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Etrange politique étrangère.
Le Caire, place Tahrir, que les Egyptiens occupent depuis plusieurs jours pour demander le départ de Moubarak, au milieu des slogans brandis par la foule, une pancarte à l’adresse de celui qui était encore le président égyptien retient toute l’attention des médias « Casse-toi, pauvre con » en référence à l’invective lancée par Nicolas Sarkozy à l’adresse d’un manifestant qui l’avait apostrophé. Comme quoi la formule employée par notre président connaît une postérité certaine au-delà de nos frontières hexagonales.
Brandie par un coopérant français enseignant au lycée du Caire, ce dernier sera sine die rapatrié en France.
Tunis, après les déclarations pour le moins provocantes de Michèle Alliot-Marie, ministre français des Affaires étrangères qui proposait à Ben Ali encore en place « le savoir faire français à la police tunisienne », les propos tenus par le nouvel ambassadeur de France nommé pour inaugurer d’autres relations avec la Tunisie et faire oublier les déclarations intempestives, malencontreuses et irresponsables de MAM se trouve dès sa prise de fonction dans une tourmente qu’il a lui-même provoquée. Perdant son sang-froid et abandonnant tout langage et usage diplomatiques qui seyent à un ambassadeur, il qualifie les questions des journalistes tunisiens de trucs débiles dans lesquels il se refuse à tomber, propos hautains, blessants pour les Tunisiens qui ne lui ont valu pas même un rappel à l’ordre de son ministre de tutelle. En l’absence de déclaration forte des autorités françaises rectifiant les propos de l’ambassadeur, les excuses présentées plus tard par Boris Boillon ne peuvent que partiellement dissiper le malaise provoqué.
La juxtaposition de ces deux faits et les conséquences pour leurs auteurs posent question.
Dans le premier cas, celui du coopérant en Egypte, la « faute » - manquement à un devoir de réserve, sans doute ou « immixtion » dans les affaires d’un pays étranger –ne peut mettre directement en cause la position officielle du gouvernement français. Prise de position individuelle, elle n’engage pas la France ni ne nuit à ses intérêts. Tout au contraire, dans le contexte particulier où ce geste a eu lieu, elle correspond à l’image que la France se plaît à donner d’elle-même opposée à la tyrannie, solidaire des peuples en lutte, patrie des droits de l’homme. Le rapatriement en France, semble-t-il décidé en urgence – un rappel à l’ordre aurait sans doute suffi- montre à l’évidence que pour le gouvernement français et les responsables du ministère des Affaires étrangères, il est plus grave d’apporter un soutien individuel à un peuple en lutte que de s’adresser de façon méprisante en tant que représentant officiel de la France à des journalistes d’un pays qui osent demander des explications sur un épisode politique qui a terni de façon évidente une image de la France et celle de son ministre des Affaires étrangères – En France, déjà 54% des citoyens se disent favorables au départ de MAM. Qu’en serait-il alors en Tunisie …
Le gouvernement français a du mal à prendre la mesure des changements qui s’opèrent dans les pays arabes, comme elle a du mal à prendre conscience que l’on est peut-être entrés dans une nouvelle ère de décolonisation où les rapports de condescendance ou de mépris ne sont plus acceptés par les populations vivant de l’autre côté de la Méditerranée. Cela illustre chez nos gouvernants une sorte de naufrage de la raison incapable de tirer les enseignements d’une Histoire qui se fait. N’a-t-on pas à faire, plus qu’à une révolution, à un processus proche de phénomènes d’autodétermination des peuples qui veulent prendre en mains leurs destinées et qui refusent les rapports de domination qui leur sont imposés par des gouvernants qui, en maîtres incontestés de la confiscation n’agissent guère différemment des anciennes puissances coloniales.
Y.M.
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