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Colonialisme

Jeudi 8 décembre 2011 4 08 /12 /Déc /2011 07:25

verges.gifCe texte, raccourci pour les besoins de publication, fut donné pour une conférence organisée à Rome en 2007. Rome où Frantz Fanon participait en 1959 au Deuxième Congrès des artistes et écrivains noirs et prononçait son discours sur la culture nationale qui devint ensuite un des chapitres des Damnés de la terre. Rome où Fanon rencontra Jean-Paul Sartre quelques mois avant sa mort le 6 décembre 1961. Simone de Beauvoir et Jacques Lanzmann ont tous deux raconté la rencontre fiévreuse et intense entre les deux hommes, avec un Sartre abasourdi et séduit par l’énergie et la force de la parole fanonienne. Sartre accepta d’écrire, écrivit la préface des Damnés de la terre.

 

En cette année des cinquante ans de la mort de Fanon, alors que les éditions La Découverte publient en un seul tome tous ses écrits, que de nouveaux ouvrages paraissent sur sa pensée, son actualité demeure. Toute lecture cependant est dynamique et ce qui retient mon attention ces jours-ci, c’est la critique de Fanon de l’économie de prédation qui dévaste le monde et la nécessité de poursuivre le mouvement de décolonisation des esprits. Une décolonisation qui concerne tous, tous les exploités qui partagent avec les « débris » de l’empire colonial l’histoire commune de l’exploitation et du mépris.

 

 

L’actualité de Frantz Fanon

Rome, Septembre 2007

Françoise Vergès

 

Fanon proposait d’utiliser le passé afin d’imaginer le futur. Sa description, dans Peau noire, masques blancs, du « fantasme paranoïaque de la dépossession » chez le colonisateur renvoie en partie aux discours actuels sur la peur des Noirs. Son exploration psychanalytique des mécanismes inconscients du racisme et du colonialisme, son intérêt pour le rôle que joue le fantasme de projection, pour la complexité de « l’expérience vécue du Noir », son analyse de la bourgeoisie nationale offrent le terrain d’une relecture critique de Fanon. En France, ce que les médias appellent « la question noire » ramène sur la scène politique la question de la présence de l’autre, esclave et colonisé dans la longue histoire du colonialisme. En Europe, le discours sur l’immigration, sur l’invasion par des immigrés qui ne voudraient pas s’intégrer redessine les frontières d’un monde où pauvres et opprimés sont rejetés, déportés et les riches protégés.


Alors que les barrières s’effondrent pour que les richesses circulent de plus en plus vite, de nouvelles frontières s’érigent pour contenir ces parias. Opprimés et méprisés se révoltent contre la violence des puissants, disent qu’il est juste de vouloir plus de justice. Le droit à la révolte, le droit de protester est souvent oublié dans l’invocation des droits imprescriptibles de l’être humain


Frantz Fanon croyait en ce droit à la révolte. Ses textes parlent tous de ce droit dont il fait même un devoir. Fanon est animé d’une colère brûlante contre l’injustice de cette accumulation de richesses acquises sur la mort, l’exploitation brutale, de millions d’individus. Ses mots ont aujourd’hui une profonde résonance. Il soulève des questions pour notre temps, mémoire et histoire, race et nation, politiques postcoloniales, cartographies de pouvoir et de résistance, genre et politique. Ils résonnent pour cette humanité « superflue » produite par une globalisation dont l’économie dévorante ne veut plus connaître de limites. Ils résonnent aussi pour la France et l’Algérie bien sûr, une France incapable to confronter son passé colonial, entêtée dans son refus de relecture de la colonie comme part constituante de la Nation, une Algérie secouée par des années de guerre civile, où toute une jeunesse a été sacrifiée par des généraux avides de pouvoir et de richesses. En France, une complicité demeure autour du projet de la « mission civilisatrice », ce discours d’une France « grande et généreuse » qui colonisa pour apporter progrès et « civilisation française ». Elle lie universitaires et élus, unis contre les émergences d’une nouvelle historiographie. En Algérie, l’Etat, qui cherche à conserver le monopole d’écriture de l’histoire, se retrouve face à une nouvelle génération d’historiens qui conteste le récit officiel.


La guerre d’indépendance en Algérie n’a pas fini de faire porter son empreinte sur notre temps. Plus qu’aucune autre guerre de libération, elle concentra autour d’elles les récits et les images d’une révolte juste, comme le Vietnam le fit des années plus tard. Plus qu’aucune autre colonie européenne, l’Algérie constitua, dans la seconde partie du 20ème siècle le symbole des luttes anticoloniales. Aujourd’hui encore, elle constitue une source de références textuelles et iconographiques comme de stratégies répressives à des acteurs ayant des intérêts contraires. Mais la guerre en Algérie est aussi source de références pour des mouvements qui contestent l’orthodoxie d’un récit qui nie l’altérité présente en France et en Europe. Ils s’opposent à l’effacement de la violence indissociable de l’entreprise coloniale, indissociable de toute entreprise où un Etat s’arroge le droit d’imposer sa « vérité » à un autre. Torture, pauvreté, justification de deux formes de citoyenneté, déni des droits juridiques fondamentaux, l’Algérie « française » était une vitrine de l’économie de prédation coloniale. L’action « positive » de la colonisation française était un leurre légitimé par le profond mépris des Européens pour le peuple « arabo-musulman ». En 1954, 10% de la population détenait 90% des richesses du pays ; 200 000 enfants européens étaient scolarisés dans 11 400 écoles alors qu’un million 250 000 enfants arabes et berbères étaient accueillis dans 699 établissements


La République coloniale, en opposant obscurantisme et lumières, reprend la vieille opposition entre civilisations de progrès et civilisations arriérées et accepte la racialisation du politique. La coloration des droits civiques, comme la coloration du droit du travail (travailleur « blanc » contre travailleur « noir » ou « immigré »), disent combien la ligne de faille du racisme peut circuler à travers les luttes pour l’extension des droits, les faisant reculer en faisant s’affronter des groupes aux intérêts convergents. Dès qu’on analyse comment cette « coloration » s’opère dans un contexte historique, social et politique, on observe que le processus se répète. Dire que la couleur « noire », que la catégorie « nègre » est une « fiction » ne peut suffire pour contrer cette opération. L'articulation de la ligne de couleur à des situations sociales et politiques, l’analyse des relations de conflit ou de solidarité entre « couleur » et citoyenneté, couleur et égalité, couleur et fraternité, genre et citoyenneté, ce travail a montré qu’il était possible de construire et partager un terrain commun. Pour « décolorer » le politique, le culturel et le social, il faut d’abord comprendre comment le blanc est devenu une couleur qui se masque sous l’universel et qui pourtant opère comme ligne de partage. Fanon avait compris ces mécanismes qui affectent profondément les individus. Le « Blanc » devait renoncer à ces privilèges, disait-il, et le « Noir » renoncer aux bénéfices secondaires de son aliénation, bénéfices qu’il avait analysé dans Peau noire, masques blancs.

La perte de l’empire colonial fut une grande blessure narcissique pour le nationalisme français. Mais la société ne voulait plus entendre parler de l’empire colonial, elle voulait oublier, se moderniser, devenir « européenne, » se couper du ‘Sud’. A cet oubli, en partie nécessaire car l’oubli participe de la vie humaine, il y eut le refus d’assumer les exactions commises, les inégalités. Dans L’an V de la révolution algérienne, Fanon analysait l’incapacité de toute une « gauche » française à comprendre les liens entre colonialisme et modernité européenne. Mais les pratiques d’empire continuaient à irriguer la société. Images stéréotypées et termes dérogatoires avaient alimenté l’imaginaire colonial, organisé les relations de travail et les relations sociales,construit la figure du « Blanc » civilisé, moderne et raisonnable, opposé au colonisé, enfermé dans des traditions arriérées, irrationnel, imperméable à la modernité. Comment croire à la fiction qui renvoyait ces faits et ces représentations à un passé révolu ? C’est pourtant ce qui s’est imposé


De la traite négrière, on nous dit que celle organisée par les Européens ne fut pas pire que celle organisée par les Africains ou les musulmans. De l’esclavage, on nous dit que ce ne peut être un « crime contre l’humanité » car ce ne fut pas un génocide. De la colonisation, on nous dit qu’elle ne fut pas seulement négative, qu’elle eut des aspects positifs, et une loi est même votée pour imposer cette interprétation. On nous explique les difficultés de jeunes Français par leur difficulté à « s’intégrer », ces explications culturalistes s’inscrivant dans la droite lignée d’une l’idéologie coloniale. Ces arguments témoignent d’une profonde difficulté à admettre qu’il existe un impensé dans la République


Ce retour du passé colonial a paru surprenant à ceux qui réclament raison et distance car ils sont sourds et aveugles à la présence de ces faits. Présence de l’esclavage et du colonialisme pour des centaines de milliers de Français dans leurs héritages qui s’observent tout autant dans des créations -- langues et cultures créoles-- que dans le retard structurel que connaissent les sociétés issues de l’esclavage aujourd’hui départements français d’outre-mer et dans la stigmatisation toujours associée à la couleur « noire ». Présence de la colonisation pour des centaines de milliers de jeunes Français qui subissent inégalités et discriminations parce que perçus comme « inassimilables » et dont les grands-parents et parents furent soumis à des lois d’exception et d’exclusion. Le retour du refoulé colonial s’inscrit dans une constellation de faits et de tensions contraires : crise économique, brutalité d’un libéralisme qui affaiblit les identités collectives et favorise la création de marchés « ethniques », évolution de la démographie, islamophobie, crainte de la diversité, crise d’une élite française de plus en plus fermée et repliée sur elle-même, et demandes de démocratisation.


On nous dit qu’il suffit « d’aimer la France » pour en faire partie ; on nous dit aussi que la France « n’a pas à avoir honte d’elle-même ». Qui décide des critères de cet amour ? Qui décide qui en est l’ennemi et l’ami ? Suis-je autorisée à aimer d’autres pays ou alors cet amour est exclusif et jaloux ? Ne pas avoir « honte » : ne doit-on pas cependant être prêt à envisager qu’il y ait eu des moments honteux ? Quel est ce narcissisme qui ne peut souffrir de reconnaître ses erreurs ? Est-il bon qu’un peuple croit ne jamais avoir fait d’erreurs, ne jamais avoir été complice d’actes discriminatoires ? Invoquer que « d’autres l’auraient fait et parfois pire » est-il digne d’une attitude réfléchie ?


En France, la place marginale qu’occupe l’histoire coloniale, esclavagiste et post-esclavagiste, comme histoire de spoliation, de massacres, d’inégalités, de rendez-vous ratés, autorise un aveuglement qui explique en partie l’incompréhension de nombre de Français devant des demandes d’inscription dans le récit national d’événements qui font cependant partie de l’histoire nationale. L’entreprise de renarcissisation du national qui s’appuie sur le refus d’appréhender cette histoire témoigne du désir jamais assouvi d’écrire une histoire mythique. La France n’échappe à pas à ce désir et l’immigration sert aujourd’hui de terrain « contre » : contre lequel s’adosserait une « vraie » France. Mais cette tendance à la purification s’enracine de plus loin, elle resurgit sous de nouvelles formes avec de nouvelles figures du « menaçant » ou du « barbare ». Fanon décrit quelques unes de ces figures dans L’An V. Le chapitre sur la femme voilée, celle qui anonyme car voilée donc inexistante comme ‘femme’ aux yeux des soldats et des colons français, a fait couler beaucoup d’encre. On se souvient de la cérémonie organisée par les épouses des colonels de l’armée française sur la grande place d’Alger, où des Algériennes enlevaient leur voile sous les vivats de la foule des colons. Le message : l’armée contribuait à l’émancipation des femmes algériennes enfermées par leurs pères, époux, frères. Fanon montre que le voile est stratégique. Cependant, il oublie dans le même temps, comme le souligne Mohamed Harbi, historien du mouvement nationaliste, que les dirigeants du Front de Libération Nationale résistèrent à l’émancipation des femmes algériennes. Celle-ci se fait en partie malgré eux et ils seront prompts à rétablir le pouvoir patriarcal dans l’Algérie indépendante. Mais l’analyse fanonienne du voile peut aussi aider à comprendre l’hystérie qui s’est emparée de la société française devant le « voile islamique. » La société a reconstruit un drame mettant en jeu des personnages dont certains attributs évoquaient la colonie : le « garçon arabe » violent et inassimilable, la « beurette » -- jeune femme d’origine « maghrébine » désireuse de s’émanciper, de s’assimiler et empêchée de le faire par son père, son frère, son époux.


Il ne s’agit pas de voir dans des problèmes de la société contemporaine, la « main » du colonialisme, mais il s’agit de poser avec force la nécessité de penser la place de la colonie dans l’identité nationale, l’imaginaire, les lois, les arts, la littérature et la langue même. L’enfermement par les Français de citoyens qui ne sont ni chrétiens ni « blancs » dans la tradition, la coutume, et le refus de la modernité, comme la popularité du discours du « choc des civilisations » chez les intellectuels français en disent long sur le propre enfermement de la société française


Les écrits de Fanon nous interpellent sur les zones grises où vivent des millions de personnes, les déplacements massifs de population, ces multitudes en mouvement chassées par la guerre, la faim, la misère, la géographie des camps de transit et de réfugiés, les sans-papiers, les sans logis, les morts sans sépulture du détroit de Gibraltar…font mentir l’idée d’un inévitable progrès porté par une économie « libre ». Le phénomène des pateras, ces bateaux de fortune sur lesquels s’entassent des jeunes Africains rend visible ce qu’une économie prédatrice voudrait garder invisible. Continuer à parler « droits de l’homme » dans une culture de la mort dévaluée d’hommes superflus et encombrants, personnes sans noms, ni sépulture dont la vie nous reste étrangère relève d’un aveuglement aux conditions de violation de ces droits. La contagion de la violence qui se répand, la dispersion sans espoir de retour, et l’exode sans fin, tracent les contours d’une nouvelle cartographie de l’humain et du « sub-humain » superflu


Françoise Vergès

 

Document INA : conférence de Franz Fanon au Congrès international des écrivains et artistes noirs. 20 septembre 1956

 

"Racisme et culture", conférence de Frantz FANON au congrès des écrivains et artistes noirs : - la valeur normative de certaines cultures ; la désignation de groupes humains sans culture, la hiérarchisation des cultures et la notion de relativité culturelle. - le racisme, élément culturel de certaines cultures ; l'évolution des formes et arguments du racisme selon les phases de la colonisation - le racisme, élément de l'oppression systématique, de la destruction des valeurs culturelles, de la dévalorisation d'un peuple ; la momification culturelle des peuples colonisés. - les tentatives d'atténuation du racisme (condamnation du racisme, la création d'une commission de l'ONU [Organisation des Nations unies], etc) . Colonisation et racisme. - "le corps à corps de l'indigène avec sa culture", la lutte pour la libération totale du territoire national ; la fin du racisme avec l'incompréhension de l'occupant ; la confrontation et l'enrichissement possible de deux cultures, l'universalité possible "une fois exclu, irréversiblement le statut colonial".



 


 

 

 

Par Différences. La revue - Publié dans : Colonialisme
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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 22:00
 

Pour le cinquantième anniversaire de sa mort :

Hommage à Franz Fanon

 

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Actualité de l’auteur des Damnés de la Terre, par Y.M et A.V.
Actualité de Franz Fanon, par Françoise Vergès De la Martinique où il est né, et où il a vu à l’œuvre la domination coloniale, en passant par son engagement dans les Forces françaises Libres, où il prit conscience que la défaite du nazisme ne signifiait pas la fin du racisme, jusqu’à l’Algérie où son engagement fut total comme psychiatre à l’hôpital de Blida, mais aussi comme acteur de la lutte pour l’indépendance de ce pays – il rejoignit le FLN en Tunisie en 1957 après son expulsion d’Algérie et sera même membre de la délégation algérienne au Congrès panafricain d’Accra et Ambassadeur, toute la vie de Frantz Fanon – vie courte mais intense, il est mort à l’âge de trente-six ans -, s’est articulée autour de la question coloniale.

Oeuvres de Franz Fanon :

 

fanon oeuvres

 

 

Expériences précieuses pour étudier les rapports de domination et analyser le lien entre la question coloniale et celle de la violence et du racisme. Les damnés de la terre, ouvrage d’abord interdit avant d’être publié avec une préface de Jean-Paul Sartre chez Maspero, l’année de sa mort en 1961, tout comme auparavant Peau Noire, Masques Blancs (paru en 1952 au Seuil) témoignent d’une profondeur d’analyse qui a marqué toute une génération d’intellectuels et de militants politiques anticolonialistes, ainsi aux Etats-Unis au cours des années 60 les mouvements noirs américains se sont emparés de sa pensée, Elridge Cleaver et avec lui nombre de militants des Black Panthers, par exemple, considéraient Les damnés de la terre comme un ouvrage de référence.

 Autour de Franz Fanon : 

fanon toumson

En effet, si Fanon, qui a révolutionné les pratiques de la psychiatrie en Algérie, pense le monde comme un psychiatre, -pour lui l’analyse de l’oppression coloniale ne doit pas se limiter aux seuls facteurs économiques, culturels ou politiques mais s’intéresser également aux aspects psychologiques- chez lui le monde est également pensé en termes marxistes : Fanon a toujours insisté sur le rapport entre colonisateur et colonisé en termes de classes. Chez lui, l’aliénation coloniale est pensée non pas comme une question culturelle mais comme un problème politique dont il ne faut pas sous-estimer la profondeur historique.

Il refusera toujours l’enfermement dans une ethnie ou un groupe racial et restera distant à l’égard du mouvement culturel de la négritude de Senghor et Césaire qu’il veut dépasser pour viser davantage à l’émancipation politique.

Enfin pour lui, la colonisation, si elle détruit le colonisé détruit, certes de façon différente, le colonisateur également. Aujourd’hui le refoulé colonial montre encore comment le colonialisme est une maladie dont il est difficile de sortir.

  Les damnés de la terre

Frantz Fanon 1961
Préface à l'édition de 1961 par Jean-Paul Sartre

 

"Il n'y a pas si longtemps, la terre comptait deux milliards d'habitants, soit cinq cents millions d'hommes et un milliard cinq cents millions d'indigènes."

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Militant de la décolonisation totalement engagé, Fanon est toujours resté un esprit lucide, toujours prêt à analyser les contradictions du réel, il a ainsi pressenti les dérives qu’allait connaître l’Algérie (Mise en place du parti unique, institution d’une histoire officielle …) et sans doute qu’aujourd’hui ses analyses peuvent aider à porter un regard plus pénétrant sur les révolutions dans les pays arabes qui méritent une lecture et une profondeur dans la compréhension qui font souvent cruellement défaut.
 Écouter, voir, sur la toile.fanon Si en France, Frantz Fanon et son œuvre ont été quelque peu oubliés durant toute une période – après la fin de la guerre d’Algérie, le déni de mémoire, au cours des années 80, le refus de la France d’assumer son passé colonial, le refus de la mauvaise conscience et la liquidation du tiers-mondisme ont joué un rôle essentiel dans la relégation de Frantz Fanon - en revanche, aux Etats-Unis, dans les années 90, il continuait à être enseigné dans les universités.
 

Document INA : conférence de Franz Fanon au Congrès international des écrivains et artistes noirs. 20 septembre 1956

 

 

 

Cinquante ans après la publication des Damnés de la terre, le passé colonial se vit aujourd’hui en présent post-colonial. Alors que les événements de la guerre d’Algérie, longtemps refoulés, interpellent à nouveau les consciences longtemps endormies et que la commémoration du massacre du 17 octobre 1961 montre à l’évidence qu’aujourd’hui le déni de mémoire n’est plus tenable, l’œuvre de Fanon, parce qu’elle se trouve de fait en lien direct avec les préoccupations d’aujourd’hui, retrouve toute son actualité et toute sa pertinence.


 

 

 

 


 

N’en déplaise à certains esprits, la fin de la colonisation directe n’a pas mis un terme à la question coloniale. Ses conséquences se font toujours sentir et continuent à nourrir des a priori et des postures intellectuelles qui révèlent avant tout l’impossibilité de se dégager d’une vision de l’histoire dont le seul acteur serait le colonisateur.


 

 

Le discours Dakar de Nicolas Sarkozy du 26 juillet 2007 dans lequel il déclarait que l’homme noir n’était pas encore entré dans l’Histoire – dans le droit fil de toute une littérature qui cherchait à réhabiliter la colonisation et à redonner bonne conscience à une société qui commençait à douter du bien fondé de son œuvre outre-mer- prouve que la pensée coloniale est toujours agissante. Ainsi elle produit et structure une islamophobie qui trouve dans la crise économique des facteurs supplémentaires de se développer. Les discours sur l’intégration, la loi sur le rôle positif de la colonisation, les débats sur l’identité nationale, les commentaires sur les révoltes des quartiers populaires de novembre 2005, l’instrumentalisation de la question du foulard, l’assignation à résidence ethnique sont autant d’éléments qui montrent que, bien loin d’avoir disparu, la pensée coloniale n’en finit pas de se déployer et de gangrener l’espace public.


 

 

Aujourd’hui, et Fanon l’avait bien vu, la difficulté à s’émanciper, à être pleinement soi-même, directement liée à l’oppression coloniale continue à agir de manière plus ou moins consciente ou souterraine avec pour conséquences la mal-vie et l’impossibilité faite à bien des jeunes, mais aussi à leurs parents, de pleinement se réaliser dans une société qui se refuse toujours à prendre en charge la part de leur Histoire dans notre Histoire commune. Le mouvement des Indigènes de la République, de façon qui peut apparaître parfois provocatrice, n’en témoigne pas moins de la persistance de la question coloniale qui continue à miner notre société.


 

  

.

 

De nos jours encore où le discours des opprimés s’exprime souvent par le canal de l’islam, la pensée de Fanon peut nous aider à mieux appréhender les raisons de ce recours à la religion : retour à des origines mythifiées, besoin de se (re-) construire une identité niée, impérieuse nécessité de conquérir une autonomie vis à vis de celui qui est (perçu comme) le néo-colonisateur, quand bien même ses écrits plus spécifiquement politiques indiquent que c’est politiquement que se règleront ces questions qui continuent à travailler le corps social.


 

 

L’oeuvre de Fanon garde une actualité incontestable et ses écrits dans le contexte post-colonial tel que nous le connaissons aujourd’hui présentent toujours un intérêt majeur.

Et si la tentation est grande d’interpréter la pensée de Fanon, se confronter directement à ses écrits demeure un moyen efficace pour déchiffrer la situation actuelle, un passage instructif et stimulant pour penser notre société et agir.


Y.M & A.V

 

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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 21:45

Hommage à Franz Fanon

L'œil se noie, Les Mains parallèles et La Conspiration, trois pièces de théâtres inédites écrites entre 1949 et 1950 ;

L'expérience vécue du Noir, 1951, texte publié dans la revue Esprit (1951, Vol 19, n°5).

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Peau noire, masques blancs,  Seuil, 1952 ;

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L'An V de la révolution algérienne, 1959 - rééd. 2011;

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Les Damnés de la Terre, La Découverte, 1961 ;

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Pour la révolution africaine, La Découverte, 1964.

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 Oeuvres, La Découverte, 2011.


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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 21:30

Hommage à Franz Fanon

BIBLIOGRAPHIE FANONIENNE FRANCOPHONE 

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BENARAB Abdelkader, Frantz Fanon, l'homme de rupture, préf. Lilyan Kesteloot, Alfabarre, coll. Les Fourmis rouges dans nos sommeils, 2010, 83 p. 11 euro 

C'est avec beaucoup de finesse que Abdelkader Benarab distingue ce que Fanon estime être la cause fondamentale de l'aliénation du colonisé. Il décortique avec clarté les motifs que Fanon oppose au raisonnement d'Hegel concernant les rapports du maître et de l'esclave. Il éclaire les relations ambiguës de Sartre et de Fanon, notamment à propos de la préface des Damnés. Pourquoi Fanon homme de rupture, alors que la majorité de ses contemporains colonisés aspiraient, en dépit et au-delà de la colonisation, à « une rencontre bien totale » et « une postulation de la fraternité » (Césaire), au « rendez-vous du donner et du recevoir » (Senghor), à « l'humanisme universel » (Alioune Diop, Rabemananjara etc.) ? A. Benarab conforte aussi ses arguments en référant aux travaux d'Edward Said et Homi Bhabha. 

 

 

BOUVIER Pierre, Fanon, Éd. universitaires, coll. Les Justes, 1971, 132 p


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BOUVIER Pierre, Aimé Césaire et Frantz Fanon : portraits de (dé)colonisés, Les Belles lettres, 2010, 288 p. 27 euro

Ils sont tous deux Martiniquais. Ils ont tous deux lutté contre le colonialisme et l'héritage de la traite et de l'esclavage. L'un est célébré par la République française (Césaire), l'autre presque ignoré (Fanon). L'analyse croisée de leur biographie et de leurs écrits éclaire les débats les plus actuels sur la mémoire des femmes et des hommes d'origine africaine et les difficultés à se débarrasser de l'aliénation coloniale. Frantz Fanon (1925-1961), médecin et psychiatre, se confronte aux faux-semblants identitaires des colonisés dans les départements d'Outre-mer et d'Afrique du Nord : ses consultations psychiatriques lui révèlent les stigmates infligés par leur statut aux Antillais et aux immigrés maghrébins et sahéliens. Il dénonce les pratiques asservissantes qu'impose l'assimilation et devient ainsi le porte-parole des générations contestataires. Ces deux fils de la Martinique ont atteint une dimension universelle qui aujourd'hui particulièrement nous donne la mesure et l'intelligence des attentes et des enjeux de l'ère post-coloniale.

 Pierre Bouvier est professeur émérite à l'Université Paris X-Nanterre et chercheur au Laboratoire d'anthropologie des institutions et des organisations sociales. Il est le fondateur de la revue Socio-anthropologie. On lui doit l'invention du terme "lien social".
  

 

CAUTE David, Fr antz Fanon, trad. de l'anglais Guy Durand, Seghers, coll. Les Maîtres modernes, 1970, 176 p.


  Fanon Chaulet

CHAULET-ACHOUR Christiane, Frantz Fanon, l'importun, préf. Behja Traversac, éd. Chèvre-feuille étoilée, coll. Autres espaces, 2004, 79 p. 5 euro

 " Ô mon corps, fais toujours de moi un homme qui interroge ! " Des générations de  Martiniquais, de Fra nçais, d'Algériens, ne connaissent pas le nom de Frantz Fanon. Pourtant, ce psychiatre, ce résistant, ce révolutionnaire a été leur concitoyen. Christiane Chaulet Achour  retrace pour nous le chemin que cet homme, mort à 36 ans, a emprunté dans le contexte de la décolonisation. Sa position sur l'irruption des femmes dans la sphère publique à l'occasion de la lutte d'indépendance de l'Algérie nous paraît exemplaire de sa pensée politique mais aussi philosophique. Plus qu'un acte de mémoire, ce texte est une invitation à découvrir à quel point la pensée dense et fulgurante de Fanon et ses analyses sur la violence et la culture restent actuelles.

  

 

 

CHAULET-ACHOUR Christiane (dir.), Frantz Fanon et l'Algérie, Algérie Littérature Action, n° 153-156, Marsa éd., 2011, 153 p. 24 euro


 

 

CHAULET-ACHOUR Christiane (dir.), Frantz Fanon, figure du dépassement, Encrage/CRTF, 2011, 147 p.16 euro

  

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CHERKI Alice, Frantz Fanon : portrait, nouv. éd., postf. inédite, Le Seuil, 2011, 329 p. 20 euro

L'itinéraire de Frantz Fanon, né antillais, mort algérien, et son témoignage de psychiatre, d'écrivain, de penseur politiquement engagé reviennent éclairer les désordres et les violences d'aujourd'hui. Fanon est mort à 36 ans, à un âge où souvent une vie d'homme ne fait que commencer. Mais toutes ses mises en garde aux pays colonisés en voie d'indépendance se sont révélées prophétiques. De même, ses réflexions sur la folie, le racisme, et sur un universalisme confisqué par les puissants, à peine audibles en son temps, ne cessent de nous atteindre et de nous concerner. L'auteur des " Damnés de la terre " a produit une oeuvre " irrecevable ". Son propre parcours ne l'était pas moins et la manière dont il s'interrogeait sur " la culture dite d'origine ", sur le regard de l'autre et sur la honte n'a pas toujours été reconnue. Particulièrement qualifiée pour dresser ce portrait biographique et intellectuel, Alice Cherki a bien connu Frantz Fanon, travaillé à ses côtés, en Algérie et en Tunisie, dans son service psychiatrique, et partagé son engagement politique durant la guerre d'Algérie. Elle nous apporte son témoignage distancié sur un Fanon éveilleur de consciences, généreux sans concessions, habité par le sentiment tragique de la vie et par un espoir obstiné en l'Homme. Alice Cherki. Née à Alger d'une famille juive, elle a participé activement à la lutte pour l'indépendance. Psychiatre et psychanalyste, elle est coauteur de deux ouvrages,  Retour à Lacan ? (Fayard, 1981) et Les juifs d'Algérie  (Éditions du Scribe, 1987). Elle a publié plusieurs articles portant sur les enjeux psychiques des silences de l'Histoire.

  

   

DACY Elo (éd.), L'Actualité de Frantz Fanon : actes du colloque de Brazzaville, 12-16 décembre 1984, Karthala, coll. Lettres du Sud, 1986, 347 p.

Avec des articles de Joseph Asselam, Yves Benot, Dominique Bounsasa, Elo Dacy, Herniette Didillon, Emmanuel B. Dongala, Michel Fabre, Jacques Fredj, Richard Gérard Gambou, Michel Giraud, Robert Jouanny, Edmond Jouve, Ambroise Kom, Abel Kouvouama, Marcel Manville, Clément Mbom, Bikindu Milandu, Josué Ndamba, M.a M. Ngal, Henri Ossebi, A. Quéfellec, Jean Marie Soungoua et des allocutions de Daniel Abibi, Adrien Huannou et Sylvain Makosso-Makosso
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FANON J oby, Frantz Fanon : de la Martinique à l'Algérie et à l'Afrique, préf. Roland Suvélor, L'Harmatan, 2004, 244 p., ill. 23 euro 

De Peau noire, masques blancs (1952) à Pour une révolution africaine (1964), en passant par L'an V de la révolution algérienne (1959) et Les damnés de la terre l'oeuvre du psychiatre martiniquais Frantz Fanon a profondément marqué l'immense courant de pensée qui, après la seconde guerre mondiale, a fortement contribué à la libération des peuples colonisés. Face aux malentendus, Joby Fanon, frère aîné de Frantz Fanon, présente une étude qui reprend les choses par leur commencement et retrace le parcours d'un homme parmi les hommes. 

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Frantz Fanon, Sud/Nord - Folies et cultures, n° 22, Érès, 2008, 176 p. 19 euro

S'il est un psychiatre qui a poussé jusqu'au bout le souci de s'interroger - et d'être interrogé - sur ses propres démarches, c'est bien Franz Fanon dont nous savons hélas qu'il est absolument ignoré aujourd'hui par la très grande majorité des psychiatres (plus particulièrement des psychiatres français), formatés qu'ils sont par le rouleau compresseur des prétendues sciences pures et dures, les modes nord-américaines et l'immixtion croissante de l' industrie pharmaceutique souveraine dans leurs formations. Connus et étudiés dans plus de cinquante pays, ses principaux ouvrages sont traduits dans toutes les langues. Et pourtant son pays est avare en hommages. Qu'a-t-il montré de si gênant ? Les textes qui suivent répondent à cette question, chacun à sa manière. Certains d'entre eux anciens et peu connus, d'autres publiés plus récemment, et enfin de nombreux textes inédits - entre autres d'amis antillais et algériens - viennent s'entrecroiser avec des témoignages de ceux qui l'ont connu, pour dresser un portrait le plus fidèle possible de Fanon et manifester ce qu'il a de résolument actuel et exemplaire pour beaucoup de ceux qui gardent vivante la mémoire de cet homme illustre comme pour ceux qui ne le connaissent pas encore.

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Frantz Fanon, 50 ans après..., ContreTemps, n° 10, Syllepse, 2011, 160 p. 12 euro

Frantz Fanon, ce révolutionnaire disparu il y a 50 ans, dont l'oeuvre a connu une éclipse, mérite aujourd'hui un retour et une réflexion approfondie, pour en redécouvrir toute la force. C'est le propos des articles de Rafik Chekkat, Peter Hallward et Leo Zeilig.

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GENDZIER Irène, Frantz Fanon, trad. de l'anglais Edouard Deliman, Le Seuil, coll. L'Histoire immédiate, 1976, 286 p

Irène Gendzier nous donne la biographie la plus complète de l'homme qui écrivit Les Damnés de la terre en la doublant d'une étude critique de ses oeuvres, replacées dans les milieux où Fanon vécut et agit, de sa Martinique natale à l'Algérie en guerre. Elle met admirablement en lumière l'influence décisive que l'expérience du psychiatre a eue sur la courte carrière du révolutionnaire. Le message de Fanon ne s'adresse pas seulement à ses "frères de couleur" ou à ses anciens compagnons de lutte, mais à tous les exploités. Ces hommes et ces femmes sont parmi nous. La "psychose du colonisé" a pu s'estomper avec la décolonisation, d'ailleurs inachevée. Mais la psychose de l'opprimé demeure aussi vive et universelle que jamais. Le tocsin de Fanon sonne bien pour nous tous.

 Irène Gendzier enseigne l'histoire à l'université de Boston et poursuit au Radcliffe Institute des recherches sur le Maghreb et le Moyen-Orient. Elle a écrit the  Practical Visions of Yagub Sarvu , Harvard University Press, 1966 et  a Middle East Reader , Pegasus-Bobbs Merrill, 1970. 

 

 

HADDAB Mustapha (dir.), Actes du colloque international Frantz Fanon : Alger les 6 et 7 juillet 2009, CNRPAH, Alger, 2011, 294 p., ill.


 

 

LUCAS Philippe, Sociologie de Frantz Fanon : contribution à une anthropologie de la libération, SNED, Alger, coll. Études et documents, 1971, 222 p.


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LUCRECE André, Frantz Fanon et les Antilles : l'empreinte d'une pensée, Fort-de-France, Le Teneur, 2011 , 166 p. 20 euro

Il est question dans ce livre de répondre à l'oubli inconcevable qui frappe la pensée de Frantz Fanon. Cet oubli ne relève ni d'une distraction ni d'une étourderie. Elle est la marque d'un parti pris qui prend la forme d'un ajournement et d'un aveuglement, venant d'une part de gens qui voudraient nous faire croire qu'il s'agit d'une pensée fragilisée par l'obsolescence, venant d'autre part d'auteurs qu'une telle pensée dérange et qui pratiquent une hostilité soigneusement distillée. Le scandale que constitue l'incommensurable éclipse d'une pensée conçue dans l'acte et la vérité d'une réalité concrète nous ordonne la réinscription de l'oeuvre de Frantz Fanon au coeur de la réflexion sur la réalité d'aujourd'hui. En premier lieu, sur la réalité antillaise.

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 MACEY David, Frantz Fanon, une vie, trad. de l'anglais Christophe Jaquet et Marc Saint-Upéry, La Découverte, coll. Cahiers libres, 2011, 599 p. 28 euro

Plus on s'éloigne de sa mort, survenue le 6 décembre 1961, plus Frantz Fanon semble d'actualité. C'est ce que montre David Macey dans cet ouvrage qui s' est imposé comme la biographie de référence sur le penseur de l' émancipation, aux vies enchevêtrées : depuis la Martinique, d'où il s' engagea, jeune homme, dans les forces de la France libre pour libérer la métropole du joug nazi, jusqu'à son inhumation en Algérie, - son pays d' adoption, quelques mois seulement avant l'indépendance de ce pays. Colonisé et descendant d'esclave, Fanon le demeura dans chaque ligne qu'il écrivit. Algérien et africain, il le devint par choix et par nécessité, après son installation comme psychiatre en Afrique du Nord. Inscrivant avec une étonnante précision chaque épisode de la vie de Fanon dans son contexte, tant historique qu'idéologique, éclairant ce destin hors norme grâce aux témoignages de ses proches et de ses contemporains, David Macey libère l' auteur des Damnés de la terre des mythologies dans lesquelles son personnage a été trop souvent enfermé, icône du tiers monde ou, ensuite, star des études « postcoloniales ». Plutôt que de le faire vivre en théories, David Macey cherche au contraire à redonner chair à cet homme bouillonnant. En le réinscrivant dans son temps, en ne cachant pas ses contradictions et ses tâtonnements, en ne négligeant aucune facette de la carrière de ce révolutionnaire qui fut aussi psychiatre, David Macey offre de nouvelles clés pour comprendre l'extraordinaire fécondité de l'ouvre de Frantz Fanon.

 

 

MBOM Clément, Frantz Fanon aujourd'hui et demain : réflexions sur le tiers-monde, Nathan, 1985, 318 p.


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Pour Frantz Fanon, Les Temps modernes, n° 635-636, novembre-décembre 2005/janvier 2006. 130 pages d'articles et de témoignages, dont de Jean Améry, James A. Arnold, Bryan Cheyette, Azzedine Haddour, Jean Khalfa, Claude Lanzmann et Robert J.C. Young..


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 RENAULT Matthieu, Frantz Fanon : de l'anticolonialisme à la critique postcoloniale, Amsterdam, 2011, 218 p. 14 euro


Si, depuis le début des années 2000, après des années d'occultation, la figure de Fanon fait retour dans les champs académique et militant francophones, c'est avant tout pour célébrer "l'homme d'action", le révolutionnaire, au détriment de « l'homme de pensée », du théoricien. Cette approche presque exclusivement biographique tend à faire de Fanon un dépassé et, par suite, un "dé-pensé". Elle se révèle en outre étroitement liée à la défiance teintée de méconnaissance à l'égard de la diffusion des études postcoloniales dans les universités françaises. Il est vrai que, si les études postcoloniales et les études fanoniennes anglophones ont eu l'indéniable mérite de réhabiliter Fanon en tant qu' intellectuel et penseur de tout premier ordre, il est légitime de leur reprocher d'avoir également opéré une certaine décontextualisation tendant à gommer la singularité de l'intervention théorique et politique du psychiatre martiniquais. Si nous désirons aujourd'hui faire de Fanon notre contemporain, il est donc nécessaire d'aller au-delà du conflit des interprétations qui oppose les figures exclusives du "Fanon anticolonial" (historique) et du "Fanon postcolonial", au-delà de cet écartèlement entre un passé et un futur qui privent Fanon de tout présent. Il faut s'attacher à comprendre le moment fanonien en tant que moment transitionnel, il faut déceler dans ses écrits le commencement d'un certain postcolonialisme au sein de l'anticolonialisme, d'un postcolonialisme de guerre qui révèle, par contraste, les difficultés de la critique postcoloniale actuelle à théoriser la violence et à penser ensemble, dans la lignée de Fanon, guerre et décolonisation des savoirs. Tel est l'enjeu de ce portrait théorique en situation. 

Matthieu Renault a soutenu sa thèse de doctorat en philosophie politique sur Frantz Fanon et les langages décoloniaux en septembre 2011.
 

 

SORTIR DU COLONIALISME (Collectif), Frantz Fanon, penseur de l'émancipation, Les Petits matins, à paraître, 5 euro


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TOUMSON Roger (dir.), Frantz Fanon : mémorial international, 31 mars-3 avril 1982, Fort-de-France, Présence africaine, 1984.

Par-delà ses destinataires immédiats, transcendant la différence des conditions et des états, les antinomies raciales et sociologiques, les stratégies fatales des psychologies et des structures, le message de Frantz Fanon s'adressait à tous les hommes de bonne volonté épris de justice et d'équité. 1961, 1981. Vingt ans après sa mort, l'heure du bilan n'était-elle pas venue ? Le Mémorial international Frantz Fanon qui se tint à Fort-de-France du 31 mars au 1er avril 1982 eut pour fin d'introduire à cette question. Venus de la Caraïbe, des Etats-Unis, d'Europe, d'Afrique et du Japon, les analystes s'appliquèrent à mesurer leur champ problématique : psychiatrie, psychanalyse, philosophie, sociologie, littérature, politique. "Présence et situation de Frantz Fanon", tel est le thème commun aux diverses contributions réunies dans le présent volume. Elles sont disparates. Mais à tout prendre la difficulté d'ajuster le discours interprétatif à son objet pourrait-elle, ici, étonner ? Frantz Fanon : auteur subversif, penseur d'avenir.


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Vers une pensée politique postcoloniale : à partir de Frantz Fanon Tumultes, n° 31, Kimé, 2008, 201 p. 20 euro

Frantz Fanon peut être considéré comme le précurseur de la théorie post-coloniale. Ce numéro de Tumultes se propose d'explorer les pistes tracées depuis la période de la décolonisation. Il rassemblera certains textes écrits à partir de présentations faites au colloque organisé par le CSPRP à l'automne 2007 "Penser aujourd'hui à partir de Frantz Fanon". Y seront joints un certain nombre d'articles qui viendront compléter ces perspectives, ouvrant à des problématiques telles que la question de l'Empire et de l'État ou celle du rapport entre genre et citoyenneté en post-colonie. Il s'agira d'abord de reprendre les analyses de Frantz Fanon sur le phénomène colonial, dans sa complexité politique et psychologique (Harbi, Murard, Yacine), puis à partir de Fanon de poser la question des assignations identitaires, assignations raciales, nationales, ou sexuelles (Basto, Guimaraes, Marton, Rocchi). Enfin sera posée la question de ce qu'il en est d'une citoyenneté post-coloniale, avec toute la dimension du rapport Empire/État que cela implique, et la nécessaire prise en compte de la construction du masculin et du féminin (genre) dans l'élaboration de cette citoyenneté (Banerjee, Chatterjee, McFadden, Menon, Samaddar). 

Quelques-uns des auteurs de ces articles vivent et écrivent en France - dont deux qui sont originaires d'Algérie -, les autres vivent en Afrique, en Israël, au Brésil, aux États-Unis, en Inde. C'est dire la composante largement internationale de ce numéro. Articles de Maria-Beneditta Basto, Mohammed Harbi, Numa Murard, Jean-Paul Rocchi, Tassadit Yacine, Paula Banerjee, Partha Chatterjee, Lewis Gordon, Antonio Sergio Guimaraes, Patricia McFadden, Ruchama

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ZAHAR Renate, L'oeuvre de Frantz Fanon : colonialisme et aliénation, trad. de l'allemand Roger Dangeville, François Maspero, coll. PCM, 1970, 125 p


 

 

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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 21:15
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