Partager l'article ! Iran : poursuite de la répression (Karim Lahidji): Entretien avec Karim Lahidji , président de la Ligue des Droits de l’Homme ...
|
|
Différences. La revue
Ce site est celui de militants du MRAP,
Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples.
Il a pour ambition d'être un espace de discussions
et de débats sur les thèmes d'action du MRAP.
Les points de vue qui y sont exprimés
le sont en toute liberté
et n'engagent pas le MRAP
|
|
|
Textes à débattre : |
1962-2012 Dossier spécial: "Algérie" pour les 50 ans des accords d'Évian |
1961-2011
|
|
Débat : Les « Blancs », le racisme « anti-blanc » et les « Indigènes de la République ». |
Réalisé le 5 février 2010
IRAN : POURSUITE DE LA REPRESSION
Différences :Quel est l’état de la répression aujourd’hui ? De quelles informations disposez-vous ? Quel bilan en dresser ?
Karim Lahidji : Entre juin et fin juillet 2009, c’est-à-dire au lendemain de la présidentielle, le nombre d’arrestations, confirmé par nos sources sur place, s’élevait à au moins 4 000.
En août dernier, le régime a confirmé qu’il y avait toujours entre 700 et 800 personnes en prison pour lesquelles des procès ont eu lieu devant des tribunaux révolutionnaires –c’est durant cette période que les autorités ont montré à la télévision quelques séances de simulacres de procès dont celui intenté à Clotilde Reiss. On a pu voir ainsi des gens connus, de toutes tendances, toujours en tenue de prisonniers de droit commun, des intellectuels, des journalistes, des personnes de l’entourage de Moussavi, de Khatami, à côté de personnes que l’on ne connaissait pas. Apparemment au bout de trois séances télévisées, après les nombreuses protestations tant en Iran qu’au niveau international, les autorités se sont rendu compte que cette médiatisation ne jouait pas en leur faveur. En conséquence, elles ont cessé la retransmission des procès et rendu encore plus difficile l’accès aux procès auxquels jusque –là certains journalistes avaient pu assister.
Depuis la journée de commémoration de l’Achoura, fin décembre 2009, les autorités ont arrêté plus de 2 000 personnes, ce qui fait qu’aujourd’hui d’après nos informations, plus de 3 000 personnes sont en prison. Selon le chef de la police, 70% de ces personnes avaient été arrêtées « grâce aux informations données par le peuple » pour reprendre la terminologie utilisée, après diffusion par la télévision des photos des personnes recherchées, déclaration qui cherche à accréditer que le régime a une base populaire, dans le cas présent populiste serait mieux adapté.
Différences : Comment se passent les procès ?
Karim Lahidji : Après le fiasco de la médiatisation des procès, il n’ y a plus de publicité des débats. Les procès se déroulent dans un huis clos total, la présence même des avocats des accusés n’est pas autorisée, le tribunal révolutionnaire choisissant lui-même les avocats, commis d’office et qui n’appartiennent pas au barreau. Le pouvoir judiciaire a créé pour l’occasion une sorte de barreau parallèle qui délivre lui-même des permis d’exercer à des avocats qui n’appartiennent ni au barreau de Téhéran ni à celui d’aucune autre ville de province. Situation inédite qui voit, en l’état actuel, des avocats professionnels dont le permis est délivré par le barreau et des avocats dont le permis est délivré par le pouvoir judiciaire.
Bien entendu, la servilité de ces avocats nommés d’office est évidente. Peu enclins à ferrailler avec l’accusation et à mener bataille, ils ont tendance à demander toujours pardon pour leur client, à présenter des excuses. De temps en temps, une petite dépêche de l’agence officielle IRNA nous apprend que l’avocat de l’accusé numéro 1 – on ne donne pas le nom des accusés- a reconnu que son client avait fait une bêtise et qu’il demandait pardon.
Depuis octobre dernier, nous savons que des dizaines de personnes ont été condamnées à de lourdes peines, de huit à dix ans. Dans la plupart des cas, leur dossier se trouve devant la juridiction d’appel –juridiction également révolutionnaire- et sans que leur avocat puisse intervenir.
Plus grave, début février, on a appris l’exécution de deux jeunes aperçus durant les simulacres de procès, leur condamnation à mort pour appartenance supposée à une organisation royaliste, ayant été confirmée par la juridiction d’appel. Leur avocate qui n’a été autorisée à aucun moment à se présenter ni devant le tribunal révolutionnaire en première instance ni en appel, a fait remarquer que ses clients avaient été arrêtés deux mois avant l’élection présidentielle. A aucun moment par conséquent, ils n’avaient pu participer au mouvement de protestation qui a suivi la proclamation des résultats de la présidentielle. D’autre part, des doutes sérieux sont à prendre en compte quant à leur appartenance à une organisation monarchiste dans le sens où cette organisation, fortement soupçonnée de n’être qu’une création des services de renseignements iraniens, de fait n’existe pas.
Différences : Sur quelles bases juridiques cette sentence de mort a-t-elle été prononcée? Quels sont les arguments avancés par l’accusation ?
Karim Lahidji : Dans le Code pénal iranien, il y a un terme qui a été adapté de la charia ; « mohareb », c’est-à-dire celui qui fait la guerre contre Dieu. Selon le Code islamique « contre Dieu » cela équivaut à dire contre le République islamique.
Par ce biais-là, tous les partis, toutes les organisations politiques qui mènent la lutte contre la République islamique sont considérées comme des moharebs. Cette accusation fut portée à l’encontre des Moudjahiddins qui dans les années 80 ont mené la lutte armée contre la République islamique, elle fut également portée contre certains monarchistes appartenant au régime précédent, qui accusés de mener la lutte armée, ont été exécutés en conformité avec cet article du Code pénal. Pour reprendre ce type d’exécutions qui n’existaient plus depuis la purge de 1988, le régime a avancé comme prétexte l’appartenance de ces deux pauvres personnes, âgées de 19 et de 30 ans à une organisation royaliste fictive.
De cette façon, en réactivant cette accusation conforme à la loi, le pouvoir cherche avant tout à intimider la population surtout après la journée sanglante de l’Achoura parce qu’il craint que de grandes manifestations de protestation ne se produisent à l’occasion du 11 février prochain, date anniversaire de la fondation de la République islamique.
Différences : La communauté baha’ie a été également très fortement réprimée. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Karim Lahidji : Depuis une vingtaine d’années, il n’y avait plus eu d’exécutions capitales. Cependant il y a actuellement des dizaines de baha’is qui sont en prison. Dans leur communauté, il n’y a pas de clergé, c’est un groupe dirigeant qui gère la vie quotidienne. Depuis un an et demi, sept personnes de cette direction sont en prison. Dernièrement, on a parlé de leur procès qui se tient également à huis clos et qui apparemment n’est pas encore terminé.
Outre leurs dirigeants, il y a peut-être une dizaine de baha’is qui sont actuellement en prison, accusés comme toujours d’espionnage au profit d’Israël pour la simple raison que le prophète des baha’is a été enterré à Haïfa où il vivait en exil, à une époque où Haïfa était sous l’empire ottoman et où, par conséquent, Israël n’existait pas encore ! !
Les baha’is se retrouvent ainsi de fait après la création d’Israël en relation avec ce pays, ce que ne manque pas d’instrumentaliser le régime actuel -sous l’ancien régime, ils étaient considérés comme une minorité, et n’étaient pas inquiétés : le médecin du Shah était un baha’i, d’autres baha’is étaient de grands avocats.
Raison peut-être plus profonde, dès le départ, le régime islamique n’a pas reconnu la foi baha’ie comme une religion au même titre que les trois minorités religieuses qui sont reconnues par la Constitution iranienne, les chrétiens, les juifs et les zoroastriens qui pratiquent la religion ancienne de l’Iran. A cela des facteurs théologiques, pour les chiites, la religion baha’ie par son origine et sa nature n’est pas conforme à la religion musulmane.
Ainsi même si dans la religion baha’ie, une interdiction frappe ce qui concerne l’activité politique- un baha’i ne peut à aucun moment participer à des activités de cet ordre- tous les membres de cette religion, mais surtout leurs dirigeants, dès leur arrestation sont considérés comme des opposants à la révolution islamique et accusés d’espionnage dans un amalgame qui sert les intérêts du pouvoir.
Différences : Des sanctions ont été décrétées par les Occidentaux à propos du nucléaire iranien et non pas pour que le régime respecte les droits de l’homme. Comment agir pour aider les Iraniens ?
Kariim Lahidji : Nous, en tant que démocrates et militants des droits de l’homme, nous ne sommes ni favorables aux sanctions économiques, ni favorables à des sanctions contre la République islamique uniquement en rapport avec le dossier nucléaire.
Un régime qui tire sur des manifestations pacifiques, qui tue, n’est pas un régime avec lequel on peut être toujours en dialogue, même critique. Il faut des actes, des sanctions politiques dont la plus efficace serait d’empêcher les dirigeants actuels de sortir du pays. Ce que nous demandons, c’est que l’on ferme le ciel iranien.
Mais il ne faut pas se faire d’illusions, c’est un régime qui est prêt à tout pour se perpétuer, prêt à faire des centaines de morts, prêt à perpétrer des crimes contre l’humanité. Nous avons vu cela au Darfour par exemple, de la part de leurs alliés islamico-idéologiques.
Outre le fait de mettre des entraves à leur liberté de voyager, de leur interdire l’accès aux pays occidentaux et de restreindre leur marge de manœuvre politique, il est possible également d’agir sur le plan économique et financier car je crois savoir que les dirigeants iraniens détiennent à l’étranger des biens et des avoirs qui pourraient être mis sous séquestre ; en somme, sanctionner les dirigeants plutôt que le peuple. On a vu avec l’Irak, et le destin tragique de son peuple, l’inefficacité des sanctions économiques.
LE REGIME IRANIEN APRES LA
PRESIDENTIELLE DE 2009
L’IRAN ET LE NUCLEAIRE
Tous droits réservés. Différences.
| Juin 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | ||||||||
| 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | ||||
| 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | ||||
| 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | ||||
| 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | |||||
|
||||||||||
Derniers Commentaires