de toute évidence préfère, à la recherche du consensus, un dissensus par lequel l’Autre est désigné comme ennemi.

 

Et même si ces mesures, vu leur caractère anticonstitutionnel, risquent fort d’être « recalées », ce pilonnage idéologique et médiatique n’en participe pas moins à une lepénisation des esprits et à une banalisation du racisme.

Dès à présent, c’est à une Résistance qui devra permettre une rénovation et une refondation du pacte républicain, aujourd’hui mis en péril, que nous devons nous atteler.

Par Différences. La revue - Publié dans : Racisme
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /Août /2010 18:00

Meynaud Hélène-Yvonne (dir.), La part de l'étranger(e) : travail et racisme, Le Bord de l'eau, 2010, 292 p. 20 euros

partdeletrangerLa construction de l'autre - l'étranger, la femme - comme essentiellement différent par sa " couleur ", ses potentialités, son comportement, est une des manières de maintenir la puissance de référence : l'homme, occidental, riche, père de famille, en bonne santé. Les décideurs peuvent alors, en toute respectabilité, subordonner, sous-payer, retenir, exclure. Avec la mondialisation, les tâches non délocalisables : chantiers, restauration, nettoyage et assistance à la personne, etc., sont offertes à une main-d'oeuvre "importée", taillable et corvéable par sa précarité. Les industries et services, quant à eux, s'exportent le plus souvent vers les pays à la main-d'oeuvre bon marché. L'origine étrangère, réelle ou supposée, rend l'emploi en CDI exceptionnel. La discrimination raciale et sexuelle au travail, démontrée par de nombreuses études statistiques, commence à peine à être dénoncée par des plaintes devant les tribunaux. Le comptage ethno-racial souvent proposé comme solution se heurte à des obstacles éthiques et techniques. Il justifie l'idée de la matérialité des clivages "raciaux". La "race" serait ainsi recréée comme mode explicatif des inégalités. Tout se passe comme si les politiques de diversité étaient mobilisées pour (re)dorer l'image des entreprises et des gouvernements, saupoudrant par-ci, noircissant par-là, remplaçant l'exigence de promotion des femmes par celle des "divers". Pourtant nous pouvons agir contre cette situation. Une fois les discriminations prouvées, des mesures de rétablissement des droits sont possibles. Notre modèle républicain, mis à mal, peut être restauré, et une juste place trouvée pour l'étranger(e), celle de partenaire dans la démocratie.

Notice d'éditeur

Par Différences. La revue - Publié dans : Racisme
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Recherche

Articles récents

Liste complète

Manifestations passées

Créer un Blog

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés