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Relations internationales

Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 07:29

Le G20 va se tenir ces 3 et 4 novembre  à Cannes dans un contexte particulier :

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Diaporama de la manifestation

-   En pleine crise qui remet en cause les fondements mêmes de l’économie capitaliste mondiale caractérisée depuis des décennies par une financiarisation à outrance,

-     En pleine contestation qui, de Grèce en Italie, jusqu’à New York se développe et voit  toujours plus de citoyens s’opposer aux diktats des banques et aux choix politiques des gouvernants qui se résument à faire payer la crise du système bancaire essentiellement par les classes populaires, au travers de plans d’austérité toujours plus sévères,

-     En pleine mutation d’un monde arabe que l’on disait immuable et alors même que les « révolutions » cherchent un second souffle. Alors que les processus démocratiques en cours  sont pour partie dépendants de facteurs économiques internes mais aussi et surtout externes,  à ce stade, les intérêts économiques des pays les plus riches du monde cherchent à remettre en cause les acquis politiques et à favoriser le retour à des systèmes de pouvoir et de gestion autoritaires et répressifs.

Quelque peu oublié, le retour de la famine dans la Corne de l’Afrique montre de façon caricaturale le rôle néfaste d’un système économique qui ne se définit pas seulement par la seule spéculation purement boursière, mais également par la spéculation tout aussi criminelle sur le cours des matières de première nécessité, notamment sur la nourriture. Le prix du blé ayant été multiplié par 3 en Afrique, ce qui n’est pas sans conséquence sur l’accentuation et l’exacerbation de conflits latents ou déclarés ou la montée en puissance de mouvements se réclamant d’un fondamentalisme n’offrant aucun débouché sérieux, capable de répondre aux besoins essentiels des populations.

Alors que le pouvoir est aux mains d’une oligarchie financière, politique et idéologique – pouvoir exercé au travers d’institutions internationales comme le FMI ou la Banque Mondiale qui n’ont aucune représentativité démocratique,

Alors que les décisions prises par ces institutions sont imposées aux pays et engagent les populations directement concernées (plans d’austérité, de rigueur, privatisations, démantèlement des politiques sociales de santé et d’éducation …), on ne peut que rejoindre  l’affirmation de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, selon laquelle il y a trop de règles contre la démocratie, pas assez contre Wall Street.

 

Aujourd’hui, s’il est temps de rappeler aux participants du G20 que la dette est une création des banques et que ce n’est pas aux peuples de la payer ; il est également nécessaire de rappeler que

-        lorsqu’il est question d’austérité, ce sont ceux qui souffrent le plus qui paient la facture d’une gestion toute dirigée vers le profit maximum des banques et des spéculateurs et que le développement des inégalités sape de façon irrémédiable les valeurs démocratiques et les fondements mêmes du vivre ensemble,

-   c’est sur la perte de solidarité, au niveau général, occasionnée par l’accroissement vertigineux des inégalités que les populismes et les extrémismes prennent racine.

Une autre manifestation inquiétante de ce délitement social causé par une gestion qui ne cherche que le profit à tout prix est l'instrumentalisation  par les gouvernements de prétendues identités nationales et d’un racisme officiel qui, sous un habillage aujourd'hui plus culturaliste,  décrète une  incompatibilité de minorités et de certains peuples avec un universalisme dont les pays riches du Nord se déclarent  les détenteurs"

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Si au niveau international, la place octroyée à chaque pays dans l’ordre économique dominant et la guerre économique de tous contre tous ne peuvent que générer des manifestations d’hostilité entre pays qui sont mis en concurrence, au niveau national, ce sont les immigrés, éternels boucs émissaires, qui continuent, quelle que soit leur situation administrative au regard du séjour, à être rendus  responsables des dysfonctionnements économiques et sociaux de notre société.

 Parce que ce système économique  porte atteinte à la dignité de l’homme et à la citoyenneté la plus élémentaire,

  - parce qu’il favorise les régressions démocratiques et sociales,

  - parce que ce système alimente le racisme,

il ne peut que susciter notre opposition la plus résolue. Il justifie pleinement notre place d’organisation de défense des droits de l’homme et de lutte contre le racisme dans la mobilisation contre le G20, aux côtés des mobilisations mettant l’accent sur des exigences à caractère économique que nous partageons par ailleurs sans réserve.

Les peuples d’abord, pas la finance est une exigence également nôtre.

Néanmoins, alors que la refonte des institutions est un impératif qui s’impose, et en relation directe avec cette exigence qui ne peut se satisfaire de réformes à la marge du système, il est nécessaire de prendre sérieusement en compte des revendications certes anciennes mais sur lesquelles il est impossible de faire l'impasse sans remettre en cause la possibilité même de changer de façon radicale l’ordre économique aujourd’hui dominant :

-       l’annulation de la « dette » du Tiers Monde reste ainsi une priorité d’autant plus forte lorsqu’il s’agit de dettes illégitimes,

-     la nécessité de construire des ponts, pas des murs –et la mise en place d’une politique migratoire entre l’UE et les pays du Sud- doit être la préfiguration à une liberté de circulation que les gouvernements des pays riches, avides de préserver les intérêts de leurs classes possédantes, ne peuvent plus longtemps différer. Considérer l’immigration comme une variable d’ajustement ne peut être toléré.

-         La reconnaissance pour les immigrés, quel que soit leur pays d’origine et d’installation, de droits sociaux, politiques et syndicaux égaux à ceux des « nationaux » est une mesure qui doit mettre fin à des situations intolérables d’injustice, voire d’esclavage moderne comme c’est le cas jusqu’à l’extrême dans les monarchies pétrolières du Golfe.

-      Enfin, les pressions pouvant aller jusqu’aux interventions militaires, pour les plus récalcitrants à l'ordre économique mondial actuel, se doivent d’être mises en échec.

  Vingt pays les plus riches ne peuvent décider au nom d’une prétendue « communauté internationale », d’autant que leurs décisions vont peser de façon irrémédiable sur l’avenir des peuples. Il y a urgence à combattre ce système en vigueur et à mettre en place des solutions plus justes et plus respectueuses de tous.

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Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 16:02

Démondialisation : le débat interdit ?

 

 

Michel rogalski

économiste, CNRS, directeur de la revue Recherches internationales

 

recherches internationales

 

 

L’idée de démondialisation trace son chemin. Apparemment, elle irrite. Qu’on en juge par les quolibets et noms d’oiseaux dont elle fait l’objet : tour à tour absurde, irréaliste, réactionnaire, subalterne, accusée de propager illusion démagogique, d’être un concept superficiel et simpliste, une fable, un thème provocateur, d’encourager un repli national ne pouvant conduire qu’au modèle de la Corée du Nord. Rien n’est épargné.

 

La mobilisation des think tanks et des politiciens émargeant au « Cercle de la raison » ne doit pas étonner. Ils sont dans leur rôle. Les forces qui concourent à ce Cercle, ressassent en boucle, malgré la réalité, les bienfaits de la mondialisation. Par contre, on ne peut qu’être surpris que d’autres, au nom de l’idéologie altermondialiste dont le bilan des avancées depuis dix ans confine à l’évanescence, viennent, dans la crainte de perdre le peu qu’il reste de leur fond de commerce, joindre leurs voix aux premiers avec tout autant de mauvaise foi. Mais le débat n’est plus confiné à la gauche de la gauche puisqu’il s’est invité dans la bataille présidentielle. Et c’est bien normal car il porte en lui l’analyse nécessaire du bilan des trente dernières années. Vouloir étouffer un tel débat serait une faute politique majeure. Ce serait occulter la richesse potentielle inhérente à tout débat sur la sortie maîtrisée du tunnel de l’austérité fabriqué à coup de déflation salariale, de délocalisations, d’invention de « contraintes extérieures » recherchées par nos élites et reposant sur une prétendue rationalité supérieure d’essence mondiale, de construction européenne important les formes les plus exacerbées de la mondialisation, souvent au prétexte d’y résister et bien sûr se mettant dans l’incapacité de protéger, de promouvoir le social ou de contrôler la finance.

 

Ce dont il s’agit aujourd’hui, c’est de reprendre et d’approfondir la confrontation d’idées qui vit le jour en 2005 à l’occasion du referendum constitutionnel européen. Si la démondialisation interpelle fortement l’Europe c’est parce que cette région du monde est devenue un concentré -un laboratoire- de la mondialisation et que, loin d’y être douce, elle y concentre tous ses excès. Il n’y a pas lieu de s’en étonner. C’est dans cet espace que le commerce de proximité s’est le plus développé, que l’interdépendance y est la plus forte, que des pans entiers de souveraineté nationale ont été transférés, qu’une majorité de pays a décidé de se doter d’une même monnaie et d’une Banque centrale indépendante des gouvernements et qu’enfin des éléments de constitutions économiques se sont successivement empilés (Acte unique, Traité de Maastricht, Pacte de stabilité, etc.) pour être repris dans le corset du Traité de Lisbonne. En s’élargissant à 27 pays, l’Europe a brutalement importé la diversité de mondialisation.

 

C’est pourquoi les débats que suscite le thème de la démondialisation touchent tout simplement aux conditions nécessaires à la réalisation d’une rupture avec trente années de néolibéralisme mondialisé. Car peut-on supporter plus longtemps la stratégie délibérément mise en place par le capital pour se rapprocher d’un travail précaire et non protégé et fuir celui qui avait su lui imposer la « contrainte » des acquis sociaux. Tout fut tenté avec les conséquences que l’on sait, des délocalisations massives à l’organisation de flux migratoires en passant par libre circulation des capitaux spéculatifs et déstabilisants, le libre-échange généralisé des marchandises, la déflation salariale et son corollaire l’endettement des ménages, la soumission aux signaux des marchés, internationaux de préférence. Quelques questions centrales émergent avec force de ce débat dont on voudrait étouffer la richesse :

 

• On nous explique qu’il faudrait être patient et que nos maux proviendraient de la situation d’entre deux dans laquelle nous serions entrés. L’État-Nation est blessé, mais il bouge encore, alors que l’économie mondiale ne serait pas encore instaurée et peinerait à se doter d’une gouvernance globale (ou européenne). Ainsi nous cumulerions les défauts de l’érosion des frontières sans être encore en mesure de bénéficier des avantages de leur dépassement. Cette « transition », qui se déroule depuis une trentaine d’années, n’a pour l’instant accouché que de la crise et peine à prouver le côté salvateur de l’expansion du néolibéralisme à l’échelle du monde. L’attente d’un gouvernement mondial pour résoudre les problèmes engendrés par sa recherche risque fort de s’enliser dans le sable. Elle est évidemment insupportable pour les peuples. Se sortir de cette ornière en proposant une véritable issue, c’est, pour tout pays, nécessairement entrer dans un processus de démondialisation. Faut-il attendre que ça change en Europe ou dans le monde pour que cela puisse changer chez nous ? Ou bien, faut-il engager l’action de façon unilatérale en mesurant sa portée conflictuelle et s’y préparer ? N’oublions pas que l’Europe qui s’est construite a toujours servi de gangue gluante pour réduire l’amplitude de l’oscillation du balancier de l’alternance et jouer ainsi le rôle de Sainte Alliance, remplaçant le Mur d’argent des années 20. Ainsi refuser l’antimondialisation reviendrait à subordonner tout changement en France à d’éventuelles et bien improbables évolutions européennes ou mondiales. Ce constat conduit à poser la question incontournable de l’exercice de la souveraineté, c’est-à-dire de la nécessaire superposition entre le périmètre où se joue la démocratie et celui de la maîtrise de la régulation des flux économiques et financiers. Le cadre national s’impose. Pourquoi la « relocalisation » sur la région serait à la limite acceptable, l’Europe fédérale souhaitée et la souveraineté nationale vilipendée ? Pourquoi cette haine de l’état-Nation qu’il faudrait prendre en tenaille par le bas et par le haut ? Les gauches latino-américaines ont montré que le cadre national pouvait permettre des avancées sociales substantielles, faire tache d’huile et rendre possible des coopérations.

 

• La soumission à une rationalité dite supérieure parce que mondiale crée ce que nos élites appellent la « contrainte extérieure ». Celle-ci n’est que le retour de ce qui a été voulu et recherché. La mondialisation qui nous retombe sur la tête c’est celle que l’on a envoyée en l’air à coups de dérégulation, de libre-échange forcené, de privatisations, de délocalisations, de circulation incontrôlée de capitaux et de marchandises, de financiarisation, d’endettement de peuples et d’états. Elle se heurte aux acquis sociaux historiquement constitués qui deviennent ainsi pour nos mondialisateurs des « contraintes internes » qui freinent leurs objectifs et dont ils doivent se débarrasser pour obtempérer aux ordres des marchés. La compétition internationale devient l’arme de l’antisocial et dévaste les territoires. Le mérite du débat sur la démondialisation est de bien montrer l’affrontement des logiques des deux contraintes, l’une fabriquée pour mieux combattre l’autre et d’identifier les gagnants (les facteur mobiles : capital et finance, grandes firmes, maffias) et les perdants (les facteurs fixes : peuples et territoires).

 

• Les conséquences sur les politiques économiques à adopter reviennent au cœur du débat. La demande de protection qui monte concerne prioritairement l’ensemble des acquis sociaux engrangés pendant les Trente Glorieuses, annexement ceux du capital national malmené par la concurrence sauvage. Cette période a connu les protections tarifaires, quelques contrôles de change, nombre de dévaluations qui n’ont pas signifié pour autant repli national, fermeture ou adoption d’un modèle nord-coréen. Croissance, élévation du niveau de vie, plein-emploi ont bien été au cœur de ce qu’on voudrait nous faire regarder aujourd’hui comme une horreur « national-protectionniste ». La crise actuelle appelle au retour de l’état comme acteur économique majeur. Il n’y a pas de protection possible sans qu’un rôle accru lui soit confié, aussi bien en termes de périmètre d’action que dans la nature de ses interventions. Enfin, faut-il se tourner vers la satisfaction des besoins du marché intérieur ou vers ceux, erratiques, du marché mondial ? Où sont situées les sources de croissance de notre pays ? Dans notre territoire où à l’export ? Un pays peut le tenter, mais si tous font de même l’avantage disparaît.

 

On allèguera qu’il existe une forme de mondialisation désirable, celle des échanges culturels, du tourisme, de la connaissance et des savoirs, de la coopération entre les peuples, de tout ce qui fait la densité de la vie internationale ou d’un espace public en construction à ce niveau. Mais ne la mélangeons pas avec celle qui fait l’objet du débat d’aujourd’hui à savoir le nécessaire blocage de l’expansion du néolibéralisme à l’espace mondial. Ne fusillons pas les messagers qui apportent la mauvaise nouvelle mais regardons plutôt les signaux divers qui attestent des limites de la phase en cours, à commencer par l’annonce faite par la Cnuced de la réduction du commerce mondial de 8 % au premier trimestre 2011.

 

 

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

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Lundi 18 juillet 2011 1 18 /07 /Juil /2011 05:23

La France et l’OTAN : une liaison dangereuse

 

Jacques Le Dauphin

Directeur de l’Institut de Documentation et de recherche sur la Paix, collaborateur de la revue Recherches Internationales

 

otan.jpg Le Sommet de Lisbonne de l’Alliance atlantique fin 2010 fut l’occasion pour Nicolas Sarkozy de réaffirmer devant ses pairs le retour - à l’exception de la partie nucléaire - de la France, dans les structures militaires intégrées de l’OTAN. Au-delà du coup porté à la souveraineté de la France en lui interdisant de défendre une politique étrangère autonome, c’est aussi la perte d’une posture symbolisant aux yeux du monde entier une originalité incitant à attendre d’elle davantage que d’autres pays occidentaux. Préoccupante, cette décision intervient dans une phase nouvelle de l’Alliance privilégiant des actions de caractère offensif. C’est indéniablement une remise en cause de la politique traditionnelle jusque lors suivie par la France. La posture originale adoptée en 1966 n’est plus qu’un lointain souvenir.

 

 

Le positionnement de 1966

 

Le 7 mars 1966 le général De Gaulle écrivait à son homologue américain, Johnson, pour l’informer de la décision de la France de quitter les structures militaires intégrées de l’OTAN. La France, sans se retirer de l’OTAN, désirait recouvrir une pleine indépendance vis-à-vis du commandement militaire exercé par les états-Unis. Dans ses propos, on retiendra notamment celui-ci, résumant parfaitement la situation « Je ne veux pas que nous soyons entraînés dans une guerre contraire à nos intérêts ». Ce retrait eut à l’époque un grand retentissement, car pour la première fois depuis la création du système atlantique un pays européen défiait le leadership américain. Comment expliquer ce revirement aujourd’hui ?

 

à l’examen, les arguments avancés pour cette réintégration, à la hussarde, apparaissent peu crédibles. Il ne s’agirait dit-on que d’un retour purement formel, car la France n’aurait jamais complètement quitté les organes militaires. Une appréciation d’autant plus discutable qu’elle est contredite par Nicolas Sarkozy lui-même, lequel évoque un changement radical, une rupture. Certes depuis 1966 les dirigeants français ont plus ou moins flirté avec la politique otanienne. Toutefois à de multiples occasions ils ont manifesté des réserves, émis des divergences. On a pu notamment le constater lors du discours prononcé à l’ONU, le 14 février 2003, concernant la crise irakienne, par Dominique de Villepin, alors ministre des affaires étrangères. Un autre argument consiste à affirmer que cette réintégration permettra de rééquilibrer la direction de l’OTAN. C’est prétentieux et utopique, car on sait que depuis l’origine les Américains n’envisagent pas de co-direction possible d’une organisation considérée comme un instrument de leur influence. On a pu en juger, en particulier, lors de la demande française d’obtenir le commandement sud, basé à Naples. Les états-Unis s’y sont opposés très fermement, car un tel commandement, contrôlant la Méditerranée ne pouvait échoir qu’à un Américain. On ne voit guère pourquoi le retour de la France dans le commandement militaire serait susceptible de modifier une telle attitude. On dit aussi que ce retour permettra de relancer une défense européenne autonome. C’est un leurre, car si la défense européenne est dans les limbes, ce n’est pas dû à l’absence de la France dans le commandement militaire de l’OTAN. Les Américains y sont hostiles, et la quasi-totalité des pays européens n’en sont pas demandeurs. Dans de telles conditions il est difficile d’envisager une autonomie de défense. Les obstacles qui se dressent devant un pilier européen au sein de l’Alliance sont de même nature. Les Européens ne peuvent prétendre, dans une relative autonomie, qu’à des activités périphériques ou marginales pour lesquelles les Américains ne souhaiteraient pas s’investir. Ces arguties sont bien loin d’être convaincantes. Alors, quelles sont les raisons profondes de cette réintégration, mettant en cause la posture de défense indépendante et la souveraineté de la France ?

 

Une dérive atlantique

 

Ces raisons sont à rattacher à l’évolution de l’OTAN. à la charnière des années 80-90, la fin du schéma bipolaire aurait dû logiquement sonner le glas de l’OTAN. Il n’en fut rien car sous incitation américaine, l’OTAN a pris des dispositions pour maintenir son existence. Au fil des sommets, laborieusement, une nouvelle OTAN s’est dessinée. Elle a accueilli des nouveaux membres issus de l’ex-Union Soviétique, du Pacte de Varsovie, des Balkans, et noué des partenariats avec d’autres pays du  monde. Elle a affirmé une volonté d’intégrer dans l’Alliance toutes les « démocratie », comme, le Japon, La Nouvelle Zélande, la Corée du sud, l’Australie. Elle a ainsi élargi son champ géographique d’intervention et de compétence. Afin de pallier à la disparition de l’ennemi potentiel d’origine, elle s’est inventé des menaces dites nouvelles aux contours très incertains lui permettant une large base de manœuvre pour justifier des interventions tous azimuts dans différentes parties du globe. C’est cette orientation qui a été concrétisée lors du sommet de Lisbonne. Elle s’articule étroitement avec la politique définie par les états-Unis dans le nouvel environnement mondial. L’Europe comme telle a disparu de leur écran stratégique et leur regard se porte prioritairement sur d’autres régions du monde, en particulier l’Asie-Pacifique, avec une orientation qui n’est pas inédite. Bill Clinton l’évoquait dans les années 90, en des termes de « modelage » du monde. Cette orientation s’est maintenue quel que soit le locataire de la Maison Blanche. Mais le monde change et cette volonté de maintenir un leadership contesté dans une phase de relatif déclin de puissance, conduit naturellement à privilégier l’ingérence, le recours à la force. Les états-Unis ont donc de plus en plus intérêt à rechercher l’appui des alliés, comme l’illustre le cas afghan. Ainsi l’objectif qu’ils assignent à l’OTAN est, en quelque sorte, la légitimation de la militarisation de leur politique étrangère. Partant de ce double constat d’ingérence et de formatage se dessine une mission quasi messianique, confondant, en quelque sorte, Atlantisme et Occidentalisme. C’est à ce concept de « famille occidentale » que faisait allusion Nicolas Sarkozy en 2009. On a pu mesurer déjà la nocivité d’une telle orientation au travers des terribles errances de la puissance américaine, comme, en Irak, en Afghanistan. Qui peut dire aujourd’hui à quoi sera utilisée l’OTAN dans cinq ou dix ans. Des tentations extrêmes sont possibles. Or c’est le moment choisi  par Nicolas Sarkozy pour faire le pari risqué de réembarquer la France dans une telle galère.

 

Les conséquences d’une telle posture

 

Par ambition politique Nicolas Sarkozy tend à engager la France en première ligne des interventions de l’OTAN, se plaçant ainsi sous les fourches caudines des états-Unis. Il pense que ce positionnement lui permettra de tenir un rang privilégié, quitte à boxer au dessus de sa catégorie. Des gages ont déjà été donnés avec l’engagement de 27 000 militaires français en différentes régions du monde, notamment, 4000 en Afghanistan, 4000 en Libye, 1350 au Liban, 900 en Côte d’Ivoire. C’est une démarche qui n’est pas sans conséquences humaines et financières, 70 soldats français ont été tués en Afghanistan. On notera un surcoût d’un milliard d’euros d’ici la fin 2011 pour les opérations extérieures françaises. Ces dépenses sont certes inférieures à celles des états-Unis qui pour l’Afghanistan seulement s’élèvent à 450 milliards de dollars. Mais elles sont largement supérieures à celles de nombreux pays européens.

Sans doute les conditions ne sont pas requises pour un retrait de la France de l’OTAN, mais il n’est pas impossible de revenir en arrière de cette réintégration, ce qui a été fait peut se défaire. Le positionnement de 1966 reste encore présent dans les mémoires. Certes nous ne sommes plus dans les mêmes conditions historiques, mais la démarche demeure pleinement valable car elle concerne la souveraineté nationale. L’opinion qui déjà manifeste le souhait de voir se terminer les exercices guerriers doit en être saisie pour une intervention en ce sens.

Une nouvelle orientation de la politique extérieure française s’impose, lui permettant de se dégager d’une conception purement militaire de la sécurité. Car ce n’est pas en prétendant s’inscrire dans les rapports de force qu’elle peut établir une réelle souveraineté nationale et un rayonnement dans le monde.

 

 

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

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Mardi 24 mai 2011 2 24 /05 /Mai /2011 22:05

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Origines et vicissitudes du Droit d’Ingérence, dossier signé Anne-Cécile Robert

Le droit d’ingérence fait l’objet d’un long article signé Anne-Cécile Robert, dans le dernier numéro du Monde Diplomatique.

Article consacré à l’intervention encore en cours en Lybie et celle menée en Côte d’Ivoire pour écarter Laurent Gbagbo du pouvoir avec l’aval, devrait-on dire le blanc seing de l’ONU, voire l’appui de ses forces -mais au nom de quel principe exactement ? Pas celui figurant dans la Charte des Nations Unies, qui prohibe l’usage ou la menace de la force dans les relations internationales. Ni celui qui prône la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un état. Ni encore le fait que l’ONU doive s’astreindre à trouver un règlement pacifique à tous les cas de conflits à arbitrer.

Alors, au nom de quelle belle idée sommes-nous présents en Lybie et avons-nous participé au renversement de Laurent Gbagbo ?

Si la nécessité de secourir des populations victimes de leur propre Etat, nous dit Anne-Cécile Robert, a bien été ajoutée aux prérogatives de l’ONU, la journaliste rappelle qu’il ne s’agit pas d’une légitimation du droit d’ingérence, et d’ailleurs, justement : si le principe de souveraineté des Etats et celui le droit des Peuples à disposer d’eux-mêmes ont été fortement inscrits dans le marbre onusien (après celui de la SDN), c’était bien pour protéger les Etats les plus faibles des soi-disant bonnes intentions de nations plus fortes.

Et puis, concernant la Lybie : sommes-nous encore dans le cadre de la mission fixée par l’ONU, maintenant que l’objectif, en tous cas pour Paris, Londres et Washington, n’est plus seulement d’apporter un soutien à la rébellion mais de faire tomber le régime lybien ? A la place de la population ? Dès lors, pourquoi s’arrêter là et ne pas mettre en place la zone d’exclusion aérienne et les sanctions réclamées par la Ligue Arabe à l’encontre d’Israël, pour les bombardements effectués par l’armée israélienne à Gaza ? Et comment expliquer, puisqu’on veut porter assistance aux populations massacrées par leurs dirigeants, qu’aucun avion de l’OTAN ne soit parti attaquer le régime syrien, alors qu’il a tué plusieurs centaines de civils depuis deux mois ?

Anne-Cécile Robert n’oublie pas de souligner le rôle des médias, souvent enclins à épouser les discours de leurs dirigeants. Ainsi, nous ne parlons pas de bombardements de l’armée de l’OTAN en Lybie, mais de frappes, ni de guerre, mais d’une opération militaire.

Et surtout, conclut la journaliste, il pourrait être utile de prendre un peu de recul par rapport aux discours des spécialistes du secours aux populations civiles oppressées, pour s’interroger sur la violence, quotidienne, organisée, du système financier et économique mondial, basé sur des échanges commerciaux manifestement déséquilibrés et une incitation à la spéculation, toujours au détriment des mêmes : « ceux qui sont en mesure de mener des opérations armées au nom de l’ONU sont aussi ceux qui ferment la porte à toute réforme d’envergure du commerce international ou à la reconnaissance effective de droits sociaux aux populations pauvres des pays du Sud. Or les libertés sont aussi le produit des rapports économiques tissés d’un bout à l’autre de la planète ».

© Audrey Pulvar

Lecture conseillée :

"Origines et vicissitudes du Droit d’Ingérence", un dossier signé Anne-Cécile ROBERT

Dans le dernier numéro du Monde Diplomatique

 

Chronique d'Audrey Pulvar "Sans préjugés" France-Inter  23 mai 2011

Avec son aimable autorisation.

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Mercredi 6 avril 2011 3 06 /04 /Avr /2011 06:00

BRUNETEAUX Patrick, TERROLLE Daniel, L'arrière-cour de la mondialisation : ethnographie des paupérisés, Le Croquant, coll. terra, 2010, 403 p. 26 euro.

Bruneteaux_Terrolle.jpgCet ouvrage explore les mondes de la pauvreté en se proposant de sortir du débat français sur l'exclusion. À partir d'analyses internationales neuves sur les différents visages de la paupérisation et de la survie des surnuméraires dans le cadre actuel de la mondialisation néo-libérale, il questionne la porosité des concepts scientifiques immergés dans la demande sociale et soumis aux catégories de l'action publique. Ce faisant, il contribue au dévoilement des formes de collusion des chercheurs avec le Pouvoir. Cependant, le parti d'embrasser différentes figures du sous-­prolétariat dans le monde ne s'épuise pas à offrir un large panorama des formes d' exclusion et de survie sur les cinq continents. Outre qu'ils proposent des monographies inédites (Japon, Ukraine, Antilles, Palestine, Brésil, Pérou, USA, Ghana, France) révélant l'homogénéité de l'arrière-cour de la société néo-libérale, les auteurs ont aussi pour ambition de questionner intimement les postures des chercheurs affrontés à des violences sociales souvent extrêmes. En interrogeant leurs adaptations pour mesurer les violences que subissent les plus dominés, ce que d'aucuns appellent les « terrains difficiles », ils explorent de nouveaux outils d'analyse. En osant aussi questionner les mondes dits de la « marginalité » (« jeunes des banlieues, « prostituées, « délinquants », « toxicomanes », « SDF », « sans-papiers ».), ils mettent en évidence autant les violences internes qui les gouvernent que celles de la mondialisation.   

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