Extrême-droite

Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /2009 19:05

Ils sont tous deux parus en 2009. Le premier est celui de Jacques Leclercq : Dictionnaire de la mouvance droitiste et nationale de 1945 à nos jours1. Le second celui de Jean-Paul Gautier : Les extrêmes-droites en France, de la traversée du désert à l'ascension du Front national (1945-2008).2

Ils différent par la personnalité de leurs auteurs, le domaine étudié, la conception.

Jacques Leclercq n'est pas un historien de formation ou de métier. C'est un passionné, qui a recensé et collationné tout ce qu'il trouvait sur le sujet, de la feuille confidentielle éditée par un groupuscule éphémère à la presse institutionnelle de partis reconnus. L'information n'est pas toujours hiérarchisée.

Jean-Paul Gautier est un historien spécialiste de l'extrême-droite, qui a déjà écrit un livre sur le mouvement royaliste3.

Jacques Leclercq a fait un dictionnaire des mouvements et publications, auquel il manque malheureusement un index des noms cités. Cet index serait serait d'autant plus utile que quelques-uns des activistes de l'extrême-droite sont devenus ministres, que d'autres ont navigué par exemple de la droite néo-païenne au catholicisme intégral ou bien après avoir mangé aux deux râteliers ont fait leur fonds de commerce de l'islamophobie.

Jean-Paul Gauthier a écrit un ouvrage plus classique dans sa forme, en respectant autant que possible la chronologie et les filiations idéologiques.

Jacques Leclercq ne s'est pas limité à l'extrême-droite classique, mais il a inclus à juste titre dans son dictionnaire le PMF4 de Mohammed Latreche, les négationniste de « La vielle taupe », la LDJ5 et le Betar6.

Jean-Paul Gautier exclut délibérément de son étude les royalistes (il leur a consacré un livre distinct) et les négationnistes, au motif contestable que certains d'entre eux venaient de la gauche.

Le monde décrit dans ces deux ouvrages est extrêmement complexe et varié, les mutations et permanences sont comparables à celle observées en virologie.

En 1945, l'extrême-droite est discréditée à cause de son soutien à Vichy, voire même au nazisme. Elle tente de se reconstruire avec les guerres coloniales et « la défense de l'Empire », mais l'indépendance de l'Algérie en 1962 scelle son échec dans ce combat.

Les rescapés de la collaboration, de l'OAS vont se diviser sur les moyens : alors que les uns multiplient les groupuscules activistes et violents, d'autres essaient le gramscisme de droite. Persuadés que les révolutions culturelles et politiques sont les préalables nécessaires aux révolutions politiques, ils vont habiller de mots nouveaux des concepts classiques de l'extrême-droite.

A partir de 1974, c'est l'unification politique de l'extrême-droite, autour du FN, avec malgré tout des scissions et querelles d'égo. En 2002, Le Pen obtient plus de voix que Jospin et est présent au second tour de l'élection présidentielle.

Les clivages ont toujours été nombreux au sein de l'extrême-droite, y compris au sein du FN.

Références religieuses : les héritiers du catholicisme intégral (Bernard Antony) dénoncent les néo-païens (Pierre Vial) et réciproquement.

Conflit Israël-Palestine : il y a ceux qui veulent d'abord « casser de l'arabe », en s'alliant aux « juifs », d'autres dont l'antisémitisme se déguise en antisionisme, d'autres enfin pour qui ces conflits entre « sémites monothéistes » ne concernent pas les « vrais européens  païens ».

Quelle nation ? Nationalistes hexagonaux, régionalistes anti-français, partisans d'une Europe unie (et blanche) s'opposent.

Face à la politique américaine, il y a les inconditionnels de l'OTAN et de la guerre des civilisations, et ceux pour qui les États-Unis sont les artisans du cosmopolitisme et du « nivellement des identités ». Ils vont soutenir Poutine, Ahmadinedjad, Chavez.

Lors de la guerre civile en ex-Yougoslavie, des militants d'extrême-droite combattront dans les rangs croates, et d'autres avec les Serbes.

Il y a les ultra-libéraux et les dirigistes.

La stratégie fait aussi débat : activisme ou entrisme dans les partis de la droite institutionnelle ?

L'analyse des sites et blogs montre que s'il y a de grandes familles idéologiques, beaucoup d'individualités s'alimentent à plusieurs sources, les points communs restant les plus forts :

anticommunisme (le communisme pouvant commencer à François Bayrou), haine de la démocratie, culte de la force, racisme plus ou moins avoué, de l'antisémitisme à l'islamophobie.

Pour conclure, le militant antiraciste et antifasciste aura besoin des deux ouvrages, l'un pour distinguer une perspective historique et les grandes tendances, l'autre pour rechercher des informations ponctuelles.


François Munier


1L'Harmattan 696 pages 59 €

2Syllepse 464 pages 22 €

3La Restauration nationale. Un mouvement royaliste sous la 5ème République. Syllepse 2002,

4Parti musulman de France

5Ligue de défense juive

6Mouvement de jeunesse du sionisme révisionniste, à l'origine du Likoud.

Par Différences. La revue - Publié dans : Extrême-droite
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /2009 22:14
MEMORIAL 98

Mercredi 19 août 2009

L’intégration de P. de Villiers à la majorité sarkozyste provoque des remous. Celui dont la xénophobie et l’agitation contre les musulmans constituent le fonds de commerce fait mauvais effet, sauf aux yeux  d'Eric Besson.

La LICRA, dirigée par  P. Gaubert, ex-député européen membre de l’UMP déclare ainsi :  "Le discours politique de l'UMP ainsi que celui de la majorité présidentielle n'ont rien à gagner à l'arrivée du supplétif Philippe de Villiers, sauf à droitiser voire à extrême droitiser leurs propres discours. C'est pour l'UMP cautionner a posteriori les propos intolérables et racistes de M. de Villiers"

L'organisation et son président rappellent que M. de Villiers fut "expulsé vigoureusement de la manifestation qu'elle organisait en février 2006 après l'assassinat d'Ilan Halimi alors que M. de Villiers tentait d'y imposer sa présence".

Face à cette fronde, l’UMP a trouvé un témoin de moralité en la personne  du « jovial » Jean-Claude Gaudin. Selon lui, il n’y a aucun problème car atteste-il: « …M. de Villiers n'est pas de l'extrême droite. Il a toujours été très net vis-à-vis de Front national et nous aussi, par conséquent ça s'arrête là…".

Les communicants de l’UMP ont dû oublier de vérifier le pedigree du maire de Marseille. 

Gaudin a en effet, dès 1986 et avant tous les autres, fait alliance avec le Front National pour être élu à la tête de la région PACA. Il a géré ensemble  la région avec le parti d’extrême-droite jusqu'en 1992, à coup de nominations et de désistements réciproques lors des échéances électorales.(voir nos articles précédents Sarkozy, Gaudin, Estrosi: l'ombre du Front National et  Des "collègues" du FN à la tête de l'UMP )

Cette gestion commune a servi de laboratoire et de "modèle" à d’autres  dirigeants régionaux de la droite qui ont finalisé leurs accords avec le FN lors des élections régionales d’avril 1998.

 En 1998, le même Gaudin organisait la scission de l’UDF car ses instances de l’époque refusaient  l’alliance avec le FN et créait le parti Démocratie Libérale avec notamment A.Madelin et JP. Raffarin.

 Gaudin a ensuite  récupéré dans sa région de nombreux cadres et élus FN locaux, rebaptisés par lui « droite républicaine », sans avoir rien changé de leurs idées et de leurs pratiques.

Un des fleurons de ce recyclage fut  Daniel Simonpieri, maire de Marignane qu'il avait conquis en 1995 sous la bannière FN, intégré à l'UMP par Gaudin en 2004, et dont il a imposé l’investiture au nom de l’UMP pour les municipales de 2008. Le député UMP de la circonscription, E.Diard, a protesté et rappelé que Simonpieri avait inauguré dans sa ville une stèle en hommage aux généraux putschistes d'Algérie et aux membres de l’OAS.

 Ses protestations n’ont pas pesé face au choix de Gaudin qui présidait aussi la commission nationale d’investiture de l’UMP. Diard a ensuite  présenté une liste qui a largement devancé celle de Simonpieri.

Il ne s’agit pas d’histoire ancienne. La coopération électorale entre la droite et le FN a constitué une des racines de la légitimation de ce parti et de son irruption à la présidentielle d’avril 2001. La campagne de Sarkozy en 2007 a prolongé cette entreprise d’intégration des thèmes d’exclusion portés par l’extrême-droite.

http://memorial98.over-blog.com/article-35071373.html

Par Différences. La revue - Publié dans : Extrême-droite
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 10 novembre 2006 5 10 /11 /2006 06:53

Nous mettrons progressivement en ligne des articles parus dans les anciens numéros "papier" de Différences, la revue du MRAP, qui sont toujours d'actualité ou ont un intérêt historique.

Les anciens numéros de Différences, la revue du MRAP, depuis avril 2004, sont également en ligne à cette adresse

Colloque du 13 mai 2006 : Antisionisme et antisémitisme.
Article publié dans Différences, n° 260 du 4ème trimestre 2006


L'extrême-droite, l'antisémitisme et le sionisme d'extrême-droite

René Monzat, journaliste, spécialiste des extrêmes-droites

 

Ces dernières années ont vu bouger les lignes de front, conséquences d’évolutions idéologico- culturelles, sociales ou politiques.


Il existait une extrême droite historiquement antisémite combattue par une gauche antiraciste plus ou moins alliée à des organisations juives démocratiques et républicaines.


Aujourd’hui une extrême droite plus antiarabe et islamophobe que jamais tente en coordination avec d’autres courant de droite de rompre les liens entre les organisations juives et la gauche au profit d’une alliance des Juifs et de la droite sur une base communautariste et de soutien à Israël analysé comme un état ethnico-religieux. L’apparition de courants sionistes d’extrême droite, très minoritaires, symbolise ce renversement d’alliance esquissé.


Mais ces évolutions se déroulent sur un fond de diffusion du communautarisme et de formes de racisme au sein de groupes eux même victimes du racisme.


Le communautarisme ethnocentrique était en France celui du groupe dominant, politiquement exprimé par le FN, il est aujourd’hui présent (plus ou moins marginalement) chez tous ceux que le communautarisme gaulois blanc visait : « juifs, arabes/musulmans, noirs ».


L’extrême droite a eu des rapports complexes avec les juifs et avec telle ou telle forme d’idée sioniste.


Elle a oscillé entre une hostilité de principe à toute forme de nationalisme juif et l’idée selon laquelle le projet sioniste pourrait faire partir les Juifs d’Europe vers la Palestine et transformer les Juifs européens en étrangers dans leur propres pays [1].


L’extrême droite longtemps expressément rétive a toute idée (multi) communautariste est en passe d’instrumentaliser à ses propres fins ce concepts de « communautarisme ». Dès 2003, les courants les plus radicaux ont franchi le pas « La marée communautariste, opportunité ou danger » titrait Terre et Peuple, tandis que Jeune Résistance, axe son dossier « Communautés et communautarisme » sur « l’échec idéologique des Lumières. »


Des associations juives qui alliaient une inscription profonde dans la logique républicaine à un attachement réel à Israël et à un sionisme de façade évoluent sous la poussée d’intellectuels de révolution conservatrice tels Shmuel Trigano, tandis qu’une relecture détaillée de la Révolution Française intitulée « les Lumières françaises et les Juifs » a été traduite et publiée en français, inversant radicalement la réalité historique [2].


Une convergence très circonstancielle a profondément déstabilisé les rapports entre les organisations juives, une fraction de leur base et la république.

  • Une évolution sociologique vers la droite des juifs de France.

  • Une méfiance vis-à-vis d’une gauche « propalestinienne » .

  • Une droite qui veut tirer les marrons du feu.

  • Une extrême droite qui cherche des alliés dans sa croisade contre les arabes et les musulmans. Y compris en rêvant d’une alliance entre Poutine qui bute les Tchetchenes, Tsahal qui casse les Palestiniens, des fachos européens qui matent leurs arabes immigrés.

  • Une extrême droite qui verrait bien une France sans Juifs et espère que les sionistes feront le boulot.

  • Le besoin stratégique de la droite israélienne, utilisant notamment l’Agence juive dont elle a pris le contrôle. En effet, pour éviter que les Juifs deviennent a terme minoritaire par rapport aux Arabes dans Israël annexant les territoires occupés, le renfort démographique des 800 000 Juifs Français serait indispensable [3].

  • Une vague d’actes antisémites qui a été la plus massive depuis la deuxième Guerre Mondiale.

  • L’évolution a droite d’intellectuels communautaires, P-A Taguieff ou A Finkielkraut venant confluer avec les intellectuels de la révolution conservatrice tel S. Trigano et des propagandistes de la droite extrême comme G-W Goldnadel.

Les premiers acceptent de fait une définition d’Israël comme état ethnico-religieux, et se refusent en conséquence à y défendre une conception républicaine de la citoyenneté (dire qu’Israël doit être « l’état de tous ses citoyens » serait… antisémite !)


Les seconds pensent que l’émancipation des Juifs lors de la Révolution française était une erreur, car les Juifs français y auraient perdu en tant que communauté.


Le troisième groupe tisse les liens paradoxaux entre ex activistes de la droite radicale, militants du FN ou Villiéristes et certaines associations juives [4].


L’apparition de groupuscules activistes sionistes fascistes et racistes marque simplement la réapparition dans ce contexte de courants qui ont toujours existé dans le mouvement sioniste (qui comprenait aussi une aile socialiste voire révolutionnaire) [5].


Utilisation du communautarisme

Les organisations et courants d’extrême droite ne raisonnent plus de manière épidermique, elles peuvent soutenir des ultra-sionistes, Saddam Hussein ou des intégristes islamistes pour des raisons de stratégie tout en détestant les Juifs et les Arabes ainsi que les musulmans. Pour eux le grand danger est la disparition du peuple français, par le mélange avec les Juifs et les Arabes et autres Noirs. Pour éviter ce mélange, il est important de mettre des barrières, construites des deux côtés. D’où l’utilisation du communautarisme, et la nécessité d’utiliser des correspondants au sein de chaque communauté. Puisque les intégristes juifs, musulmans ou les racistes noirs partagent cette même phobie du métissage.


Convergences récentes

Cela explique les convergences apparues notamment dans les rues de Paris. M Sulzer et MC Arnautu, deux cadres du FN participent, protégés par la Ligue de Défense Juive, à la manifestation à la mémoire de Ilan Halimi.

Pendant la manifestation organisée par le parti des Musulmans de France, l’orateur principal était un intellectuel organique du FIS algérien participant à des colloques du Grece et à son journal Eléments.


Quand Dieudonné organise une mini manif il réunit outre des membres d’un groupe raciste noir qui ira provoquer les passants juifs de la rue des Rosiers, plusieurs faurissoniens français, et des distributeurs de tract pro Hamas..


La situation est tellement dégradée qu’on assiste, en marge de manifestations de rue à des agressions racistes :

  • Plusieurs « ratonnades » de bandes d’activistes juifs, notamment de la Ligue de Défense Juive, contre des arabes en marge de manifestations du CRIF.

  • Plusieurs agressions antisémites, en marge de manifs anti Bush, perpétrées par des loubards islamistes proches notamment de la « Bande de la rue de Tanger », qui montera une mini-filière vers l’Irak.

  • Agressions de collégiens et lycéens par des bandes de jeunes banlieusards noirs du fait de leur look de « surfeurs » blancs, sur les trottoirs des manifestations lycéennes ou anti CPE [6].

Nous sommes dans le domaine du politique et pas des sentiments et encore moins de la culpabilisation.

Isoler les fascistes sionistes et islamistes

De même qu’il faut savoir isoler le FN de la droite politique, il faudra arriver à isoler les fascistes et racistes sionistes des organisations juives officielles, il faut aider les organisations musulmanes principales à renforcer la marginalisation des courants autoritaires et antisémites se réclamant de l’Islam, il faut traiter les groupuscules noirs racistes comme ce qu’ils sont : de racistes anti-blancs et antisémites. Ils ne font pas partie du champ politique « légitime ».


Cela veut dire aussi qu’il ne faut pas traiter Sarkozy de nazi, qu’il faut cesser de faire comme si le Crif était juste une dépendance de l’ambassade d’Israël ou qu’il est « passé du côté du FN », arrêter de laisser soupçonner l’UOIF ou Tariq Ramadan de faire le jeu de Ben Laden, ne pas accuser le Conseil Représentatif des Associations Noires de communautarisme. Il faut au contraire mener les débats et confrontations politiques nécessaires avec ces acteurs politiques et associatifs qui représentent légitimement une partie de la droite, des habitants musulmans, juifs, ou noirs de peau de notre pays et s’inscrivent dans le jeu politique et social républicain.


  1. « Les juifs en Palestine !, la solution sioniste ou comment s’en débarrasser », Pierre Birnbaum, chapitre 9 de « La France aux Français », histoire des haines nationalistes.

  2. (2) – Arthur Hertzberg « Les origines de l’antisémitisme moderne » Presses de la Renaissance.

  3. (3) – Cécilia Gabizon, Johan Weisz, « OPA sur les Juifs de France ».Grasset.

  4. (4) – Ras l’front n° 87 « L’étonnant parcours d’Alexandre Del Valle ».

  5. (5) – Elie Barnavi « Sionisme, sionismes ». in « Le sionisme expliqué à nos potes ».

  6. (6) – Hugues Lagrange ed, « Emeutes Urbaines et protestations », Presses de Sc Po.

Par Différences. La revue - Publié dans : Extrême-droite
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Présentation

Recherche

Calendrier

Mars 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>

Créer un Blog

Créer un blog gratuit sur OverBlog - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés