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Colloque du 13 mai 2006 : Antisionisme et antisémitisme.
Article publié dans Différences, n° 260 du 4ème trimestre 2006
L'extrême-droite, l'antisémitisme et le sionisme d'extrême-droite
René Monzat, journaliste, spécialiste des extrêmes-droites
Ces dernières années ont vu bouger les lignes de front, conséquences d’évolutions idéologico- culturelles, sociales ou politiques.
Il existait une extrême droite historiquement antisémite combattue par une gauche antiraciste plus ou moins alliée à des organisations juives démocratiques et républicaines.
Aujourd’hui une extrême droite plus antiarabe et islamophobe que jamais tente en coordination avec d’autres courant de droite de rompre les liens entre les organisations juives et la gauche au profit d’une alliance des Juifs et de la droite sur une base communautariste et de soutien à Israël analysé comme un état ethnico-religieux. L’apparition de courants sionistes d’extrême droite, très minoritaires, symbolise ce renversement d’alliance esquissé.
Mais ces évolutions se déroulent sur un fond de diffusion du communautarisme et de formes de racisme au sein de groupes eux même victimes du racisme.
Le communautarisme ethnocentrique était en France celui du groupe dominant, politiquement exprimé par le FN, il est aujourd’hui présent (plus ou moins marginalement) chez tous ceux que le communautarisme gaulois blanc visait : « juifs, arabes/musulmans, noirs ».
L’extrême droite a eu des rapports complexes avec les juifs et avec telle ou telle forme d’idée sioniste.
Elle a oscillé entre une hostilité de principe à toute forme de nationalisme juif et l’idée selon laquelle le projet sioniste pourrait faire partir les Juifs d’Europe vers la Palestine et transformer les Juifs européens en étrangers dans leur propres pays [1].
L’extrême droite longtemps expressément rétive a toute idée (multi) communautariste est en passe d’instrumentaliser à ses propres fins ce concepts de « communautarisme ». Dès 2003, les courants les plus radicaux ont franchi le pas « La marée communautariste, opportunité ou danger » titrait Terre et Peuple, tandis que Jeune Résistance, axe son dossier « Communautés et communautarisme » sur « l’échec idéologique des Lumières. »
Des associations juives qui alliaient une inscription profonde dans la logique républicaine à un attachement réel à Israël et à un sionisme de façade évoluent sous la poussée d’intellectuels de révolution conservatrice tels Shmuel Trigano, tandis qu’une relecture détaillée de la Révolution Française intitulée « les Lumières françaises et les Juifs » a été traduite et publiée en français, inversant radicalement la réalité historique [2].
Une convergence très circonstancielle a profondément déstabilisé les rapports entre les organisations juives, une fraction de leur base et la république.
Une évolution sociologique vers la droite des juifs de France.
Une méfiance vis-à-vis d’une gauche « propalestinienne » .
Une droite qui veut tirer les marrons du feu.
Une extrême droite qui cherche des alliés dans sa croisade contre les arabes et les musulmans. Y compris en rêvant d’une alliance entre Poutine qui bute les Tchetchenes, Tsahal qui casse les Palestiniens, des fachos européens qui matent leurs arabes immigrés.
Une extrême droite qui verrait bien une France sans Juifs et espère que les sionistes feront le boulot.
Le besoin stratégique de la droite israélienne, utilisant notamment l’Agence juive dont elle a pris le contrôle. En effet, pour éviter que les Juifs deviennent a terme minoritaire par rapport aux Arabes dans Israël annexant les territoires occupés, le renfort démographique des 800 000 Juifs Français serait indispensable [3].
Une vague d’actes antisémites qui a été la plus massive depuis la deuxième Guerre Mondiale.
L’évolution a droite d’intellectuels communautaires, P-A Taguieff ou A Finkielkraut venant confluer avec les intellectuels de la révolution conservatrice tel S. Trigano et des propagandistes de la droite extrême comme G-W Goldnadel.
Les premiers acceptent de fait une définition d’Israël comme état ethnico-religieux, et se refusent en conséquence à y défendre une conception républicaine de la citoyenneté (dire qu’Israël doit être « l’état de tous ses citoyens » serait… antisémite !)
Les seconds pensent que l’émancipation des Juifs lors de la Révolution française était une erreur, car les Juifs français y auraient perdu en tant que communauté.
Le troisième groupe tisse les liens paradoxaux entre ex activistes de la droite radicale, militants du FN ou Villiéristes et certaines associations juives [4].
L’apparition de groupuscules activistes sionistes fascistes et racistes marque simplement la réapparition dans ce contexte de courants qui ont toujours existé dans le mouvement sioniste (qui comprenait aussi une aile socialiste voire révolutionnaire) [5].
Les organisations et courants d’extrême droite ne raisonnent plus de manière épidermique, elles peuvent soutenir des ultra-sionistes, Saddam Hussein ou des intégristes islamistes pour des raisons de stratégie tout en détestant les Juifs et les Arabes ainsi que les musulmans. Pour eux le grand danger est la disparition du peuple français, par le mélange avec les Juifs et les Arabes et autres Noirs. Pour éviter ce mélange, il est important de mettre des barrières, construites des deux côtés. D’où l’utilisation du communautarisme, et la nécessité d’utiliser des correspondants au sein de chaque communauté. Puisque les intégristes juifs, musulmans ou les racistes noirs partagent cette même phobie du métissage.
Cela explique les convergences apparues notamment dans les rues de Paris. M Sulzer et MC Arnautu, deux cadres du FN participent, protégés par la Ligue de Défense Juive, à la manifestation à la mémoire de Ilan Halimi.
Pendant la manifestation organisée par le parti des Musulmans de France, l’orateur principal était un intellectuel organique du FIS algérien participant à des colloques du Grece et à son journal Eléments.
Quand Dieudonné organise une mini manif il réunit outre des membres d’un groupe raciste noir qui ira provoquer les passants juifs de la rue des Rosiers, plusieurs faurissoniens français, et des distributeurs de tract pro Hamas..
La situation est tellement dégradée qu’on assiste, en marge de manifestations de rue à des agressions racistes :
Plusieurs « ratonnades » de bandes d’activistes juifs, notamment de la Ligue de Défense Juive, contre des arabes en marge de manifestations du CRIF.
Plusieurs agressions antisémites, en marge de manifs anti Bush, perpétrées par des loubards islamistes proches notamment de la « Bande de la rue de Tanger », qui montera une mini-filière vers l’Irak.
Agressions de collégiens et lycéens par des bandes de jeunes banlieusards noirs du fait de leur look de « surfeurs » blancs, sur les trottoirs des manifestations lycéennes ou anti CPE [6].
Nous sommes dans le domaine du politique et pas des sentiments et encore moins de la culpabilisation.
De même qu’il faut savoir isoler le FN de la droite politique, il faudra arriver à isoler les fascistes et racistes sionistes des organisations juives officielles, il faut aider les organisations musulmanes principales à renforcer la marginalisation des courants autoritaires et antisémites se réclamant de l’Islam, il faut traiter les groupuscules noirs racistes comme ce qu’ils sont : de racistes anti-blancs et antisémites. Ils ne font pas partie du champ politique « légitime ».
Cela veut dire aussi qu’il ne faut pas traiter Sarkozy de nazi, qu’il faut cesser de faire comme si le Crif était juste une dépendance de l’ambassade d’Israël ou qu’il est « passé du côté du FN », arrêter de laisser soupçonner l’UOIF ou Tariq Ramadan de faire le jeu de Ben Laden, ne pas accuser le Conseil Représentatif des Associations Noires de communautarisme. Il faut au contraire mener les débats et confrontations politiques nécessaires avec ces acteurs politiques et associatifs qui représentent légitimement une partie de la droite, des habitants musulmans, juifs, ou noirs de peau de notre pays et s’inscrivent dans le jeu politique et social républicain.
– « Les juifs en Palestine !, la solution sioniste ou comment s’en débarrasser », Pierre Birnbaum, chapitre 9 de « La France aux Français », histoire des haines nationalistes.
(2) – Arthur Hertzberg « Les origines de l’antisémitisme moderne » Presses de la Renaissance.
(3) – Cécilia Gabizon, Johan Weisz, « OPA sur les Juifs de France ».Grasset.
(4) – Ras l’front n° 87 « L’étonnant parcours d’Alexandre Del Valle ».
(5) – Elie Barnavi « Sionisme, sionismes ». in « Le sionisme expliqué à nos potes ».
(6) – Hugues Lagrange ed, « Emeutes Urbaines et protestations », Presses de Sc Po.
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