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Islamophobie

Lundi 13 février 2012 1 13 /02 /Fév /2012 13:00

Sous un habillage qui se veut objectif, le reportage « Islam, au nom de la peur », dans l’émission « Envoyé spécial » du 09/02/12,  peut, par une articulation quelque peu critiquable, aider à la promotion de groupes qui ont fait de l’islamophobie leur cheval de bataille.

§         Une « positivation » des actions données à voir :

Aucun acte de violence dans le reportage, tout juste, pour donner un léger frémissement,  il est fait mention, dans la séquence consacrée à la rebaptisation des rues, du caractère délictueux de l’affichage, cependant qu’il n’est à aucun moment fait référence dans le reportage à la violence symbolique que constitue pour des musulmans et leur religion une énième stigmatisation.  Par ailleurs, les buzz provoqués par ces amateurs de nouvelles technologies sont donnés à voir de façon quelque peu bienveillante comme autant de réussites médiatiques. En creux, une certaine « publicité »  pour ce type d’actions. Nul doute que ces « modèles » feront  des émules à l’avenir.

§         Une « positivation » certaine des militants interviewés :

Jeunesse saine, buvant même de l’eau –signe de transparence, comme les gros plans sur les yeux clairs des militants ! – jeunesse somme toute sympathique, souriante, qui revendique ses idées et ses actes, responsable et réfléchie cherchant à s’informer, agissant à visage découvert, bref sans  trop de défauts, ….Autant d’images qui ne peuvent que participer à la promotion  ou en tout cas à la banalisation de ces groupes islamophobes, de leurs militants et de leurs idées.

§         Une objectivité en trompe l’œil :

Certaines séquences, où les discours fantasmatiques sont contredits par la réalité, participent sans aucun doute à un rééquilibrage du reportage. Le souci d’objectivité se manifeste également sous la forme d’un recours à des arguments d’ordre intellectuel pour réfuter certaines des idées exprimées par ces islamophobes. Louable intention…mais que pèsent ces arguments face au poids que représentent les images de la vie d’une jeunesse décomplexée, présentée de façon sympathique, voire complaisante ? Une nouvelle fois, à cette occasion, se vérifie le constat que la façon de filmer n’est jamais neutre.

En conclusion, cette enquête, malgré ces tentatives d’objectivité, reste à la surface des choses au niveau idéologique et à aucun moment n’aborde les dangers potentiels que font courir ces groupes.  Demeure au final la fâcheuse impression d’une « promotion » déguisée en faveur de ces adeptes de cette nouvelle forme de racisme qu’est l’islamophobie.  De toute évidence une belle vitrine offerte à cette mouvance d’extrême-droite et à ses militants.

Y.M. &A.V

Lien vers la première partie de l'émission.

 

Par Différences. La revue - Publié dans : Islamophobie
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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 12:57

gresh

 

Source

 

On le savait depuis longtemps, le Parti socialiste a rompu avec le marxisme sur le terrain économique et ne réclame plus, au mieux, qu’une gestion un peu moins brutale du capitalisme. En pleine crise économique, la plus grave que l’on ait connue depuis 1929, les recettes du candidat François Hollande sont bien timorées et, sur le fond, proches de celles de la droite (n’est-il pas partisan de la « règle d’or » qui interdirait tout déficit budgétaire ?).

En revanche, il y a un domaine dans lequel le PS se glorifie de son ancrage à gauche : celui de la laïcité. Et, le Sénat étant passé à gauche, il a décidé de s’en servir pour prouver ses convictions et pour s’attaquer une fois de plus au cléricalisme et à la calotte. Pas celle de l’Eglise catholique évidemment – jamais le PS n’a mis en cause, quand il était au gouvernement, le statut particulier de l’Alsace-Moselle et la place qu’y occupent les religions ; le PS ne parle plus non plus de s’attaquer à l’enseignement religieux financé par l’Etat –, mais celle de cette nouvelle Eglise, si puissante dans notre société, dont les membres ont infiltré tous les rouages de l’Etat, du Parlement, du Sénat (on ne compte plus le nombre de ses élus dans cette assemblée), des médias, etc. : celle de ces musulmans qui s’attaquent aux fondements mêmes de notre société.

Délaissant donc la crise, le chômage, le mal-logement et autres détails de la vie publique, la nouvelle majorité de gauche au Sénat, dans une de ses premières manifestations d’indépendance, a décidé d’examiner une « Proposition de loi visant à étendre l’obligation de neutralité aux structures privées en charge de la petite enfance et à assurer le respect du principe de laïcité ». Après avoir, en décembre, décrété la neutralité des crèches et des centres de loisirs et de vacances, elle s’attaquait, le 17 janvier, à celle des assistants maternels.

L’article adopté est ainsi rédigé : « Art. L. 423-23 A. — À défaut de stipulation contraire inscrite dans le contrat qui le lie au particulier employeur, l’assistant maternel est soumis à une obligation de neutralité en matière religieuse dans le cours de son activité d’accueil d’enfants. »

Il est ironique de noter que Mme Françoise Laborde, à l’initiative de ce texte, expliquait le 17 janvier qu’elle aurait « pu préciser qu’il s’agissait, dans cet article, de neutralité religieuse et politique ; cela m’aurait peut-être épargné les mauvais procès en islamophobie ». Mais pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? Pourquoi la mention de la neutralité politique n’est-elle pas précisée ? Faut-il rappeler que la commission Stasi avait proposé l’interdiction du port par les élèves de signes religieux ET politiques ? Si l’Assemblée nationale a réduit l’interdiction aux signes religieux, c’est bien par... islamophobie, quoi qu’en dise Mme Laborde.

Intervenant dans le débat, Mme Esther Benbassa, sénatrice Verts, demandait ce qu’était la neutralité au domicile d’un assistant maternel : « Une représentation de La Mecque ? Une reproduction d’une annonciation de Fra Angelico ou d’un “Judith et Holopherne” ? Une manière de préparer le repas ? » On pourrait ajouter : faudra-t-il qu’un policier reste en permanence au domicile de l’assistant maternel pour vérifier qu’il ne prie pas cinq fois par jour ? qu’il ne cuisine pas hallal ? qu’il ne lit pas le Coran ?

Et si le texte s’était étendu à la neutralité politique, comme prétend le souhaiter Mme Laborde, aurait-il fallu un policier pour vérifier les lectures subversives ? ou l’absence de portraits de Guevara ou de de Gaulle (il est peu probable que quelqu’un affiche un portrait de Hollande) ?

Le groupe socialiste s’indigne sans aucun doute quand la police religieuse iranienne vérifie que les femmes sont correctement voilées à Téhéran, mais exige que l’on aille vérifier, au domicile personnel, les convictions de chacun.

Il n’y a pas que dans le domaine économique que le PS a oublié ses racines marxistes. En 1874, Friedrich Engels épinglait ceux qui avaient « la prétention de transformer les gens en athées par ordre du mufti ». Et, l’année suivante, Karl Marx écrivait : « Chacun doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux et corporels sans que la police y fourre son nez. »

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Samedi 7 janvier 2012 6 07 /01 /Jan /2012 14:45

 Paru aux PUF.

http://www.puf.com/img/couv/9782130594505.jpg

Présentation de l'éditeur

Sommaire

 

Pourquoi l’irruption d’un islam visible sur le sol de la République française a-t-il provoqué une réaction de rejet qui s’amplifie de jour en jour, et comment faire pour inverser la tendance ?

 

Caractéristiques

  • 208 pages
  • 14.00 €
  • ISBN : 978-2-13-059450-5
  • N° d'édition : 1
  • Date de parution : 25/01/2012

 

L'ouvrage

Depuis plus de vingt ans, les polémiques autour de la présence visible de l’islam en France n’ont cessé de s’amplifier : foulard à l’école, port de la « burqa », mise en cause de la laïcité… La société française nourrie d’universalisme républicain ne comprend pas pourquoi les enfants de l’immigration, au lieu de s’assimiler au sein d’une société sécularisée, y ont introduit une religion vigoureuse qui aspire désormais à prendre sa place.
Cet état de fait semble tellement incroyable que, pour beaucoup, il ne peut s’agir que d’un projet politique manipulé. Le rejet de l’islam, qui se manifeste en France comme partout en Europe, est le résultat de cette perception.
Et si on faisait l’hypothèse inverse ? Que ce « retour du religieux » surgit bien du cœur de notre société en mal de repères? Et qu’il n’est nullement incompatible avec la modernité démocratique?

Table des matières

Avant-propos, par Francis Martens

Introduction. — le chêne ou le roseau ?

Première partie. — Un combat pour la dignité

L’égalité contre elle-même
Migration d’une religion
Partager l’espace symbolique

Seconde partie. — Éclairages

Le foulard, par où le scandale arrive

Mixité : un abcès de fixation
Neutralité : l’alibi du refoulement
L’école, entre émancipation et formatage
L’affaire du voile intégral, une machine infernale
L’antiracisme pris au piège
Vous avez dit « accommodements raisonnables » ?

Conclusion intime

Glossaire
Bibliographie
Remerciements

A propos des auteurs

Henri Goldman a été coordinateur (2003-2009) du département Migrations au Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (Bruxelles). Il est rédacteur en chef de la revue de débats Politique et de Migrations magazine. Il a publié Oublier Jérusalem ? Une approche d’Israël, du sionisme et de l’identité juive (Quartier libre, 2002) et Deux ou trois choses de Sonia et du monde (Territoires de la mémoire, 2010).

Les directeurs

Christophe Dejours, Francis Martens

Où se procurer cet ouvrage ?

 

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Samedi 6 août 2011 6 06 /08 /Août /2011 11:21

Un communiqué surprenant

Une phrase surprenante dans le communiqué du MRAP, daté du samedi 23 juillet 2011 et resté un temps inaperçu des médias traditionnels (il avait toutefois été répercuté par des sites Internet militants) jusqu'à ce que le FN, puis la Droite populaire, le commentent et surjouent l'indignation.

Sur le fond, les rédacteurs du communiqué ont eu raison de pointer la proximité intellectuelle entre les motivations affichées d'Anders Behring Breivik1 et les thèmes de propagande de certains partis.


Mais on peut regretter plusieurs choses :

- la référence à « l'acte d'un déséquilibré ». En effet, c'est ouvrir la porte aux explications psycho-machin-choses, et c'est là la ligne de défense de tous ceux qui sont peu ou prou d'accord avec les idées de Breivik, mais ne peuvent pas publiquement approuver son geste. Déséquilibré, peut-être, mais surtout cohérent dans sa vision du monde.

- que la mouvance identitaire française n'ait pas été clairement désignée, ni ses alliés « laïques ».

- que les responsabilités intellectuelles d'éditorialistes comme Alain Finkielkraut ou Caroline Fourest dans ce climat délétère à l'encontre des musulmans n'aient point été évoquées.


Mais ces reproches sont somme toute mineurs, ils peuvent s'expliquer par l'émotion, l'urgence et aussi par la disparition dans les instances dirigeantes des personnes ayant l'habitude de l'exercice.

L'essentiel est de savoir reconnaître en toute objectivité que ce communiqué et les interventions médiatiques ultérieures étaient largement perfectibles et de ne pas commettre les mêmes erreurs à l'avenir.


Dans notre communication ultérieure, nous devrons soigneusement éviter de tomber dans le « piège psy » et au contraire, souligner :

  • la cohérence entre les actes et les idées de Breivik

  • la similitude entre ces dernières et celles développées par les droites extrêmes et leur fournisseurs d'idées, en France et ailleurs.

manifeste-abb

Ce qui est beaucoup plus inquiétant, c'est cette phrase, en parlant du « parti (norvégien) du progrès » : « Sa leader a fait de l'islamophobie - ou plus exactement de la « musulmanophobie » »..


Il ne semble pas que cette phrase analyse les spécificités idéologiques du parti norvégien par rapport à ses homologues européens, mais qu'elle vise à promouvoir le terme « musulmanophobie ». Pourquoi abandonner le terme d'islamophobie, consacré par l'usage, pour celui beaucoup moins employé de musulmanophobie2 ?


C'est d'autant plus surprenant qu'en 2003, le MRAP avait organisé un colloque « du racisme anti-arabe à l'islamophobie », dont les actes sont consultables à cette adresse. Il avait joué un rôle important et novateur dans la prise de conscience de ce phénomène nouveau et inquiétant.


Le MRAP était divisé sur la question, entre d'une part ceux qui estimaient que l'islamophobie était le nom du racisme anti-musulman, comme l'antisémitisme est le nom du racisme anti-juif, et d'autre part ceux qui estimaient que condamner l'islamophobie conduisait à empêcher la critique d'une religion.


En décembre 2004, le congrès a débattu de la question :

« Le congrès s’est prononcé sur la question de savoir si L’Islamophobie est une nouvelle forme du racisme anti-musulman et par conséquence entrant dans le champ d’activité du MRAP ou est une réalité à simple dimension religieuse ? 131 Voix pour l’intervention du mrap ; 83 contre, 46 abstentions. Compte tenu de cette majorité et comme proposé ci-dessus, le congrès devait se prononcer sur le contenu de l’intervention du mrap, dans le cadre de l’unicité du racisme, du refus de tout hiérarchisation et de tout communautarisme. A la question : le mrap doit il poursuivre le combat contre l’islamophobie dans le cadre de la définition légale de la provocation à la haine raciale ? Le vote fut unanime moins 23 abstentions. »


La question était donc tranchée démocratiquement en ce qui concerne la ligne du mouvement. On peut objecter qu'une motion, fut-elle votée à une majorité écrasante, n'est pas une vérité scientifique et qu'elle peut être abrogée.


Certes, mais encore faut-il convaincre la majorité de sa fausseté et l'abroger par une procédure de même niveau que l'initiale et pas subrepticement au détour d'un communiqué.

La progression de l'islamophobie, la chose et le mot.

Or, il faut constater que depuis ce colloque et ce congrès :

  • Le terme islamophobie a été de plus en plus employé, par la presse comme par les partisans et adversaires de cette idéologie.

  • Qu'il n'a pas le sens de critique d'une religion, mais de dénonciation de l'ensemble de ses pratiquants à des degrés divers, y compris ceux pour lesquels elle n'est plus qu'une référence culturelle et une mémoire familiale.

  • Et s'il a été employé, c'est parce que les actes islamophobes se sont multipliés, ont été revendiqués et reconnus comme tels.

On peut suivre sa progression à travers sa fréquence dans les articles du « Monde » en ligne.

islamophobie-monde-.jpg

De nombreux rapports officiels font désormais référence à l'islamophobie, comme une forme de racisme.


Mais il faut commencer par tordre le cou à cette pseudo-vérité énoncée et popularisée par Caroline Fourest, selon laquelle le mot aurait été inventé par les mollahs iraniens pour dénoncer leurs opposants, en Iran et à l'étranger.

Cette assertion est fausse :

Le terme est attesté dans la langue française depuis 1910. Il est a cette époque employé, comme celui d'islamophilie, sans guillemets, par des administrateurs coloniaux. Et il désigne l'hostilité non pas à une religion, mais aux sociétés musulmanes.

Les mollahs iraniens employaient fréquemment le terme « taghoutis », traduit en français par « diaboliques », pour désigner leurs adversaires. On les voit mal forger un mot à partir d'une racine arabe S-L-M (qui donne d'ailleurs aussi bien les mots islam que musulman) et d'une racine grecque. Les lexicographes savent parfaitement « tracer » un mot à travers le temps et l'espace. Caroline Fourest ne s'est semble-t-il pas donné cette peine.


Donc jusqu'à preuve du contraire, islamophobie n'est pas un artefact iranien. C'est un mot bien français, qui réapparaît dans la langue française à partir des années 1990, quinze ans après la révolution iranienne.

Quel est son sens exact ?

Une tentative de définition du corpus idéologique islamophobe a été faite dans ce rapport de l'observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes en 2006 :

http://fra.europa.eu/fraWebsite/attachments/Manifestations_FR.pdf

page 72 :

1. L’Islam3 est considéré comme un bloc monolithique, statique et réagissant peu au changement.

2. L’Islam est considéré comme distinct et «autre». Il n’a pas de valeurs communes avec les autres cultures, n’est pas affecté par ces dernières et ne les influence pas.

3. L’Islam est considéré comme inférieur à l’Occident. Il est perçu comme barbare, irrationnel, primitif et sexiste.

4. L’Islam est considéré comme violent, agressif, menaçant, enclin au terrorisme et à la confrontation entre les civilisations.

5. L’Islam est considéré comme une idéologie politique utilisée pour acquérir des avantages politiques ou militaires.

6. Les critiques de l’Occident formulées par l’Islam sont rejetées d’emblée.

7. L’hostilité à l’égard de l’Islam est utilisée pour justifier des pratiques discriminatoires à l’encontre des musulmans et l’exclusion des musulmans de la société dominante.

8. L’hostilité à l’égard des musulmans est considérée comme naturelle et normale.

Quelques visites sur les sites Internet4 islamophobes revendiquéssuffisent à constater que c'est très exactement la vision de l'Islam qu'ils donnent à leurs lecteurs.

Les attitudes décrites aux points 7 et 8 sont contraires à la loi de 1972 sur le racisme et sont de celles contre lesquelles combat le MRAP : « en raison de leur appartenance ou de leur non-appartenance,réelle ou supposée,à une prétendue «race », une ethnie, une nation, une culture ou une religion déterminées. »


L'islamophobie n'est pas la critique d'une religion (croyances, rites, etc.) mais celle de l'ensemble des personnes rattachées à cette religion par leurs détracteurs.

Nous sommes en présence d'un cas de racisme « culturel » et non plus de racisme biologique. L'inanité scientifique de ce dernier ayant été démontrée par les scientifiques et presque plus personne de sérieux n'osant affirmer qu'il existe des races humaines, les racistes ont introduit la notion de « cultures », intangibles à travers les siècles et étanches entre elles.

L'islamophobie est une tentative de théorisation du « racisme anti-musulman ». Le parallèle peut être fait avec l'antisémitisme : les théoriciens de ce dernier vont fournir les justifications intellectuelles à l'hostilité envers les Juifs. L'antisémitisme sera à la fois théories (forgeage des « Protocoles » et mythes du « complot juif », théories « biologiques » des nazis, etc.) et pratiques (les pogroms, l'extermination des Juifs d'Europe par les nazis et leurs complices).

D'autres groupes humains sont aussi victimes du racisme. Le plus souvent, les motivations tiennent en des généralisations de comportements individuels et des préjugés (tous des voleurs, des fainéants, des obsédés sexuels, etc..).

Mais il n'y a pas (encore) de théorisation sur les Tsiganes, les Noirs, etc. présentés comme des ensembles homogènes, porteurs d'un projet politique et social cohérent et menaçant.


L'emploi du terme islamophobie, pour la dénoncer, est préférable à celui de racisme anti-musulman pour plusieurs raisons :


1. Ils ne sont pas strictement identiques. L'islamophobie est le degré supérieur du racisme anti-musulman, car elle justifie par la théorie les actes de racisme anti-musulman en posant le principe que :

  • les musulmans (les individus) sont réductibles à leur appartenance à une communauté unique et uniforme ;

  • elle-même complètement structurée et déterminée par des textes et théories religieux (le Coran, la Sunna),

  • textes et théories dont l'interprétation la plus exacte selon les islamophobes serait celle des salafistes djihadistes. Ces derniers font d'ailleurs exactement la même analyse que les islamophobes, en inversant simplement les camps du « bien » et du « mal ».

2. Le terme est revendiqué par les islamophobes, qui s'assument en tant que tels et récusent parfois le terme de « musulmanophobes5 ». Employer ce dernier terme est leur offrir un boulevard en terme de communication. Certains pourront continuer de dénoncer en bloc la pratique du ramadan, le rachat du PSG par le Qatar, le port du hidjab, le business du halal et se voir involontairement décerner un brevet de non-racisme.

Défendre une religion ?

Quand les Juifs étaient accusés faussement de crimes rituels, c'est-à-dire commis au nom de leur religion, fallait-il ne pas dénoncer des accusations, de peur de paraître défendre le judaïsme en tant que religion ?

Bien évidemment non.

Expliquer que l'Islam6, c'est quatorze siècles d'histoire, des pays aussi différents que la Mauritanie et l'Indonésie, une multitude de structures politiques, d'écoles de pensée, des interprétations diverses et parfois opposées des mêmes textes, des individus de toute nature, ce n'est pas défendre un religion particulière. C'est simplement lutter pour la vérité. Et quand ces manipulations intellectuelles conduisent à présenter n'importe quel musulman comme un danger public, c'est lutter contre le racisme.

Le même constat pourrait d'ailleurs être fait à propos des mondes chrétiens, juifs, bouddhistes, etc..

Passer de la critique d'un fait, d'une politique, à son explication par la religion de ses auteurs conduit très souvent à des dérives inacceptables7.


Lutter contre l'islamophobie n'est pas défendre une religion, alors pourquoi avoir peur du mot ? Les antiracistes auraient-ils peur du mot dont se rengorgent les racistes ? Espérons que ce n'est pas parce que malgré la sincérité de leur engagement, il leur reste un fond de méfiance ou d'incompréhension envers des références, des habitudes qui ne sont pas celles qu'ils ont toujours connues.


Quant au MRAP, ce serait pour lui se « tirer une balle dans le pied » que de renoncer à ce combat qui avait fait sa spécificité par rapport aux autres organisations antiracistes, avec la défense des droits des Palestiniens.

 

TS

 

 

1 Ce militant de l'extrême-droite islamophobe norvégienne est l'auteur des deux attentats du 22 juillet 2011 en Norvège qui ont fait 77 morts.

2 Les requêtes Google concernant ces termes donnent respectivement environ 1 300 000 et 5 400 résultats.

3 Islam avec une majuscule désigne les sociétés musulmanes, islam avec une minuscule désigne la religion. De la même manière : Chrétienté et christianisme.

4 La base de données qui a servi à la rédaction du rapport du MRAP sur « Internet et les enjeux de la lutte contre le racisme », partiellement actualisée, recense 140 sites de cette nature, sans compter ceux pour lesquels l'islamophobie n'est pas la préoccupation exclusive.

6 Avec un I majuscule, s'agissant du fait social.

7 Voir l'exemple donné par Dominique Vidal à propos du livre d'Alain Ménargues, « Le mur de Sharon » (Le Monde diplomatique Juillet 2005.

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Dimanche 24 juillet 2011 7 24 /07 /Juil /2011 07:57

L’attentat à l’explosif d’Oslo qui visait le gouvernement norvégien pour lequel on dénombre 7 morts suivi peu après par la fusillade qui a fait plus de 80 victimes chez les Jeunes Travaillistes réunis  sur une île près d’Oslo ne peut que susciter la plus vive et expresse condamnation.

Commis par une personne isolée, un fondamentaliste chrétien, d’après la police norvégienne, ce carnage, outre la légitime révolte devant le caractère odieux de l’acte, appelle à quelques réflexions :

-         cet acte montre le danger que représentent l’extrême droite et la banalisation d’un discours islamophobe qui gangrène les sociétés européennes et qui facilite des passages à l’acte aussi monstrueux,

-         il montre en clair le défaut de surveillance exercé sur des groupes d’extrême droite et autres officines néo-nazies et islamophobes de la part des autorités obnubilées par  la mouvance de l’islamisme radical,

-          il contredit tout le discours sécuritaire et la doctrine de lutte antiterroriste mise en place après les attentats du 11-Septembre et qui ciblent de façon quasi exclusive les groupes islamistes,

-         Enfin, il rappelle que le terrorisme  représente  également une tradition des groupes d’extrême droite.

stop-islamophobie.jpg Cet acte ne peut être considéré comme celui d’un déséquilibré.  Au contraire, il  doit interpeller nos responsables pour qu’ils exercent une surveillance accrue des groupes d’extrême droite et la mouvance identitaire, d’autant plus qu’à l’approche de l’élection présidentielle, les événements d’Oslo risquent de trouver en France des émules passant à l’acte de façon individuelle ou par petits groupes d’autant plus dangereux qu’ils fonctionnent en vase clos.

En ce sens, il est grand temps que le gouvernement  français réagisse plus vigoureusement  contre les discours développés par les groupes d’extrême droite sur la Toile.  Il est grand temps que le gouvernement  prenne conscience des dangers que comporte le discours islamophobe et qu’il interdise des meetings semblables aux "Assises contre l’islamisation de l’Europe" tenues à Paris en décembre dernier .

Y.M. & A.V

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