Partager l'article ! Editorial 4ème trimestre 2009 : identité nationale : danger (Mouloud Aounit MRAP): Editorial Par Mouloud Aounit ...
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1961-2011
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Débat : Les « Blancs », le racisme « anti-blanc » et les « Indigènes de la République ». |
Editorial
Par Mouloud Aounit
Membre du Collège de la présidence du MRAP
(Différences n°272 oct-nov-déc 2009)
Etape supplémentaire d’un processus qui plonge ses racines dans la campagne pour la présidentielle, le débat initié par le président Sarkozy sur l’identité nationale trouve sa place dans un dispositif qui cherche avec la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale à induire (établir) une relation -immigration et identité- présentant l’immigration comme un danger et une menace pour l’identité nationale. L’étranger est ainsi considéré comme un corps étranger à la France, ce qui laisse entendre que la France est minée de l’intérieur.
Dans le prolongement du débat sur la burqa, l’initiative présidentielle ne fait que cibler davantage les populations arabo-musulmanes. L’annexe de la circulaire adressée aux préfets ne fait d’ailleurs que donner corps à nombre de stéréotypes accentuant la construction d’une dichotomie fantasmatique entre un « eux » et un « nous » préjudiciable à un vivre-ensemble dont la République doit être le catalyseur et le garant.
Donner des gages aux électeurs que le président Sarkozy a réussi à siphonner au F.N n’est bien entendu pas étranger au lancement de ce débat. La proximité des élections régionales le laisse raisonnablement penser. Cela est néanmoins totalement irresponsable car de fait ce débat relégitime l’extrême droite et lui offre une tribune.
Cependant n’y voir qu’une instrumentalisation politicienne reste insuffisant car on assiste avec le discours de Dakar, le projet de loi sur les bienfaits du colonialisme …jusqu’au projet de mise en place de statistiques ethniques, à un véritable chantier de (re-)structuration idéologique dont la cohérence n’est pas seulement dictée par des préoccupations électorales.
Les fantasmes autour d’une identité nationale que l’on voudrait définir en la figeant à jamais –alors même qu’elle a vocation à être en perpétuelle évolution- ne sont de fait que les symptômes et les révélateurs d’une grave crise des marqueurs et des valeurs identitaires de la République que marquent et l’échec des politiques dites d’intégration et l’incapacité de donner à l’égalité des droits un sens pour les immigrés et leurs descendants.
La persistance des discriminations, économiques, sociales, institutionnelles –y compris celles dont sont victimes leurs enfants français- a miné bien plus que tout autre facteur, les fondements mêmes de la République.
Crise que met également en évidence le décalage flagrant entre les affirmations d’une défense universelle des droits de l’homme et leur négation dans la pratique que ce soit dans le domaine de l’immigration ou dans celui du traitement des sans-papiers.
Ce n’est certainement pas le lancement d’un débat sur l’identité nationale, propice à tous les dérapages et surenchères xénophobes, qui pourra guérir la société française du malaise persistant que génère une crise tout d’abord économique et même existentielle. Bien au contraire, c’est d’évidence à un débat dangereux que nous convie le président de la République, en l’occurrence véritable apprenti-sorcier qui à l’instar des propos tenus par le préfet Girod de Langlade ou par monsieur Brice Hortefeux ou par lui-même va libérer la parole raciste et favoriser voire justifier un passage à l’acte tout en installant une inquiétante bombe à retardement.
Aujourd’hui, l’exemple de la Suisse montre les dangers d’une gestion irresponsable et xénophobe que génère l’instrumentalisation de l’islamophobie qui finit par créer des situations qui portent gravement atteinte à l’unité et à la cohésion sociale.
Il nous poser les vrais problèmes, circonscrire les vrais enjeux, ceux relatifs aux véritables menaces qui pèsent sur notre société et qui entament sa confiance dans l’avenir, menaces lourdes de conséquences pour l’ensemble de la population que représentent la casse des services publics, le développement du chômage et de la précarité, la régression des droits.
Plaider et agir pour un développement des solidarités, pour l’élargissement de la citoyenneté et son extension à tous les résidents, et la reconnaissance des droits de tous y compris des sans-papiers reste sans aucun doute le seul projet capable de réunir tous les habitants de notre pays sans exclusion, sans exception.
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