Partager l'article ! Hakim Ajimi. Sur le long chemin pour la justice … La lutte continue: Hakim Ajimi Sur le long chemin pour la justice … La lutte ...
|
|
Différences. La revue
Ce site est celui de militants du MRAP,
Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples.
Il a pour ambition d'être un espace de discussions
et de débats sur les thèmes d'action du MRAP.
Les points de vue qui y sont exprimés
le sont en toute liberté
et n'engagent pas le MRAP
|
|
|
Textes à débattre : |
1962-2012 Dossier spécial: "Algérie" pour les 50 ans des accords d'Évian |
1961-2011
|
|
Débat : Les « Blancs », le racisme « anti-blanc » et les « Indigènes de la République ». |
Après les audiences du procès des responsables de la mort d’Hakim
Ajimi qui se sont tenues du 16 au 20 janvier au Palais de Justice de Grasse, l’affaire de ce jeune grassois, qui a trouvé la mort au cours d’une interpellation policière aussi brutale que disproportionnée, est entrée au bout de
quatre ans d’efforts dans une phase judiciaire cruciale.
Alors même que les nombreux témoignages, la déposition du formateur des formateurs de la police, ou le rapport de l’ancienne Commission nationale de la Déontologie
de la Sécurité (CNDS) qui utilisait les termes « d’inhumanité » et « d’usage de la force sans justification » étaient autant d’éléments à charge contre les policiers, les réquisitions
du procureur ont suscité une légitime incompréhension – d’autant qu’il avait lui-même fait état durant les débats de « fuites effarantes de responsabilité » et d’« actes d’une extrême
gravité ». Les peines requises, toutes assorties d’un sursis simple, ont conduit la famille et le Comité de soutien à quitter la salle d’audiences.et provoqué les réactions indignées de
nombre d’associations.
A Grasse, une question taraude bien des esprits : les réquisitions auraient-elles été si minimes si la victime n’avait pas été un jeune Tunisien des quartiers
populaires mais le fils d’un notable grassois ? Une question qui montre bien que pour nombre d’habitants de cette ville, il n’est pas infondé de parler d’une justice de classe.
Si le jugement ne sera prononcé que le 24 février, la mobilisation pour que justice soit rendue à Hakim ne faiblit pas et une nouvelle manifestation, suivie d’un
forum citoyen, s’est tenue sur la place du Cours à Grasse, le 20 janvier.
Touchés par la mort de Hakim, nombre de Grassois, dès le début, dans un même élan d’indignation, se sont mobilisés, conscients que le meurtre de Hakim est une atteinte intolérable à la vie humaine, un état de fait extrêmement préoccupant pour la démocratie, les libertés et le fonctionnement des institutions républicaines : la police et la justice particulièrement. Tous partagent l’évidence que si aujourd’hui Hakim est la victime, demain cela pourra être n’importe lequel des Grassois, d’autant plus s’il appartient à une classe défavorisée. Et comme l’a dit un des intervenants du forum du 20 janvier « Aujourd’hui, je me mobilise pour la mort de Hakim, demain si c’est François qui est la victime, je serai tout autant mobilisé ».
Cette solidarité dans le drame que constitue la mort d’un jeune de 22 ans rend encore plus inacceptable l’absence flagrante de tous ceux qui ne cessent d’invoquer
un prétendu communautarisme mais qui ne sont cependant pas présents dans les mobilisations citoyennes lorsqu’il s’agit de condamner les faits les plus graves et les plus répréhensibles qui
concernent pourtant l’ensemble de la société.
Ainsi, à l’exception du syndicat CGT qui a apporté son concours dans la prise en charge matérielle (comme la mise à disposition de ses locaux), les autres syndicats ont fait preuve d’une discrétion plus que remarquable ! Il en est de même des partis politiques. Exceptés ceux communément classés à la gauche de la gauche, l’absence des partis ne peut simplement s’expliquer par la proximité des échéances électorales. Même si comme ils le prétendent, ce combat n’est pas payant électoralement, leur désertion n’est-elle pas le signe manifeste à la fois d’un désintérêt pour des classes populaires stigmatisées et d’une cécité politique qui laisse perplexe quant à une réelle volonté de changement, permettant l’épanouissement d’un véritable vivre ensemble.
Si les interpellations en direction de l’actuel gouvernement sont restées sans réponse, et ce constat est partagé par tous les acteurs des quartiers populaires, le
sentiment se développe qu’il n’y a rien à attendre des politiques en général.
Dans le long parcours pour que la vérité soit établie et que justice soit rendue, défendre la mémoire des victimes, c’est éviter l’oubli qui est à l’œuvre et qui
profite toujours aux coupables. Sortir la victime de l’anonymat est impératif. A ce sujet, on se souvient de la mort de Mamadou Marega qui longtemps avait été dépouillé même de son nom, jusqu'à
n’être plus désigné que sous le vocable du « Malien ».
Donner un visage à Hakim, faire vivre sa mémoire, inscrire la mobilisation dans la durée a toujours été une préoccupation qui ne s’est jamais démentie, un
élément dont on ne mesure pas toujours l’importance. Hakim reste ainsi, par-delà sa mort, un homme à qui l’on a ôté la vie, un être humain avec, comme tout un chacun, ses qualités et ses
défauts et dont les policiers ont finalement à répondre de la mort.
Plus profondément, si le mouvement a pu
s’inscrire dans la durée, on le doit en premier lieu au comportement des parents de Hakim, d’une grande dignité. Quatre ans après la mort d’Hakim, les messages de sympathie et de soutien reçus par la famille,
avant, pendant et après le procès témoignent de son attitude exemplaire, -une attitude qui a certainement contribué de façon déterminante à l’image positive des mobilisations et au soutien sans
faille que tous les participants continuent à apporter à la lutte.
Cette image positive, on la doit également au calme qui a toujours prévalu lors des diverses
manifestations mais qui n’exclut aucunement ni la détermination ni l’opiniâtreté. Un calme qui n’est jamais résignation mais l’assurance de mener, malgré les difficultés et les obstacles, un
combat juste, qui, dans les conditions de fonctionnement des institutions ne peut s’inscrire que dans la durée sachant que le pouvoir est invariablement du côté de ses serviteurs les forces de
l’ordre….qui défendent l’ordre établi !
Un calme et un sang-froid qui participent à la déconstruction de l’image véhiculée par les médias sur les quartiers populaires et qui est accolée invariablement aux
jeunes des quartiers dits « sensibles », image négative que bien des « responsables » politiques reprennent à leur compte par démagogie, raisons électoralistes ou préjugés aux
relents de colonisation.
Quatre années de luttes sans que la mobilisation faiblisse, c’est le signe évident d’une grande maturité du mouvement, porté par une exigence claire et tenace
de justice et de réparation, sans la moindre ombre de vengeance. Un mouvement qui a toujours eu la conscience aiguë que tout dérapage, tout faux pas pouvait être exploité et se retourner contre
les objectifs de la lutte.
Parallèlement aux mobilisations qui se sont succédé, la tenue d’un Colloque Police-Justice-Citoyen, le 5 février 2011, a sans aucun doute permis de dépasser le caractère émotionnel fort que représente la mort inadmissible d’un jeune homme.
La réflexion engagée sur l’idéologie sécuritaire, le rôle de la police, l’analyse critique des institutions a permis à tous d’élargir le champ d’analyse et de
comprendre, à partir des interventions de Mathieu
Rigouste, Sihem Souid et Pierre Tevanian, les raisons profondes, idéologiques, systémiques qui conduisent à la
multiplication des violences entraînant la mort. En somme, prendre conscience qu’au-delà du comportement individuel des policiers et de la violence à l’état brut de certains agents des
forces de l’ordre, on a affaire à une véritable violence d’Etat prise en charge et exercée par l’institution même.
Comment aussi ne pas faire le lien entre les déclarations de responsables au plus haut niveau de l’Etat, l’impunité totale ou la clémence dont bénéficient les
forces de l’ordre et le développement des violences meurtrières commises par des policiers ? Une impunité qui s’apparente à un véritable permis de tuer. Et ce ne sont pas les
réquisitions prononcées à Grasse qui vont infléchir ou inverser cette tendance…
Après l’intervention du porte-parole du comité de soutien, les appels qui se sont succédé lors du forum, ceux de la famille, des proches, du Comité de soutien comme ceux des représentants des autres Comités Vérité et Justice ont tous mis en avant une nouvelle fois la nécessaire solidarité à tisser entre les divers comités.
Le premier forum tenu à Grasse avait été l’occasion de nouer des contacts avec d’autres comités Vérité et Justice ou d’autres structures engagées dans les mêmes
luttes et qui, partout en France, se sont créés en riposte à des violences policières à l’encontre principalement de jeunes issus de l’immigration. L’année suivante des familles de
victimes avaient également témoigné au Colloque Police-Justice-Citoyen. Les autres forums tenus à Grasse depuis lors, outre qu’ils ont permis de libérer la parole, ont encore permis de
resserrer les liens.
Alors que l’impunité policière et les atteintes aux droits de
l’homme semblent devenir la règle, nombreux étaient les militants venus de la France entière qui se sont retrouvés une nouvelle fois à Grasse à l’occasion du procès des responsables de la
mort de Hakim Ajimi, conscients que ce qui se passe à Grasse avait une valeur emblématique nationale, conscients également que les luttes contre les violences policières doivent s’inscrire dans
le cadre plus large d’une revendication d’égalité réelle et de justice sociale nécessitant une prise en charge collective et l’implication directe des intéressés eux-mêmes. Tous ces contacts
rendent envisageable la mise en place d’une véritable structure organisée au niveau national car, ainsi que l’a indiqué un participant, on est là face à un problème national qui
mérite aussi une réponse nationale.
La tenue à Paris le même jour d’un rassemblement à la Fontaine des Innocents en hommage à Hakim Ajimi et à toutes les victimes de violences policières est un signe
encourageant dans cette voie. Pour sa part, en signe de réciprocité et de solidarité, le comité de soutien à Hakim Ajimi entend se rendre à Clermont-Ferrand pour soutenir la famille de
Wissam El-Yamni mort neuf jours après être tombé dans le coma pendant son interpellation par la police.
Pour que l’impunité ne devienne pas la règle en matière de violences policières, alors même qu’une inadmissible connivence entre la police et la justice a été
pointée lors des réquisitions, une nouvelle mobilisation est prévue le 24 février, jour où le jugement sera rendu.
| Juin 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | ||||||||
| 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | ||||
| 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | ||||
| 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | ||||
| 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | |||||
|
||||||||||
Derniers Commentaires