Antisémitisme

Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /2009 20:59

Publication initiale :

http://blog.mondediplo.net/2009-12-11-Un-aller-sans-retour-l-histoire-d-un-communiste

 

Avec l'aimable autorisation d'Alain Gresh


victorsegréLes éditions L’Harmattan viennent de publier les souvenirs de Victor Segré, Un aller sans retour. L’histoire d’un communiste juif égyptien. Ce livre témoigne de l’histoire oubliée, parfois occultée, d’une communauté qui joua un rôle important en Egypte et qui fut, comme on le dit banalement, emportée par l’histoire.

J’en ai rédigé la préface que je publie ci-dessous.


J’ai, durant la présentation de cet ouvrage au Centre culturel égyptien, découvert que Victor Segré était l’oncle d’Ivan Segré, un Israélien religieux qui vient de publier aux éditions Lignes deux ouvrages de philosophie magistraux : Qu’appelle-t-on penser Auschwitz ? (préfacé par Alain Badiou) et La réaction philosémite. La trahison des clercs, une déconstruction jouissive du discours « philosémite » d’un certain nombre d’intellectuels français, d’Alain Finkielkraut à Daniel Sibony, et de leurs tentatives de ramener le judaïsme à l’Occident. A lire absolument, d’autant que la conspiration du silence autour de ce travail est puissante.


* * *

« Nés en Egypte, étions-nous Egyptiens, Arabes, Palestiniens, Français ou Russes ? Cette question m’a souvent hanté. » Tel un fil rouge, ce que l’on appellerait aujourd’hui le problème de l’identité traverse ce livre de mémoire de Victor Segré. Il prend d’autant plus d’importance que, né juif, il s’engagea très jeune dans le mouvement communiste et devint un ardent défenseur de l’aspiration nationale des Egyptiens et un contempteur du mouvement sioniste. Mais comment échapper aux tourbillons de l’histoire et, aussi, à ses injustices ?


C’est au Caire, en novembre 1926, que Victor vit le jour. Il grandit dans un quartier pauvre où juifs, musulmans, chrétiens vivaient côte à côte, en bonne entente. Les enfants jouaient ensemble dans les ruelles encombrées de détritus et leurs cris animaient les journées. La grand-mère maternelle de Victor était née à Kichinev et c’est là qu’elle avait connu son mari, un soldat polonais. Fuyant les pogroms – ils furent sauvés par un Pope –, le grand-père et la grand-mère se réfugièrent à Athènes avant de s’embarquer pour l’Egypte que l’on disait florissante. Le père de Victor était né français en Palestine avant, lui aussi, de s’installer au Caire où il fit la connaissance de sa femme. « Les deux familles englobaient plusieurs nationalités, des Français, des Russes de Bessarabie, des Britanniques, des Italiens et enfin, nous, la seconde génération née en Egypte. » Et Victor ? Etait-il Egyptien ? C’est ce choix qui allait marquer la première partie de sa vie.


L’insouciance est le propre des enfants, même s’il est confronté à la misère, une misère que personne, en Egypte, ne peut ignorer. Et cette misère se double d’une forme de racisme contre laquelle Victor s’insurge spontanément. « Je me souviens d’un incident qui laissa en moi une profonde impression de révolte », raconte-t-il. A l’époque, il y avait deux classes dans les autobus. Un jour, son oncle Jimmy revient furieux : « Quel scandale, je voyage en première pour ne pas être avec ces “wogs” et voilà que l’un d’eux vient s’asseoir près de moi. Quelle audace, quelle impertinence. » A l’époque, « wog » désignait les indigènes, c’est-à-dire les Arabes égyptiens – en principe, l’Egypte était un pays indépendant depuis 1922, mais en réalité Londres exerçait sa tutelle d’une main de fer et les « Arabes » étaient considérés avec mépris par beaucoup d’étrangers. Wog, « un terme non seulement péjoratif mais aussi dégradant. Je ne sais pas ce qui m’a pris ce jour. Instinctivement je réagis. “Après tout ils sont chez eux, dans leur pays. Ces autobus sont les leurs, ne l’oublie pas.” Ce fut la catastrophe. » La réaction de l’oncle fut violente, mais Victor avait choisi son camp, celui des opprimés, celui des Egyptiens.


Dans ce contexte d’oppression, Victor est mieux à même, malgré son jeune âge, de comprendre la réaction de nombreux Egyptiens qui voyaient avancer les armées de l’Axe en Libye et qui espéraient que celles-ci « libéreraient » l’Egypte de « l’ennemi principal », le Royaume-Uni.


Evidemment, les juifs avaient une autre opinion, terrifiés par l’antisémitisme de Hitler. Mais, le voisin de la famille, Ibrahim Effendi, leur promet de les cacher dans sa ferme si les Allemands arrivent.


Malgré le danger, l’idée de partir en Palestine n’effleure même pas Victor et quand il rencontre un soldat de la Brigade juive, une brigade intégrée à l’armée britannique qui lui explique « ton pays, c’est la Palestine », il tombe des nues : « Je suis né dans ce pays, l’Egypte. L’Egypte est mon pays, tu comprends », il se fait traiter de traître. Et puis, comment comprendre quelqu’un qui prétend que « la Palestine est notre terre. Les Arabes doivent partir et nous laisser notre terre, notre pays ! » ? Plus tard, Victor expliquera à l’un de ses amis sionistes d’extrême gauche : « C’est la tâche et le devoir des juifs de s’intégrer dans cette lutte, la lutte contre l’impérialisme, pour la souveraineté du pays. S’ils n’agissent pas ainsi ils donnent l’impression d’apporter leurs soutiens aux impérialistes britanniques, alors ne t’étonne pas si les Egyptiens se tournent contre les juifs, voyant dans les juifs des collaborateurs. »


La guerre bat son plein, les Soviétiques résistent et écrasent les Allemands à Stalingrad, le prestige de l’URSS est à son apogée. Rien d’étonnant alors à ce que nombre de jeunes se tournent vers le communisme. Victor commence à fréquenter des soldats britanniques et communistes. Il s’initie au marxisme, lit des textes de Marx, Engels, Lénine, qu’il acquiert à la petite librairie française de la place Soliman Pacha, tenue par un monsieur « fort courtois », Henri Curiel, l’homme qui dirigera le Mouvement démocratique de libération nationale (MDLN), la principale organisation communiste. Le mouvement communiste égyptien, qui a été détruit par la répression dans les années 1920, se reconstitue mais reste marqué par les divisions, l’éclatement. Victor passe d’une organisation à l’autre, mais ses connaissances restent bien théoriques. Ce n’est que quand il est engagé dans une usine pour contrôler le rendement de la production, qu’il reçoit sa première leçon concrète de « lutte de classes » d’un contremaître : rationaliser la production signifie plus de chômage… Il retrouvera, plus tard, ce contremaître dans les camps d’internement du roi.


Les années d’après-guerre sont marquées par le développement d’un puissant mouvement national contre la tutelle britannique, mouvement dans lequel s’intègrent les communistes. Mais elles voient aussi l’exacerbation du conflit en Palestine, conflit qui va permettre au roi et aux Britanniques de « détourner » l’attention de l’opinion. La nouvelle du massacre de Deir Yassin le 9 avril 1948 provoqua de violentes manifestations en Egypte et des actes antisémites : la synagogue de Darb El Barabra fut incendiée. Mais, globalement, malgré les tentatives des Frères musulmans de tourner la population contre les juifs, ces manœuvres échouent. Et Victor raconte son expérience personnelle quand, encerclé par une dizaine de jeunes Frères, il est défendu par ses amis du quartier, pourtant sympathisants de l’organisation islamiste. Pourtant, Victor est pris dans une spirale que personne ne contrôle : « Les Arabes n’avaient non seulement aucune haine mais ne manifestaient aucune forme de discrimination raciste à l’égard des juifs d’Egypte. Mais à cause des événements qui se déroulaient en Palestine, les attaques contre les villages arabes, les achats de terres palestiniennes par des organisations internationales juives, tous ces facteurs ne firent qu’attiser le feu dans les pays arabes. Des manifestations de masse contre les sionistes eurent lieu, entraînant une grande vague d’antisémitisme. » La création, par les communistes, d’une Ligue juive contre le sionisme ne permit pas de renverser la tendance.


Le 15 mai 1948, après la proclamation de l’Etat d’Israël, l’Egypte aux côtés d’autres pays arabes entre en guerre. Au même moment, une vague d’arrestations frappe les communistes (et aussi les sionistes) coupables de s’opposer à la guerre et d’avoir, à la suite de l’Union soviétique, accepté le plan de partage de la Palestine.

Commence alors le long séjour dans les prisons puis dans le camp de Huckstep dans le désert. Pour Victor, l’incarcération durera plus d’un an, mais ce qu’il en retient est, avant tout, l’organisation, l’amitié, la solidarité, qui soudent une communauté. Les grèves de la faim permettent d’améliorer le sort quotidien. Et il croise d’improbables personnages, bandits de grand chemin, vrais provocateurs, et faux espions.


Pour Victor, c’est aussi le retour de la question lancinante, celle de l’identité, celle de la possibilité pour les « « étrangers » (juifs ou non) de s’intégrer dans la société égyptienne. « Prendre la fuite au lieu de nous intégrer à la société égyptienne ? Nous intégrer ou nous assimiler ? Des questions de principe sur lesquelles nous n’arrivions pas à nous mettre d’accord, à y voir clair. Serons-nous toujours des étrangers dans ce pays où nous sommes nés, où nous avons hérité d’habitudes et de culture, d’une façon de vivre ? Pouvons-nous nous résoudre à l’idée que nous sommes réellement des étrangers dans notre propre pays, notre terre natale ? »


Quand Victor apprend, en 1949, qu’il va être expulsé, il entame une grève de la faim. Il proclame dans une lettre son engagement communiste, « que je n’avais fait qu’aider les forces démocratiques du pays à lutter contre l’exploitation honteuse du peuple égyptien. Que cette aide quoique modeste était ma propre contribution à cette lutte, à la lutte du peuple avec qui j’avais grandi, partagé le pain et l’eau du Nil ». Emmené à Alexandrie, il est embarqué dans un bateau en route pour l’Italie, avec d’autres juifs dont certains iront en Israël car ils n’ont pas d’autre point de chute. Victor, fidèle à ses convictions, refusera le choix sioniste, et s’installera en France, la deuxième patrie de nombre de ces étrangers nés en Egypte et qui avaient grandi au cœur de la culture française, à l’ombre de la Révolution française, de Victor Hugo et de la Commune de Paris…


En fermant ce livre, on ne peut manquer d’être saisi de tristesse et de nostalgie. Les communautés juives et « étrangères » ont, pour l’essentiel, disparu d’Egypte et des pays arabes. L’Histoire les a emportés, souvent contre leur gré. Pourtant, ce départ a été une perte terrible pour le Proche-Orient, pour son développement, pour sa culture. Et l’on se prend à rêver, en songeant à l’Afrique du Sud et à la lutte du Congrès national africain (ANC) et des communistes sud-africains pour une Afrique du Sud « arc-en-ciel » où coexistent Blancs et Noirs, à ce que serait devenu le monde arabe si tous ces « minoritaires », qui s’identifiaient à ces peuples, à leurs cultures, à leurs combats, avaient eu la possibilité de rester…

 

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Mercredi 15 novembre 2006 3 15 /11 /2006 21:40

Nous mettrons progressivement en ligne des articles parus dans les anciens numéros "papier" de Différences, la revue du MRAP, qui sont toujours d'actualité ou ont un intérêt historique

Les anciens numéros de Différences, la revue du MRAP, depuis avril 2004, sont également en ligne à cette adresse

Colloque du 13 mai 2006 : Antisionisme et antisémitisme

Ouverture du colloque.

Mouloud Aounit, secrétaire général du MRAP


aounit Chers amis, lorsque s’est fondé, en 1943, le Mouvement National contre le Racisme pour combattre la politique nazie et vichyste de déportation et d’extermination des juifs de France, la lutte était dangereuse, difficile, pleine de risques, mais claire : il s’agissait pour ces résistants de sauver le plus grand nombre de juifs possible du destin épouvantable que leur préparait l’idéologie raciste, soubassement du fascisme alors triomphant.

Remarquons cependant que le mot « antisémitisme » n’apparaît alors pas dans le nom choisi par ces résistants fondateurs du MNCR, juifs pour la plupart.

Le MRAP, fondé en 1949, est l’héritier direct de ce mouvement né dans la clandestinité : son sigle signifiait alors Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et pour la Paix, parce que la découverte de la mise en oeuvre de la destruction massive des juifs d’Europe par le fascisme rendait nécessaire sa prise en compte spécifique dans un mouvement antiraciste.

Depuis, le MRAP a toujours tenté d’adapter ses combats aux réalités du racisme. Ainsi, en 1976, bien des choses avaient changé depuis la création du mouvement : la décolonisation, la guerre d’indépendance de l’Algérie, les conséquences du racisme colonial, la violence subie par les immigrés et étrangers accueillis dans des conditions indécentes, sans parler des problèmes liés aux relations entre Israël, ses voisins et les Palestiniens. Au grand dam de nos détracteurs, cette réalité nous a amené à mettre en relief une donnée incontournable et qui donne tout son sens à l’identité du combat du MRAP : l’unicité du racisme. Pour nous, le racisme est un et indivisible, avec toutes les spécificités et les singularités de chacun d’entre eux, d’où la nécessité d’agir sans concession avec la même vigueur contre le racisme quelle que soit sa forme. Le MRAP a toujours affirmé l’universalité de ses valeurs antiracistes ; l’essence du racisme est toujours la même, celle de nier l’égalité en droits et en dignité d’une catégorie d’êtres humains en vertu d’on ne sait quelles particularités qui seraient liées à la couleur, la religion, le mode de vie, la culture ou l’histoire, etc. Le racisme s’en est toujours pris à des minorités, qu’elles soient juives, musulmanes, maghrébines, tsiganes, pour mieux les enfermer, les marginaliser, les rejeter, les expulser et, pour ce qui est des Juifs, tenter de les exterminer. Le raciste ne supporte pas Antisionisme et antisémitisme la différence et transforme toujours cette différence en inégalité pour justifier son rejet de l’autre : il a de l’argent, il sent mauvais, il est bruyant, il a le nez crochu, il vagabonde, etc.

Parce que toute concession faite à un racisme entretient et alimente tous les racismes, parce que le danger est grand de voir la lutte contre tel ou tel type de racisme particulier participer à des affrontements ou à des logiques de concurrence entre les victimes, notre fil rouge est et demeure la mobilisation permanente et constante du combat contre le racisme sous toutes ses formes. Cette universalité des valeurs de l’antiracisme s’accompagne toujours de la spécificité, de la particularité de la lutte contre le racisme qui s’exerce sous des formes différentes selon qu’il s’en prend aux Juifs, aux Musulmans, aux Tsiganes, etc.

L’histoire joue un rôle fondamental dans l’émergence de telle ou telle manifestation de racisme : si les idéologies fascistes ont façonné l’antisémitisme moderne avec sa mise en pratique dans les camps d’extermination, le colonialisme a quant à lui donné naissance au racisme anti-arabe et anti-noir que les guerres de libération des peuples colonisés ont exacerbé, racisme qui se prolonge aujourd’hui, qui structure certaines discriminations dont sont victimes les enfants de ces peuples colonisés.

Si l’instrumentalisation politique de la religion chrétienne par les églises a donné naissance à l’anti-judaïsme, ancêtre de l’antisémitisme, l’instrumentalisation politique de l’islam à des fins terroristes ou dictatoriales donne naissance à cette forme nouvelle et violente de racisme à l’endroit des Musulmans que l’on nomme l’islamophobie. Tous les Juifs étaient coupables de la mort du Christ ; tous les Musulmans sont aujourd’hui coupables et responsables non seulement des Twin Towers mais de l’ensemble des exactions commises par des fanatiques criminels dans le monde arabe au nom de l’Islam.

Présentement, dans le domaine de l’antisémitisme, nous avons assisté dans cette dernière période à une dérive inquiétante et qui malheureusement, d’une certaine manière, sert de justification à l’entretien de l’antisémitisme. En effet, de nombreux responsables communautaires juifs et des intellectuels juifs et non juifs ont largement répandu l’idée que la critique du gouvernement israélien était un prétexte pour exprimer, au nom des victimes palestiniennes, un antisémitisme que l’on ne voudrait pas afficher. Cette attitude et cette stratégie sont criminelles : elles participent, par la confusion, à la banalisation de l’antisémitisme en lui faisant perdre de sa caractéristique infamante ; elle nuit au combat efficace contre l’antisémitisme.

Pour compliquer les choses, d’aucun s’aventurent à l’organisation de la confusion et de l’amalgame voire à des raccourcis entre sionisme et antisémitisme qui couvrent des réalités, des lectures et des combinaisons multiples.

Le conflit Israël-Palestine se greffe sur ces questions. Je rappellerai ici la position intangible du MRAP qui est celle de tous les démocrates, à commencer par ceux qui, en Israël comme en Palestine, luttent pour une paix juste et durable :

  • Israël est un État qui doit pouvoir vivre en paix avec ses voisins dans les frontières de 1967 internationalement reconnues ;

  • la Palestine doit également être un État souverain dans ces mêmes frontières ; – Jérusalem sera la capitale partagée de ces deux États ;

  • tout ce qui empêche ou tourne le dos à la mise en œuvre d’une telle finalité - le mur, les colonies israélienne en territoire palestinien, pour ne citer que deux exemples - ne fait que prolonger un état de guerre où attentats suicides et attentats officiels de l’armée israélienne se succèderont sans fin.

J’ajoute également que si quelques groupes ultra minoritaires parmi la population musulmane française s’identifient aux auteurs des attentats suicides, il est irresponsable de qualifier la révolte des banlieues d’intifada quand, dans le même temps, on dénonce hypocritement et globalement le communautarisme, l’antisémitisme des jeunes et leur islamisation ainsi que la soi-disant transposition du conflit du Moyen Orient dans les quartiers populaires de nos villes. De plus, et pour parler de l’actualité immédiate, au moment où les églises chrétiennes et les responsables religieux musulmans ont dénoncé de concert le danger que représente la loi raciste que Sarkozy vient de faire voter, nous ne pouvons qu’être consternés par le silence assourdissant des responsables religieux juifs.

C’est ainsi que le MRAP qui, faut-il ici le rappeler, a, depuis toujours, reconnu la légitimité et le droit à l’existence de l’État d’Israël, ne peut accepter pour autant l’instrumentalisation de l’antisémitisme et de cette insulte dont il a fait l’objet, de même que de nombreux intellectuels, journalistes, associations qualifiés d’antisémites parce qu’ils ont exprimé, au nom de l’universalité du combat qui est le leur, la reconnaissance des droits du peuple palestinien à un État souverain. J’ajoute que le fait de critiquer la politique des gouvernements successifs d’Israël est parfaitement licite : Israël est un État comme un autre, soumis comme tout autre à la critique. Et j’affirme ici haut et fort que l’on ne saurait en aucun cas accepter la criminalisation de la critique de la politique d’un gouvernement et l’utilisation de l’accusation blessante et infamante d’antisémitisme jetée contre tous ceux qui oseraient critiquer les choix du gouvernement israélien. Ce gouvernement aurait-il droit à un régime de faveur, d’exception ? Au nom de quoi et pourquoi pourrions-nous renier cette légitime et indispensable liberté d’expression qui m’autorise aujourd’hui à critiquer Poutine dans sa complicité avec certains crimes racistes, à critiquer Bush pour sa politique de KO en Irak, à critiquer les propos incendiaires, irresponsables du président iranien, à critiquer aussi la politique du gouvernement français à l’endroit des immigrés, sans pour autant être taxé de racisme anti-russe, anti-américain, anti-iranien, et anti-français ?

Cette instrumentalisation se complique encore aujourd’hui par l’encouragement à des regroupements communautaristes : les individus ne sont plus des personnes, des citoyens, mais sont renvoyés à des groupes ethniques, religieux qui les enferment davantage et en feront tôt ou tard des victimes ou même des porteurs du racisme. C’est cette instrumentalisation communautariste qui a permis au président du CRIF de conseiller aux Arabes de se tenir tranquilles après les résultats de Le Pen en 2002, comme si la menace fasciste ne concernait pas chacun d’entre nous, chaque citoyen, chaque démocrate.

Si nous avons voulu organiser ce colloque, c’est d’abord et avant tout parce que le combat contre l’antisémitisme a besoin de clarté et de la mobilisation de tous. C’est aussi parce qu’il est malheureusement toujours nécessaire de lutter contre l’antisémitisme qui sévit à la fois sous ses formes anciennes liées à l’extrême droite fasciste ou fascisante et sous des formes nouvelles liées à la notion de sionisme et d’antisionisme.

C’est aussi parce qu’il est plus que jamais nécessaire aujourd’hui de clarifier des notions souvent rendues volontairement confuses. La confusion est telle que nous avons pu assister à ce spectacle extraordinaire de négationnistes participant à une manifestation contre l’antisémitisme, du responsable raciste du MPF étant invité officiellement à participer à cette même manifestation, et d’un mouvement de lutte contre le racisme, le nôtre, refusant dans ces conditions d’y prendre toute sa place. On en est même venu à soupçonner et à accuser le MRAP d’être sinon antisémite du moins indifférent à l’antisémitisme !

Nous attendons de ce colloque, des interventions de nos invités et des discussions avec le public, plus de lumière sur ces notions d’antisémitisme et d’antisionisme - utilisées trop souvent à tort et à travers - pour mieux servir ce combat contre l’antisémitisme, au nom de l’universalité des valeurs qui sont le fil d’airain de notre mouvement.

En conclusion, puisse cette journée participer à notre mobilisation contre un danger qui est à mes yeux l’allié mortel voire criminel du combat contre le racisme : les réponses communautaires. Tout comme il n’y a pas de réponse noire aux discriminations dont sont victimes les populations noires de France, tout comme il ne saurait y avoir de réponse musulmane à cette islamophobie acceptée, tenace, revendiquée par les extrémistes de tout bord, il n’y a pas non plus de réponse juive à l’antisémitisme. Puissent ces 6 heures être un point de départ pour susciter dans notre pays les conditions susceptibles de réveiller les défenses immunitaires dont les victimes de tous les racismes ont besoin.

Par Différences. La revue - Publié dans : Antisémitisme
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Mardi 14 novembre 2006 2 14 /11 /2006 23:48

 

Nous mettrons progressivement en ligne des articles parus dans les anciens numéros "papier" de Différences, la revue du MRAP, qui sont toujours d'actualité ou ont un intérêt historique

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Par Pierre Stambul,
Adhérent du Mrap à Marseille et Vice-président de l’Ujfp (Union Juive Française pour la Paix)

Intervention au cours du colloque organisé le à Paris par le MRAP sur le thème "antisémitisme et antisionisme" le 13 mai 2006 à Paris.

Cet intervention a été publiée avec les autres dans le numéro 266 (octobre-novembre-décembre 2006) de la revue Différences "papier"

Les initiales du sigle MRAP ont donné pendant longtemps un rôle à part à l’antisémitisme parmi les autres racismes. Cette situation semblait totalement naturelle au lendemain du génocide nazi. Et puis, en 1977, le nom de l’association a changé pour devenir « Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples » (1). En parcourant l’histoire de l’antisémitisme, j’essaierai d’examiner ce qui a fait la spécificité, voire l’unicité de cette forme de racisme. En posant aussi la question : est-il pertinent de faire aujourd’hui de l’antisémitisme un racisme « à part » ? Quelle est la réalité de l’antisémitisme aujourd’hui ? Y a-t-il recrudescence ?
D’autant que la guerre entre Israël et la Palestine a brouillé les cartes. Les confusions entre la religion juive (ou « israélite »), le ou les peuples juifs, l’idéologie sioniste et l’Etat d’Israël sont permanentes. Ces confusions sont délibérées de la part des institutions juives officielles ou plus généralement chez les partisans inconditionnels des différentes politiques israéliennes. Elles aboutissent à une instrumentalisation de l’antisémitisme et du crime absolu que représente le génocide. Systématiquement et sans discernement, toute critique d’Israël, toute forme d’antisionisme devient de l’antisémitisme, transposition du fameux « Arafat est un nouvel Hitler » qui justifiait chez Sharon le refus de négocier. Dans la confusion, on voit un Juif, ancien résistant et humaniste, comme Edgar Morin, condamné pour propos antisémites. En même temps, des antisémites avérés, les Chrétiens Sionistes Américains, sont devenus les principaux bailleurs de fond des colonies de Cisjordanie.
Les vrais antisémites se sont engouffrés dans la brèche. Comme il n’est plus « politiquement correct » et qu’il est même interdit aujourd’hui de déverser les tombereaux de haine raciste qu’un Dreyfus ou un Léon Blum ont pu subir, du coup, certains antisémites instrumentalisent la guerre du Proche-Orient pour expliquer que les crimes bien avérés commis par Tsahal ont pour origine la nature perverse du judaïsme. J’évoquerai le personnage d’Israël Shamir qui fait le lien entre le « vieil » antisémitisme et celui qui avance masqué.

L’antijudaïsme chrétien
Les questions : « qu’est-ce qu’être juif ? » ou « d’où viennent les Juifs ? » sont très complexes. Elles ont pourtant des conséquences très actuelles. Le Peuple Juif s’est constitué à partir du « Livre » (la Bible) qui lui a donné une raison d’être. Il y a toujours eu chez les Juifs un débat, une confrontation entre ceux qui acceptaient « l’autre » (autrefois les divinités des autres peuples ou la domination romaine) et ceux qui estimaient que les Juifs ne pouvaient vivre qu’entre eux. Cette confrontation se poursuit aujourd’hui. Les différentes identités juives et l’antisémitisme sont essentiellement liés à la dispersion (diaspora) qui a commencé avant les deux destructions du Temple. La majorité des Juifs vit toujours hors d’Israël. Bien avant l’Hébreu qui est une langue reconstituée à partir de la langue religieuse, il y a eu les langues juives de la diaspora : ladino, judéo-arabe, yiddish. Ceux qui essaient de « clore » l’histoire du judaïsme en affirmant la centralité d’Israël, en présentant la diaspora comme une longue parenthèse ou en mythifiant un prétendu royaume unifié qu’il faudrait reconstituer, commettent un mensonge historique. Il n’y a évidemment pas de « race » juive. Les Juifs d’aujourd’hui résultent de nombreux mélanges. Les descendants de ceux qui ont quitté la Palestine après la destruction du IIe Temple se sont mélangés avec des Berbères, des Espagnols, ou plus tard des Slaves et des Khazars (2). Et le Peuple Palestinien qui est un peuple autochtone est partiellement issu du monde hébraïque. Il faut donc parler à propos des Juifs de peuple (il serait plus exact de mettre peuples au pluriel) et d’une communauté de destin liée à une religion.
L’histoire du judaïsme diasporique est souvent présentée comme une longue suite de persécutions et de massacres. Il y a pourtant eu des périodes beaucoup plus favorables : sous Charlemagne, en Andalousie, lors de l’arrivée en Pologne ou dans l’empire Ottoman.
Avant le XIXe siècle, le Christianisme est le principal vecteur des persécutions antijuives. Dans le Bas-Empire Romain, le judaïsme est prosélyte et il est en concurrence avec d’autres religions. Dès que le Christianisme triomphe et devient religion d’état, les persécutions commencent. Les Juifs sont victimes de nombreux interdits (dont la possession de la terre), d’expulsions incessantes, de pillages et parfois de massacres. On les accuse d’être déicides ou de commettre des crimes rituels et on leur associe les pires stéréotypes : l’argent, la volonté de dominer le monde … Au Moyen-Âge, toute une série de persécutions se codifient. À l’instar des lépreux, des hérétiques ou des « sorcières », les Juifs sont pourchassés et enfermés dans leurs quartiers qui prendront le nom de juderias en Espagne et de ghettos dans le reste de l’Europe. Les massacres de masse commencent avec la première croisade qui détruit les communautés juives de la vallée du Rhin. Les pogroms les plus meurtriers auront lieu en Espagne (Ecija 1391, le siècle qui suivra sera une lente agonie pour le judaïsme espagnol) et en Ukraine au XVIIe siècle avec les Cosaques de Khmelnitski.
L’histoire des Juifs espagnols préfigure l’antisémitisme moderne. La transformation de l’Espagne en état moderne centralisé se traduit par le massacre, la conversion forcée ou l’expulsion des Maures et des Juifs. En 1492, les Juifs doivent quitter un pays où ils avaient formé jusqu’à 10% de la population et dont ils avaient adopté la langue. Leurs descendants devenus chrétiens (les Marranes) seront pourchassés par l’Inquisition au nom d’une « pureté de sang » qui préfigure le racisme moderne.
Y a-t-il eu persécution des Juifs dans le monde Arabo-Musulman avant le colonialisme et le sionisme ? Clairement, rien de comparable avec ce qu’ils ont subi en pays chrétien. Comme d’autres « religions du livre », dans le monde musulman, les Juifs ont un statut, certes « inférieur » (3), mais qui est quand même une forme de protection. Il y a eu des moments de tension comme au moment de l’invasion Almohade en Andalousie (qui a provoqué l’exode de nombreux Juifs Andalous vers l’Espagne Chrétienne), mais ces tensions n’ont eu aucun caractère spécifique anti-Juif.

L’antisémitisme racial
C’est paradoxalement « l’émancipation » des Juifs, leur sortie du ghetto et leur accès à la citoyenneté, phénomène qui commence en Allemagne puis en France au XVIIIe siècle qui vont permettre le passage de l’antijudaïsme chrétien à l’antisémitisme moderne tout en conservant les stéréotypes anciens sur l’argent, le cosmopolitisme, la volonté de diriger le monde …
Des Juifs se convertissent ou s’éloignent de la religion. On peut donc dire qu’en Europe, l’identité juive n’est plus essentiellement religieuse depuis plus de deux siècles. Devenus « invisibles », les Juifs représentent un obstacle face aux différents nationalismes européens qui émergent dans les empires multinationaux et rêvent de construire des nations ethniquement pures. Le Juif est à la fois celui qui est très proche par le lieu de vie, par la langue, par la culture et qui a en même temps une insupportable différence et est considéré comme « inassimilable ». Tous les nationalismes qui privilégient la Nation et l’ethnie par rapport à la citoyenneté, sont antisémites. C’est à cette époque que naît la classification des peuples en « races », la « race sémitique » étant considérée comme inférieure à « l’Aryenne ».
Dans l’Empire Russe où vivent 60% des Juifs du monde entier vers 1880, ceux-ci sont massivement des prolétaires (ouvriers, artisans, colporteurs) et beaucoup d’entre eux sont gagnés par les idées révolutionnaires. L’antisémitisme s’ajoute à un véritable conflit de classe. Le régime tsariste organise des pogroms meurtriers pour essayer de détourner la colère populaire. En France, l’affaire Dreyfus fait de l’antisémitisme une question nationale. On peut en tirer deux conclusions : à cette époque, la moitié de la société est antisémite. On peut aussi constater qu’il est possible de vaincre les antisémites.
Après la guerre de 14, un véritable consensus s’installe en Europe. Les Juifs sont considérés comme responsables de tout : la guerre, la crise économique, la corruption, la Révolution … Un grand nombre d’intellectuels délirent sur la pureté et rivalisent dans l’antisémitisme le plus agressif. Les lois permettent cette explosion publique de haine. L’avènement du Nazisme a lieu dans un large consensus et dans ce consensus, il y a l’élimination des Juifs. Le Nazisme triomphe dans un pays dont les Juifs avaient adopté la culture et où ils formaient une partie importante de « l’intelligentsia ». Pour s’imposer, les Nazis ont fréquemment assimilé les Juifs et les Bolcheviques. Aucune tentative de minimiser, de relativiser ou « d’euphémiser » le génocide nazi n’est tolérable. Il s’agit bien du rassemblement de toute l’énergie d’un état moderne pour exterminer un peuple et la moitié des Juifs européens y ont perdu la vie. Parmi les morts, beaucoup étaient peu ou pas du tout croyants. La question religieuse a joué un rôle secondaire dans la rationalité meurtrière des Nazis. Auschwitz symbolise l’aboutissement de l’antisémitisme racial et c’est bien parce que la réalité est « indicible » qu’une poignée de révisionnistes essaie aujourd’hui de la nier. Les Juifs en ont gardé un immense traumatisme et la peur « que ça recommence ».

Le sionisme et l’antisémitisme
Vers 1900, à l’Ouest comme à l’Est de l’Europe, les sociétés juives traditionnelles éclatent. En Europe de l’Est, les Juifs adhèrent à différents partis politiques. D’un côté, il y a les socialistes. Ils pensent que la Révolution, en émancipant l’Humanité, émancipera les Juifs. Ils sont contre toute action spécifique juive et quelque part, ils imaginent la disparition du judaïsme avec le triomphe de la Révolution. Face à eux, le Bund, parti révolutionnaire Juif, élabore une idée originale : dans le cadre de la Révolution, les Juifs jouiront d’une autonomie culturelle sur place, sans territoire spécifique. C’est à cette époque que le Sionisme émerge.
Le Sionisme a les mêmes références idéologiques que les différents nationalismes européens, ceux qui donneront naissance à l’antisémitisme moderne. Pour les sionistes, chaque peuple doit avoir un Etat et, comme les autres nationalistes, les sionistes négligent l’existence de minorités dans leur futur état. Le Sionisme repose sur un mensonge fondateur : « la terre sans peuple pour le peuple sans terre ». Il partage avec différents colonialismes cette négation du peuple autochtone. Bien que majoritairement non-croyants, les sionistes iront puiser dans une certaine tradition religieuse revisitée, le lieu où sera bâti le futur état, la future langue et l’idée que la diaspora est une parenthèse qui doit disparaître.
Les sionistes, comme les antisémites, considèrent l’antisémitisme comme quelque chose d’inéluctable, d’impossible à combattre. Comme les antisémites, ils pensent que le « mélange » est impossible, que les Juifs ne peuvent vivre qu’entre eux, dans un Etat Juif où les Non-Juifs n’existeront pas ou seront des citoyens de seconde zone. Les combats pour la laïcité, l’égalité des droits, la citoyenneté … n’intéressent pas les sionistes. Ils transposent le messianisme juif dans la volonté de construire un « Juif nouveau » dans un pays nouveau, ce qui implique de faire table rase de toutes les identités juives de la diaspora.
Pendant longtemps, les sionistes seront très minoritaires parmi les Juifs par rapport aux autres idéologies. Toutes les élections qui ont lieu dans les ghettos de l’Empire Russe, en Pologne ou en Lituanie l’attestent. Quand les Juifs sont violemment expulsés d’Allemagne et d’Autriche en 1938, très peu partent en Palestine. À la veille de la seconde guerre mondiale, il n’y a que 3% des Juifs qui vivent en Palestine. C’est le génocide qui va permettre au projet sioniste de réussir.
Et pourtant, les sionistes n’ont pas joué un grand rôle dans la résistance juive au Nazisme et la façon dont aujourd’hui ils s’approprient la mémoire de l’antisémitisme et du génocide est sans rapport avec leur action passée. Certes, tous les gouvernements, tous les courants politiques ont été aveugles face au Nazisme : les occidentaux à Munich, le régime stalinien en signant le pacte ou le grand mufti de Jérusalem en rendant visite à Himmler en 1942. Les sionistes n’ont pas fait mieux en privilégiant la construction de leur futur état par rapport à toute autre considération. En 1933, Ben Gourion brise l’embargo contre l’Allemagne, décidé par des Juifs Américains. À cette époque, il multiplie les déclarations expliquant que les persécutions antisémites favorisent le projet d’Etat Juif. Inspirateur de Begin et Sharon, Vladimir Jabotinsky, fondateur du sionisme « révisionniste » était dans les années 30 un admirateur de Mussolini. En 1942, le groupe Stern, dirigé par le futur Premier Ministre Itzhak Shamir, a une telle conscience du génocide en cours qu’il multiplie les assassinats de soldats britanniques. En Europe occupée, la résistance juive a été essentiellement communiste, les sionistes n’y ont joué qu’un rôle assez faible (4).
Après la guerre, l’état d’Israël en construction apparaît comme un havre de paix après la destruction du Yiddishland et de ses habitants. L’Occident décide de laver sa mauvaise conscience et sa responsabilité dans le génocide sur le dos du peuple palestinien qui n’avait pas la moindre responsabilité dans ce crime.

L’Etat d’Israël et l’antisémitisme
L’Etat d’Israël existe depuis près de 60 ans. Il a été reconnu par « les instances internationales » dans ses frontières de 1949. Il a été reconnu par l’OLP en 1988. Ce n’est donc pas son existence ou celle du peuple israélien qui sont en jeu dans la guerre actuelle et dans ses conséquences sur la question de l’antisémitisme.
La guerre de 1948 s’est accompagnée d’un certain nombre de crimes de guerre (attestés par les nouveaux historiens israéliens (5)) et par une véritable « purification ethnique » qui a entraîné l’exode de 800000 palestiniens.
Être antisioniste aujourd’hui, ce n’est pas dire qu’il faut jeter les Juifs à la Mer ou détruire l’Etat d’Israël. C’est dire que la Naqba (6) était illégitime, que la confiscation immédiate des terres et des biens des expulsés l’était tout autant. C’est dire qu’un Etat qui se dit Juif en s’arrogeant le droit de parler au nom des Juifs du monde entier et dans lequel les Non-Juifs qui n’ont pas été expulsés sont des sous-citoyens pose un problème grave à tous ceux qui sont les défenseurs de la laïcité, de l’égalité des droits, de l’antiracisme et de la citoyenneté. C’est dire que la colonisation après 1967 et l’arrivée au pouvoir de courants d’extrême droite ou national-religieux en Israël ne sont pas des accidents de l’histoire : au-delà du messianisme et de la volonté de créer un « homme nouveau », le projet sioniste avait dès le départ une composante colonialiste et de négation de « l’autre ».
Après le génocide, l’histoire de l’Etat d’Israël et celle de l’antisémitisme sont étroitement imbriquées. Il ne fait pas de doute qu’après 1945, de nombreux rescapés trouvent refuge en Israël.
D’autant qu’en Europe de l’Est, l’antisémitisme continue sous une forme masquée. En Pologne, il y a le pogrom de Kielce en 1946. Alors que 90% des Juifs polonais ont été massacrés, un antisémitisme sans juif continuera dans le pays, culminant en 1968 avec une nouvelle épuration organisée par le général Moczar. Quand les purges staliniennes déciment les communistes qui ont lutté contre le fascisme en Espagne ou dans la résistance, la plupart des victimes (Lazlo Rajk, Rudolf Slansky, Ana Pauker …) sont des Juifs qui seront bien sûr accusés de « Sionisme ». Cet antisémitisme larvé alors qu’un grand nombre de Juifs avaient placé leurs espoirs dans le « communisme » explique la fuite massive des Juifs ex-soviétiques au moment de la chute de l’URSS.

 

Par Différences. La revue - Publié dans : Antisémitisme
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