Partager l'article ! Paroles de Palestine : Kamilja Jubran: Kamilja Jubran Chanteuse du groupe « Sabreen » Article paru dans Différences n ...
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Kamilja Jubran
Chanteuse du groupe « Sabreen »
Article paru dans Différences n° 214 de janvier 2000.
Vivre sous l'occupation israélienne, coupés des contacts historiques et politiques avec le monde arabe, notre « monde naturel », a de graves répercussions sur notre vie de Palestiniens. Ce sont les standards économiques et culturels israéliens qui s'imposent, le marché israélien qui contrôle tout, même la langue ! Et à Jérusalem particulièrement – où l'Autorité ne peut agir – on assiste de la part des Israéliens à une tentative très claire d'effacer l'identité palestinienne. Ici, dans le milieu culturel tout le monde se connaît, on essaie d'être solidaires, de mettre en place des réseaux et les ONG nous offrent parfois des supports.
Notre groupe a réussi à créer sa propre maison de production, nous animons des ateliers de musique et essayons de promouvoir des échanges culturels comme cela a été le cas récemment avec le British Council (service culturel britannique) : un groupe folklorique de dix-neuf jeunes de la vieille ville est parti au Pays de Galles (certains quittant pour la première fois Jérusalem). Avec la France, ce sont surtout des échanges individuels, des résidences pour artistes, ainsi à Epinay-sur-Seine par exemple où dans le cadre des manifestations culturelles pour la Palestine, un écrivain algérien va monter une pièce de théâtre écrite avec des Palestiniens. Avec Israël, les échanges culturels n'existent pas, il faudrait un profond changement politique, nous permettant, à nous Palestiniens, d'être nous-mêmes. Pour l'instant, les contacts sont plutôt individuels ou le fait de petits groupes.
Pour nombre d'Israéliens encore, quand tu es palestinien, si tu trouves à manger, si tu trouves du travail, si tu fais de la musique, tu résistes, tu fais la guerre ! Comment alors établir des échanges ? Pourtant, avec les immigrants juifs venant des pays arabes, nous avons la même culture. Ils écoutent Oum Kalsoum ou Farid El Atrache plus que dans les maisons palestiniennes. Les ashkénazes d'Europe occidentale et de l'Est, dont l'influence est prépondérante, leur ont même reproché de trop ressembler aux Arabes ! Cela a d'ailleurs créé une ambiguïté dans l'identité culturelle des séfarades. Et en Israël, où sévit encore un certain racisme à l'encontre des juifs arabes, cela provoque une grave déchirure au niveau politique.
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