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Berlusconi et Sarkozy : tentatives de réflexion
Professeur de lettres au Lycée "A. Issel" de Finale Ligure (Savona) et rédacteur du bimensuel "Guerre&Pace" (Milano)
« O guignon! je crois que me suis embrené! » Qu'avait-il fait?
Je l'ignore : mais je sais bien qu'il a fait ainsi sur toute chose.
L’historien Antonio Gibelli 1 a raison de dire que
Berlusconi réussira à apparaître comme le fondateur d’une ère politique, celle qui fut inaugurée en 1994 avec la « descente dans l’arène » de l’entrepreneur lombard, ère qui n’est pas
encore achevée. Au plus fort de l’implosion des partis de la première République (démocrates-chrétiens et socialistes sous la pression des magistrats de « mani pulite ») et
à peine accomplile suicide des communistes (le PCI fut dissous par une décision de ses dirigeants, imposée ensuite à la base), Berlusconi fonda Forza Italia sauvant ainsi la
droite du mauvais pas dans lequel elle se trouvait. Le nouveau parti (bien que décrit « de plastique » et « liquide », il allait s’avérer en réalité
solidement ancré de par ses rapportsavec les intérêts et la mentalité d’une classe moyenne égarée et pleine de rancœur) eut le succès immédiat d’un nouveau produit lancé sur le marché et fut
accueilli très favorablement par les consommateurs-clients électeurs-dociles. Berlusconi a depuis lors marqué de son sceau les choix économiques de l’Italie et l’imaginaire de parties importantes
de la population, s’insinuant partout autant grâce à un formidable appareil de propagande qu’à l’inconsistance de ses prétendus rivaux, fanatiquement antiberlusconiens dans le discours mais en
réalité pétris de berlusconisme, presque envoûtés par le conducator*. Et en tout cas inertes, incapables de réaction. A cette inertie, Berlusconi a opposé une hyperactivité,
infligeant à l’Italie un stress quotidien, à travers les attaques répétées contre la Constitution, contre les magistrats, les travailleurs et les journalistes –semblable dans ce dernier cas à un
caudillo sud-américain, à un Chavez, fut-ce avec des buts bien différents2, - se montrant à la foiscapable de renforcer son propre camp (constitué aussi de victimes sociales de ses choix) et de briser le camp
adverse.
Je ne sais pas, au contraire, si Sarkozy réussira à apparaître comme le fondateur d’une ère politique, et ce pour deux raisons fondamentales /…/:
Lire la suite dans Différences n° 276 d’octobre-novembre-décembre 2010 à commander au MRAP
1 Antonio Gibelli, Berlusconi passato alla storia, Roma, Donzelli, 2010, pp.121
2 La catégorie gramscienne de « césarisme progressif » et de « césarisme régressif » pourrait être utile.
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