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Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /Mars /2010 05:33

Sur l’Etat palestinien

Entretien avec Ilan Halévi

(Conseiller diplomatique à la Délégation générale de Palestine à Berlin)

En marge du Colloque pluridisciplinaire et international « Quel Etat palestinien ? Histoire, réalités et perspectives »organisé à Dijon par l’Université de Bourgogne

Différences : La nature de l’Etat en Palestine est aujourd’hui posée …Les déclarations de Saëb Erekat ont donné quelque consistance à ce débat. Quelle est votre position ?

Ilan Halévi : En premier lieu, indépendamment de mes responsabilités officielles dans les institutions de l’Autorité mais également dans celles du Fatah , je tiens à préciser que Saëb Erekat a parlé à titre parfaitement personnel et que ce brusque revirement - de la part d’un collègue qui s’est depuis plus de quinze ans attaché à demander l’application la plus scrupuleuse des accords signés qu’il a lui-même négociés- représente une rupture à 180 degrés et à mon sens, il me paraît évident que l’on assiste en la circonstance soit à une réaction de colère soit à une tentative d’interpeller ses interlocuteurs en introduisant l’idée de vide ou de la rupture.

Par ailleurs, l’amalgame opéré entre Etat bi-national et Etat laïque et démocratique mérite d’être clarifié. Je suis rentré dans ce que l’on appelait la Révolution palestinienne, il y a un peu plus de quarante ans, parce que j’étais partisan de la formule d’un Etat laïque et démocratique -laïque étant à comprendre dans le sens de non-confessionnel. A cet égard, je tiens à préciser que l’OLP n’a jamais adopté dans sa Charte, le programme d’un Etat laïque et démocratique, ce programme était celui du Fatah, alors même que l’OLP a continué à revendiquer l’Etat arabe de Palestine, d’abord dans les frontières de la Palestine du mandat britannique, mais sans jamais parler d’un Etat laïque.

Dans les déclarations de Saëb Erekat,il ne s’agit pas d’un Etat bi-national. Il est fait plutôt référence à un Etat tri-confessionnel (musulmans, chrétiens et juifs) qui reprend quelque peu d’ailleurs la formulation traditionnelle de la protection islamique sur les gens du Livre –formule qui pêche cependant par le fait qu’elle semble mettre sur un même pied d’égalité, d’un côté les chrétiens qui sont une partie intégrante du peuple arabe palestinien, qui ont été présents dans toutes les étapes de la lutte palestinienne, non pas en tant qu’alliés mais en tant qu’acteurs, et de l’autre, les juifs en Palestine dont 95% sont des étrangers immigrés dans un processus colonial et qui ne font pas partie intégrante ni de la société, ni de la culture, ni de la nation palestiniennes.

De façon générale, il y a une très grande imprécision dans les concepts et le problème de la nature de l’Etat palestinien n’est évoqué, depuis 1967, dans les territoires occupés, que par des intellectuels ou des acteurs politiques à la recherche d’un discours qui puisse exprimer leur sentiment d’urgence et qui reflète bien évidemment l’exaspération du peuple palestinien.

Slogan noble , parfaitement légitime, sans doute dicté par la nécessité de répondre par quelque chose de radical mais qui obéit à une sorte de logique absurde, à une sorte de positionnement qui peut se résumer ainsi : puisque nous n’avons pas réussi à libérer 22% de la Palestine, vous allez voir, nous allons en réclamer 100%… ! Revendication qui va à l’encontre même du principe de réalité qui consiste à prendre acte du rapport de forces réel dans lequel notre action doit s’inscrire On peut comme le disait Friedrich Engels ériger son impatience en principe philosophique… mais c’est parfois un moyen de ne rien réussir.

Différences : Comment définir aujourd’hui l’Etat palestinien ?

Ilan Halévi :. Lorsque l’on parle d’un Etat palestinien aujourd’hui, on parle d’un Etat qui serait, dans le système des Etats-nations, l’expression politique, institutionnelle de l’existence affirmée d’un peuple palestinien qui s’appelle lui-même le peuple arabe palestinien. Et pour être clair, j’insiste, il est bien question de peuple arabe palestinien et non pas du peuple issu de la géographie entre Jourdain et Méditerranée dont l’identité projetée serait commune avec la population étrangère installée au cours du siècle dernier en Palestine et qui ferait qu’un Palestinien arabe, chrétien ou musulman, devrait former un peuple commun avec les immigrants juifs venus d’Europe, et qui absolument isolé du reste de la région n’appartiendrait pas au même peuple que nos frères du Liban ou de Jordanie, qui sont juste à côté de nous, parlent la même langue, partagent la même histoire. Il y a une certaine absurdité abstraite dans cette idée .

L’Etat bi-national structuré en Etat de deux peuples bien distincts et bien reconnus peut représenter une réponse, mais ce n’est pas de cela dont il s’agit en général. Il ne s’agit plus du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes dans un système de fédération ou de bi-nationalisme structuré avec deux parlements ou des institutions mixtes où les deux peuples sont représentés, c’est à un autre modèle auquel on fait référence, plus proche de l’exemple de l’Etat sud-africain.

L’Etat palestinien, c’est l’Etat du peuple arabe de Palestine quelles que soient ses frontières.

 

 

Différences : Parmi ces critiques, le reproche selon lequel la création de l’Etat palestinien légitimerait le fait colonial sur lequel s’est établi l’Etat d’Israël…

Ilan Halévi : La question de l’Etat palestinien ne se résout pas à la question de savoir si en se constituant, il ne constituait pas, par là même, une légitimation a posteriori moralement et historiquement inacceptable du fait colonial sioniste accompli. Il est bien sûr évident que la création d’un Etat arabe palestinien, sans destruction de l’Etat d’Israël, viendra donner une légitimation historique définitive à la balkanisation de l’empire ottoman à la fin de la Première Guerre mondiale. Cependant, parce qu’il sera pratiquement le premier Etat de la région issu de l’aboutissement d’une lutte et non d’un découpage, la légitimité de l’Etat palestinien rejaillira tout à la fois sur Israël mais également sur la division de la région en micro-Etats, division que les mouvements nationalistes arabes nassérien, baasiste ont dénoncé comme une balkanisation impérialiste de la nation arabe unie.

Dans le temps, le dirigeant libyen Khadafi ne reconnaissait pas les Etats-Unis d’Amérique parce que ce pays est une colonie de peuplement et qu’il appartient aux Indiens. Cela est indubitablement vrai, les Etats-Unis qui se sont fondés exactement sur les mêmes bases que celles de l’Etat d’Israël, ni plus morales, ni moins criminelles ,n’ont de ce point de vue aucune légitimité … C’est aussi pour cela d’ailleurs que, lorsqu’on parle de l’alignement américain sur Israël, il faut comprendre qu’il a des racines culturelles profondes. N’oublions pas qu’aux Etats-Unis, les mots « colons » et « colonies » ont un sens positif. Pour un Américain, il y a quelques difficultés à suivre le raisonnement des Palestiniens, cela équivaudrait en quelque sorte à reconnaître qu’en tant que colon, il n’aurait aucun droit sur son pays !

L’Etat palestinien, c’est d’abord l’expression de la volonté du peuple palestinien d’exister en tant que peuple à travers un Etat, parce que l’on vit culturellement et politiquement dans le système dominé par l’organisation du monde en Etats-nations … Les Palestiniens ne peuvent être tenus pour coupables d’avoir été incapables d’inventer malgré leurs souffrances ce que le reste de l’humanité n’a pas encore inventé, c’est à dire le dépassement du nationalisme ! Défi exorbitant pour une petite province ottomane sur laquelle s’abat une tragédie démesurée et qui au cours des décennies a mis en œuvre individuellement et collectivement des stratégies de survie inimaginables.

 

 

Différences :La recherche de nouvelles voies ne vient-elle pas du fait que la situation apparaît comme totalement bloquée? Plus qu’une opposition politique n’est-ce pas là la traduction d’un certain désespoir ?

 

Ilan Halévi :Si le droit à la critique est un droit légitime qui doit être reconnu à tous, y compris sur la façon dont un peuple doit mener sa lutte, il ne faut cependant pas en arriver au point de se substituer au peuple, de décider à sa place, de savoir mieux que lui ce qui est bon pour lui en se ralliant à des opinions qui, certes, peuvent exister dans la société palestinienne laquelle est pluraliste mais qui ne sont pas l’expression d’un consensus ou d’une majorité.

Admettre que la situation est devenue impossible, c’est se résoudre à admettre que l’on est face à un problème insoluble, éternel ; c’est exactement ce que les dirigeants israéliens veulent que l’on pense. C’est ce qui a été repris par les néo-conservateurs, qui donnaient le ton à Washington, qui estimaient qu’il n’y avait pas de partenaire palestinien, que les positions des parties étaient irrémédiablement distantes, et qu’il n’y avait pas de solution en vue au conflit israélo-arabe d’ici vingt ans … et qu’en conséquence ce qui pouvait être fait par contre tout de suite était d’envahir l’Irak, de renverser l’Afghanistan, de bouleverser le Pakistan.

Nous renvoyer à des discours radicaux, sans prise sur le réel, avec la conviction que toutes les solutions qui semblaient réalistes avaient échoué, qu’il n’est plus la peine de les poursuivre, ne peut en définitive que faire le jeu de ceux qui veulent désespérer, nous désespérer, vous désespérer.

Il est vrai que toutes les démarches radicales sur le recours à la solution de l’Etat bi-national ou de l’Etat unitaire peuvent être séduisantes intellectuellement. Quant à la dissolution de l’Autorité qui prend argument sur le fait que les Israéliens se trouveraient dans l’obligation de prendre en charge financièrement la situation, alors même que ce seront bien évidemment les contribuables américains et européens qui paieront comme d’habitude, il est bien évident que les Israéliens ne vont pas s’embarrasser de cela.

Arrêter le peu que l’on a pu faire dans le domaine de la santé et de l’éducation et laisser l’occupant le prendre en charge –comme si on était mieux dans les hôpitaux du gouvernement militaire israélien, même s’ils sont mieux équipés- c’est ne pas prendre en compte l’ensemble du rapport humain et l’importance de l’insertion sociale de la santé, de l’éducation et de bien d’autres secteurs dans la vie des gens.

 

 

Différences : Les accords d’Oslo ne sont-ils pas pour une grand part responsables de la situation actuelle ?

Ilan Halévi : Tout d’abord, les accords intérimaires n’avaient pas la prétention à être des accords de paix. Par ailleurs, les Palestiniens ne sont pas le seul peuple colonisé à avoir signé des accords intérimaires. Pratiquement tous les pays sous domination coloniale sont parvenus à l’indépendance après des périodes d’autonomie intérimaire. Il y a toujours eu une transition entre la colonisation et l'indépendance. L’acceptation d’une période intérimaire de cinq ans par la direction palestinienne s’inscrivait dans cette perspective.

Sans doute y avait-il quelque naïveté à croire que sans finalité définie et en laissant des points à la merci de la volonté de l’autre partie, la dynamique allait continuer. Cela s’est arrêté dès que Rabin a été assassiné. Rabin vivant, cela marchait mal, mais cela marchait.

La myopie de nos négociateurs est certaine qui avaient signé des accords dans lesquels n’étaient prévus ni arbitrage, ni garanties, ni vérification du calendrier, ni vérification de l’application …si bien que la mise en pratique des accords d’Oslo s’est révélée désastreuse. Mais ceux qui veulent à tout prix faire porter la responsabilité sur les accords d’Oslo, non seulement font porter à Oslo le chapeau de Madrid et d’autres négociations qui à l’époque n’ont pas été critiquées et qui pourtant étaient encore plus draconiennes pour les Palestiniens que les accords d’Oslo. L’idée d’une période intérimaire n’est pas une trahison ; il n’y avait pas le choix entre une période intérimaire et l’indépendance tout de suite et elle n’a pas été acceptée par les dirigeants palestiniens parce que cela leur faisait plaisir.

Abou Mazen qui à l’époque n’était ni premier ministre, ni président mais un dirigeant de l’OLP en charge des relations internationales avait dit, à Tunis, devant un petit groupe de cadres, que cette période intérimaire était peut-être une aubaine et devant les interrogations des présents avait fait remarquer que cela permettrait peut-être à une société civile de se constituer avant que nous soyons autorisés à constituer une nouvelle dictature arabe…

C’est un fait qu’avec le retour des institutions de l’OLP sur le territoire, le pari a été d’essayer de construire les fondements de l’Etat avant d’avoir la souveraineté alors qu’en règle générale, dans l’histoire de la décolonisation on acquiert d’abord l’indépendance et ensuite on construit.

Construire sans souveraineté, comme dans le cas de la Palestine, est très difficile : il faut tout à la fois affronter d’un côté tous les problèmes, toutes les contradictions d’un mouvement de libération parce que l’on n’a pas encore libéré le territoire, et de l’autre les contraintes d’un Etat en voie de développement parce que l’on a commencé sa construction dans les conditions de la dépendance et de la crise permanente et structurelle entretenue par l’occupation.

Paradoxalement pour les Palestiniens, le seul précédent est celui de la construction de l’Etat d’Israël qui, à l’époque du mandat britannique, s’est construit en Palestine économiquement et institutionnellement avant d’obtenir politiquement l’indépendance.

 

 

Différences : Quelles sont à votre avis les conditions nécessaires pour réaliser ce double défi de construire un Etat tout en n’exerçant pas la souveraineté ? Comment réagit la société palestinienne ?

Ilan Halévi : Si on est un mouvement de libération, on a besoin d’unité nationale. Si on est un pays en voie de développement, on a besoin de démocratie, de libre débat, de pluralisme politique .

Si on veut pouvoir négocier ce qui n’est pas libéré, ce qui n’est pas résolu, on a besoin d’un mandat qui repose sur un consensus national et non pas sur un pluralisme de parti où chacun dit ce qu’il veut, où chacun ne représente pas plus que ce qu’il représente au Parlement, c’est à dire dans le meilleur des cas 32 à 35% de l’électorat.

Ce que les Israéliens prétendent vouloir instaurer, et c’est la litanie de Netanyahou « L’Etat palestinien n’aura ni ceci, ni cela, ne sera pas ceci, pas cela » ne doit pas nous impressionner. S’ils s’imaginent qu’ils vont trouver un Palestinien pour accepter ce genre de proposition … Il n’y a pas dans la société palestinienne de courant capitulard. Depuis des années, toutes les pressions de la société sur les directions palestiniennes vont dans le sens de la fermeté. Il n’y a aucun courant, aucune assise sociale à la collaboration qui ne peut être que le fait d’individus soumis au chantage, tenus ou vendus. Il n’y a pas de couche sociale qui ait pu trouver un intérêt quelconque à la collaboration.

Que des dirigeants comme Sharon aient pu dire qu’il fallait que les Palestiniens se sentent vaincus montre à quel point ils n’ont rien compris, certains toutefois manquant totalement de sincérité sachant parfaitement qu’il n’y avait aucune chance que cela se produise. Les Palestiniens ne se sont pas sentis vaincus en 1948 alors que les 3/4 d’entre eux ont été chassés de leurs maisons, rayés de la carte ; de même ils n’ont pas été vaincus en 1967 quand les Israéliens ont conquis le reste de la Palestine, ni quand ils ont quitté Beyrouth et Tripoli…Et même si le peuple palestinien est en colère, il n’est toutefois pas un peuple désespéré. Et même si des expressions de désespoir existent et s’expriment aussi politiquement, elles n’en restent pas moins minoritaires.

L’aspiration des Palestiniens à la normalité qui fonde leur désir de trouver une solution pacifique est profonde. Ce n’est pas un peuple qui se sent des dispositions particulières pour l’héroïsme. Il veut une vie normale, se consacrer à l’éducation de ses enfants, à sa propre santé. Et c’est cela qu’on lui nie et qui fait l’injustice énorme et révoltante de cette situation. Cela n’est pas seulement l’affaire des Palestiniens ou en relation avec les intérêts stratégiques des Etats. C’est également une tragédie qui touche humainement les gens dans leurs sentiments et leurs exigences morales.

 

 

Différences : Quel bilan dresser du changement d’Administration aux Etats-Unis, des répercussions de l’opération « Plomb durci » sur la volonté d’agir des opinions publiques qui contraste avec l’inaction des gouvernements, en Europe particulièrement ? De quelle façon, la situation peut-elle évoluer ?

 

Ilan Halévi : Face à la situation qui est faite au peuple palestinien, on ne peut, à partir d’aucune analyse radicale et intellectuellement satisfaisante, baisser les bras. On peut toujours faire quelque chose, mettre son poids dans la balance pour que ce soit moins pire, pour que quelques individus souffrent un peu moins. A l’endroit où se déploient les missions civiles du mouvement de solidarité européen, quand elles sont présentes sur place, la brutalité de la soldatesque occupante diminue quelques heures. La présence constante de ces missions civiles serait un véritable mécanisme de dissuasion. Les Israéliens ne veulent pas de témoins. Quand on va sur place, qu’on est témoin, on met incontestablement un grain de sable dans la machine de l’occupant, dans les rouages de sa machine à censurer, à mystifier, à oblitérer les faits.

Dans le blocage politique d’aujourd’hui, il faut voir, face à l’impuissance européenne et à la reculade américaine, ce qui peut aider à la reconstitution d’un rapport de forces au lieu d’accepter ce que disent les Israéliens.

Il y a au niveau global comme aux niveaux européen , arabe ou palestinien des événements, des processus qui permettent de recomposer sinon une stratégie du moins une perspective de poursuite de la lutte.

- Au niveau global, il est vrai que l’Administration américaine s’est révélée impuissante à casser l’intransigeance israélienne sur la question des colonies. Si cela constitue un signal déprimant, il n’en reste pas moins que le discours global produit par Washington s’est considérablement infléchi, même si les discours ne suffisent pas. Néanmoins, dans un dispositif comme celui des guerres globales orchestrées par la puissance américaine, le discours est très important. La disparition de l’islamophobie officielle comme doctrine d’Etat tout comme la disparition du discours sur la guerre, sur la guerre contre le terrorisme, marquent un infléchissement très important, même si cela n’a pas été traduit par des actes, même si Obama est revenu sur sa décision de fermer Guantanamo, s’est enlisé plus que jamais en Afghanistan, n’a rien résolu en Irak et s’enlise au Pakistan.

- En Europe, une bascule s’est également opérée, plus dans les opinions publiques qui condamnent les pratiques israéliennes que chez les décideurs ou dans les médias dont la frilosité voire la servilité sur cette question-là est largement partagée à quelques exceptions près.

En la matière, on a affaire à des processus qui sont des processus d’accumulation où, jusqu’au dernier moment, jusqu’à ce que cela saute, on a l’impression que rien ne bouge. On assiste à l’accumulation d’un ras-le-bol européen à l’égard de la politique israélienne, dans un contexte particulier dans lequel le gouvernement israélien est internationalement isolé avec Lieberman.

Sur le plan pratique, si on regarde les détails des exactions et des crimes commis par l’armée israélienne ou ceux de la colonisation, les gouvernements d’Ehoud Barak n’étaient pas du tout meilleurs que celui de Nétanyahou et Lieberman, mais ils mystifiaient l’opinion libérale, progressiste, dans le monde entier, alors que Netanyahou et Lieberman en sont complètement incapables. Il y a une modification du climat en fonction d’eux et qu’il faut savoir utiliser.

- Au niveau palestinien, je tiens à dire que si le dernier congrès du Fatah n’a pas été à cent pour cent démocratique comme pouvaient l’espérer les courants les plus démocratiques, il n’en a pas moins répondu aux 2/3 de leurs exigences.

D’autre part, les 2/3 de la vieille direction ont été éliminés et renvoyés à une retraite bien méritée.

En outre, il a été adopté un quota de 20% de femmes dans toutes les institutions du mouvement, ce qui est nouveau dans la culture politique des partis de la région et qui pour la société palestinienne et le Fatah représente un acquis.

Enfin, point très important, le congrès a mis fin à la discussion stratégique qui pendant dix ans et même plus a polarisé le débat entre partisans de la poursuite de la lutte armée et partisans de la négociation qui ne se donnaient pas les moyens de transformer le rapport de forces hors de la négociation. Le congrès a adopté comme ligne stratégique centrale, la lutte de masse non-violente contre l’occupation, c’est à dire a adopté la stratégie des comités et des petites organisations locales (qui, avec leur soutien international organisent des manifestations hebdomadaires contre le mur) comme modèle de lutte populaire que le Fatah doit encourager pour créer dans la rue le rapport de forces qui donnera aux négociateurs palestiniens la possibilité d’avancer.

Par Différences. La revue - Publié dans : Israël-Palestine
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Commentaires

Israël Palestine - Quels rêves reste-t-il ?

Devant ce qui apparaît de plus en plus comme une impasse (la quasi impossibilité de créer un état Palestinien "viable" aux côtés d’un Israël expansionniste), pourquoi ne pas aborder le scénario d’une "République Israelo-Palestinienne" (les deux peuples dans un seul Etat) comme un aboutissement inéluctable de ce conflit de près d’un siècle ?

Vision utopique ? C’est sans doute, historiquement, le scénario le plus réaliste, quelque soit la forme que prendra constitutionnellement cette union, quelques soient les compromis qui la constitueront (non retours de tous les réfugiés, etc), quelque soient les appréhensions de déséquilibres démographiques, culturels, quelques soient les drames qui vont encore éclater auparavant, etc

Je recommande pour qui veut voir une mise en perspective simple, claire et équilibrée de ce conflit épineux, embrouillé et passionnel: un article, une video et une question-débat ( http://www.pnyx.com/fr_fr/poll/568 ) qui interpellent cette option d’un seul Etat pour deux Peuples.
Commentaire n°1 posté par OrangeOrange le 13/03/2010 à 16h09

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