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Samedi 11 décembre 2010 6 11 /12 /Déc /2010 06:00

 

Berlusconi et Sarkozy : tentatives de réflexion

Gianluca Paciucci

Professeur de lettres au Lycée "A. Issel" de Finale Ligure (Savona) et rédacteur du bimensuel "Guerre&Pace" (Milano)

« O guignon! je crois que me suis embrené! » Qu'avait-il fait?

Je l'ignore : mais je sais bien qu'il a fait ainsi sur toute chose.

(Sénèque, Apokolokyntose IV, 2)

dsc01303.JPGL’historien Antonio Gibelli 1 a raison de dire que Berlusconi réussira à apparaître comme le fondateur d’une ère politique, celle qui fut inaugurée en 1994 avec la « descente dans l’arène » de l’entrepreneur lombard, ère qui n’est pas encore achevée. Au plus fort de l’implosion des partis de la première République (démocrates-chrétiens et socialistes sous la pression des magistrats de « mani pulite ») et à peine accomplile suicide des communistes (le PCI fut dissous par une décision de ses dirigeants, imposée ensuite à la base), Berlusconi fonda Forza Italia sauvant ainsi la droite du mauvais pas dans lequel elle se trouvait. Le nouveau parti (bien que décrit « de plastique » et « liquide », il allait s’avérer en réalité solidement ancré de par ses rapportsavec les intérêts et la mentalité d’une classe moyenne égarée et pleine de rancœur) eut le succès immédiat d’un nouveau produit lancé sur le marché et fut accueilli très favorablement par les consommateurs-clients électeurs-dociles. Berlusconi a depuis lors marqué de son sceau les choix économiques de l’Italie et l’imaginaire de parties importantes de la population, s’insinuant partout autant grâce à un formidable appareil de propagande qu’à l’inconsistance de ses prétendus rivaux, fanatiquement antiberlusconiens dans le discours mais en réalité pétris de berlusconisme, presque envoûtés par le conducator*. Et en tout cas inertes, incapables de réaction. A cette inertie, Berlusconi a opposé une hyperactivité, infligeant à l’Italie un stress quotidien, à travers les attaques répétées contre la Constitution, contre les magistrats, les travailleurs et les journalistes –semblable dans ce dernier cas à un caudillo sud-américain, à un Chavez, fut-ce avec des buts bien différents2, - se montrant à la foiscapable de renforcer son propre camp (constitué aussi de victimes sociales de ses choix) et de briser le camp adverse.

Je ne sais pas, au contraire, si Sarkozy réussira à apparaître comme le fondateur d’une ère politique, et ce pour deux raisons fondamentales  /…/:

 

Lire la suite dans Différences n° 276 d’octobre-novembre-décembre 2010 à commander au MRAP

 

1 Antonio Gibelli, Berlusconi passato alla storia, Roma, Donzelli, 2010, pp.121

2 La catégorie gramscienne de « césarisme progressif » et de « césarisme régressif » pourrait être utile.

Par Différences. La revue - Publié dans : Politique française
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