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Débat "identité nationale"

Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /Jan /2010 07:20

Esther Benbassa « Pour l’avenir, il y a un roman national à réécrire »

Directrice d’études à l’École pratique des hautes études, Esther Benbassa estime nécessaire de débattre de la France telle qu’elle est.

L’auteure de Être juif après Gaza (CNRS éditions, 2009) ne rate pas une occasion pour s’impliquer dans des combats qu’elle estime justes. En décembre dernier, elle a décidé de faire partie d’un collectif qui prône l’ouverture d’un « autre débat » que celui lancé par le gouvernement. Les membres de ce collectif, comprenant des intellectuels, des chercheurs, des écrivains, des journalistes travaillant sur le post-colonialisme ou l’immigration rejettent l’initiative d’Éric Besson, dont le but, considèrent-ils, est de manipuler l’opinion. Esther Benbassa la qualifie même de dangereuse car elle lève le tabou du racisme.

Pourquoi demandez-vous l’arrêt du débat sur l’identité nationale, alors qu’Éric Besson s’entête à vouloir le poursuivre?

Esther Benbassa. Nous n’appelons pas à cesser de débattre mais à conduire un autre échange qui ne porte pas sur l’identité nationale et qui serait une sorte de radiographie de la France. Il faut sortir de ce débat stérile sur l’identité nationale rappelant les discussions des années trente lorsque les ligues fascistes criaient: « La France aux Français ! »

Vous dites que ce débat sur l’identité nationale est dangereux…

Esther Benbassa. Il est dangereux d’abord parce qu’il caresse les mauvais instincts des gens et fait sauter le tabou du racisme. Des personnes osent dire à haute voix ce qu’elles écrivaient anonymement. Il n’est qu’un cache-misère pour parler de l’autre, de l’immigré qui ne ferait pas partie de l’identité nationale. De plus, ce débat est tourné contre l’islam comme l’était l’antisémitisme contre les juifs au XIXe siècle. Or on sait à quoi avait abouti l’antisémitisme des années trente.

En quoi consiste précisément l’« autre débat » que vous appelez de vos vœux ?

Esther Benbassa. On veut un débat ? Sur la France telle qu’elle existe aujourd’hui, avec des états généraux, des colloques et bien d’autres initiatives. Il faut réécrire les manuels scolaires, l’histoire, car, dans la saga nationale qu’est l’histoire de France, il y a celle des anciens colonisés et celle des immigrés. La décolonisation n’a toujours pas été digérée. Il faut recentrer la réflexion vers d’autres enjeux et proposer de façon concrète des outils de compréhension pour les populations. Et expliquer que le débat sur l’identité nationale est un débat nationaliste, qui cache le déficit de la France, le chômage et les luttes sociales. C’est un débat typiquement politicien, électoraliste à la veille des régionales.

En prônant un « autre débat », n’est-ce pas d’une certaine manière le fait de rester dans le débat sur l’identité nationale que vous condamnez?

Esther Benbassa. Nous n’avons jamais parlé de l’identité nationale et n’avons pas l’intention de le faire.  Mais il existe bien une question sur ce qu’est la France aujourd’hui et on ne doit pas éviter d’y répondre. L’identité nationale est un jeu de mots pour désigner le « vrai » Français. Et le « vrai » est celui qui n’est pas immigré, qui n’est pas noir, pas arabe, celui qui n’est pas musulman. Au contraire, notre collectif regarde vers l’avenir et on estime qu’il y a un roman national à réécrire avec les histoires de ceux qui composent ce pays. Qui aujourd’hui peut dire qu’il a une seule identité ? La question même est absurde, elle nous dépasse.  De plus, un débat, cela se prépare, cela se réfléchit et cela regarde l’avenir. Or le débat lancé par Éric Besson est de nature conjoncturelle.

Entretien réalisé par Mina Kaci. Publié dans L'Humanité le 5 janvier 2010.

 

Par Différences. La revue - Publié dans : Débat "identité nationale"
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 22:53

Les points aveugles du débat sur l’identité nationale

par Françoise Vergès, écrivain

 

Le débat sur l’identité nationale s’engage en effectuant de nombreuses exclusions qui toutes sont symptomatiques de points aveugles. Il a attiré de nombreuses réactions. Des commentaires ont été faits sur la manière dont la question était posée et comment elle contenait, en creux, sa réponse : « fierté en la France, son drapeau, ses lois, son hymne national mais aussi sa générosité, » bref, un grand fleuve d’eau tiède. D’autres, sur la sélection bibliographique qui exclut pratiquement tous les ouvrages parus sur le passé esclavagiste et colonialiste de la France, ou sur l’immigration postcoloniale et les questions que soulève cette présence pour la société française, ou sur la diversité et la République. Des commentaires ont questionné la méthode qui consiste à priver des citations de leur contexte (citations de Marc Bloch, de Jean Jaurès, de Léopold Sédar Senghor…), ou ont interrogé la notion même d’ « identité nationale ». Enfin, il y a eu des commentaires sur la fiction d’une identité fixe et immuable, sur le mythe national et ses différentes formulations à travers l’histoire, sans oublier les commentaires sur la manipulation électoraliste.

 

Les sondages nous disent qu’une majorité de Français ne serait pas dupe de cette manipulation mais qu’en majorité, ils seraient aussi favorables à un grand débat. On peut comprendre qu’au moment où la globalisation financière s’accélère privant les citoyens d’une capacité d’action, que la Communauté européenne apparaît de moins en moins un projet politique commun mais plus un bureau des décisions économiques, que les questions du climat et de l’affaiblissement des ressources en eau, en énergie, font entrevoir de futurs conflits et guerres autour de ces biens communs, que les questions d’interculturalité sont devenues des questions globales, qu’une inquiétude émerge. Pour autant s’agit-il d’identité nationale, notion floue et changeante ? Ne s’agit-il pas plutôt de se demander quel vivre ensemble voulons-nous construire ?

 

Mais je voudrais attirer ici l’attention sur deux forclusions :

 

Première forclusion : pas une référence sur les contributions riches des populations des outre-mers qui se sont longuement exprimées sur la culture, l’identité, la mémoire et l’histoire au cours des États généraux de l’outre-mer, qui se sont déroulés cette année. Elles ont clairement dit combien l’enseignement de l’histoire de l’esclavage, du colonialisme, des langues régionales, combien la valorisation de leurs apports à l’histoire nationale étaient fondamentales pour que la société française dépasse son ethnocentrisme. Ets-ce à dire que le ministre qui a lancé le débat sur l’identité nationale considère ces contributions comme nulles et non avenues ? Pourquoi demander une nouvelle fois aux populations des outre-mers d’aller s’exprimer sur l’identité alors qu’elles l’ont déjà fait ? Pourquoi refaire des débats sinon pour signaler que, finalement, les consultations des EGOM n’ont eu aucune importance ?

 

En outre, ces sociétés sont des exemples de l’intraculturalité, du métissage entre groupes aux croyances et aux origines différentes. Certes, ces sociétés connaissent des tensions et des inégalités, mais elles font preuve de valeurs éthiques qui semblent manquer dans l’hexagone. À La Réunion par exemple, coexistent deux des grands monothéismes -- Christianisme et Islam, avec tous deux plusieurs églises ou sous groupes, catholicisme, protestantisme, évangélisme, sunnisme, shiisme…-- une des grandes religions, l’Hindouisme, avec le Bouddhisme et les rites afro-malgaches, afro-comoriens. La présence de l’Islam y est plus ancienne que dans l’hexagone. Sans tomber dans une naïveté béate et nier les tentations de repli, on peut observer sur cette île, une manière de cohabiter autour des valeurs partagées de respect, de tolérance, et de solidarité.

 

L’enfermement de la société française dans ses frontières hexagonales poursuit son hégémonie. Impossible de penser la France, son histoire, sa culture en dehors de frontières immuables inscrites dans l’imaginaire au 16ème siècle ! La communauté imaginée « France » reste étroitement engoncée dans son corset hexagonal. Paradoxalement, l’imaginaire français fut plus ouvert pendant l’empire colonial, certes fondé sur l’illusion de la mission civilisatrice mais malgré tout interpellé et questionné par l’Autre. Depuis la fin de l’empire colonial, le repli sur des frontières européennes signale le renforcement de points aveugles : histoire et culture de la traite négrière et de l’esclavage pensée comme concernant des gens « là-bas » ou histoire et culture de l’empire colonial post-esclavagiste. Les héritages complexes et multiples de ces siècles d’historie dans le présent sont marginalisés au profit d’un récit fictionnel qui rabat les Français sur le passé.

 

Deuxième forclusion : les femmes, la différence de genre. Les Français n’auraient pas de genre. Les femmes françaises seraient des « Français », donc pas question de se demander si l’identité nationale ne serait pas profondément « masculine ». Le genre, c’est pour les « Autres », tous ceux qui ne savent pas respecter les droits des femmes, qui seraient rigoureusement respectés comme chacun sait en France (alors pourquoi un nombre grandissant de violences envers les femmes en France ? Une continuelle disparité des salaires ? Le non respect des lois de la République – parité politique par exemple ?). Comme l’a écrit Gayatri Spivak, « les hommes blancs veulent sauver les femmes de couleur des hommes de couleur. » La question est certes complexe. Les hommes jouent sur le corps des femmes à qui sera son meilleur protecteur et le patriarche « immigré » n’a pas grand chose à envier au patriarche « français ». Les crimes « d’honneur » (notion à déconstruire, il ne s’agit pas d’honneur mais de pouvoir masculin), le conservatisme des pères et frères issus de l’immigration contre les filles La société française peut se dédouaner des crimes coloniaux et de son passé : ce sont les immigrés (musulmans) et non les Français qui ont les auteurs de crimes horribles. Il ne s’agit pas d’excuser une violence inexcusable contre les femmes mais de mieux comprendre comment et pourquoi le sort des femmes est devenu un enjeu de l’identité nationale. Ces remarques peuvent paraître dérisoires au regard des violences et de la discrimination que subissent des femmes mais quand ces dernières deviennent un des terrains sur lequel se construit un nouveau discours sur l’identité nationale, il faudrait que la question soit posée en termes très clairs et que toutes les femmes puissent dire pourquoi le débat sur l’identité nationale ne peut les instrumentaliser.

 

La question qui se pose est bien : « Comment être Français et femme, musulman, ultramarin, « Noir » ? » quand toutes les enquêtes montrent un regain des discriminations au faciès, des discriminations dans le travail, les promotions, le logement, les études.

 

 

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Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /Déc /2009 00:05
Grand débat sur "l'identité nationale "
Texte de la circulaire seule envoyée aux préfets par le Ministre Eric Besson
Texte plus annexes
L'annexe traitant de la conduite des débats locaux montre à quel point ce débat est instrumentalisé et conduit par l'exhaustivité même des questions à la confusion la plus extrême. En liant la question de l'identité nationale à l'immigration la manipulation politique est évidente
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Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /Nov /2009 23:59

 

Hervé Le Bras, historien et démographe

 

Sous l'Occupation, plusieurs anthropologues dont Georges Montandon cherchèrent à répandre l'idée d'une ethnie française, formée par les descendants purs des Gaulois. L'irruption brutale et politique du prétendu débat sur l'identité française fait immanquablement penser à cette ethnie française. En ce sens, il n'y a pas opposition mais complémentarité entre la promotion du thème de la diversité avec la nomination d'un commissaire idoine, Yazid Sabeg, et la campagne sur l'identité nationale. Parmi tous les îlots communautaires qui devraient constituer l'archipel de la diversité, l'un d'entre eux serait tout simplement français d'origine et abriterait le chef-lieu. Le texte diffusé par le ministère de l'immigration et de l’identité nationale, « Pour aller plus loin sur le Grand débat sur l'identité nationale », en fournit la preuve.


La structure de ce curieux document parle d'elle-même : 20% du texte total est dédié à l'identité franchouillarde, 40% à l'immigration, 10% à la naturalisation et le reste à des banalités. Détaillons ces quatre catégories pour valider notre appréciation:


-franchouillard : le sous-chapitre 1.2 intitulé « Quels sont les éléments de l'identité nationale ? » liste « notre patrimoine, notre langue, notre culture, notre territoire, nos paysages, notre agriculture, notre art culinaire, notre vin, notre architecture, nos églises et nos cathédrales » mais motus et bouche cousue sur l'égalité, la démocratie, la laïcité, la solidarité, renvoyées au vague des « valeurs » et silence complet sur la littérature française, la science française, la politique française. Il manque en fait le béret basque et la baguette de pain (le litron y est déjà).


-l'immigration : elle se taille la part du lion malgré les quelques protestations d’intellectuels à la solde du gouvernement dans le Figaro-Magazine. Paragraphe 6 : « Pourquoi accueillir des ressortissants étrangers ... », paragraphe 7 : « Pourquoi intégrer des ressortissants étrangers...? », paragraphe 8 : « identité nationale et communautarisme », paragraphe 2.1 : « Un nouveau contrat avec la République pour les ressortissants étrangers.. ». Les immigrés représentent 8% de la population française. La moitié d'entre eux est originaire de l'Union européenne. Les étrangers ne sont que 5% de la population totale. Doivent-ils constituer 40% des préoccupations du ministère de l'identité nationale ? Cette phobie est préoccupante. Comme ces grands malades qui voient partout celui qu'ils pensent être leur persécuteur, le ministère et sans doute la présidence voient l'étranger partout.


-Les naturalisations : c'est le paragraphe le plus inquiétant du texte du ministère. Il énumère de nouvelles restrictions à l'obtention de la nationalité française. Il s'attaque ainsi à l'un des derniers éléments qui caractérisait la nationalité française, le rôle de la volonté si bien exprimé par Ernest Renan dans son célèbre discours sur la nation française (« un plébiscite de tous les jours »). Désormais ce plébiscite doit être en parfait français (« augmenter le niveau de connaissance de la langue française ») et bien argumenté (« augmenter le niveau de connaissance des valeurs de la République »). La langue n'a jamais constitué un élément fort de l'appartenance à la France, par opposition à la tradition allemande. Quant aux valeurs de la République, elles ne sont pas précisées à moins qu'elles ne se confondent avec les « valeurs de l'identité nationale » du paragraphe 1.4, exemple même de banalité : « droits de l'homme, démocratie, liberté, égalité, fraternité, laïcité, égalité homme-femme, solidarité, services publics, l'entreprise » On retrouve les mêmes valeurs dans la plupart des pays démocratiques. Un Japonais, un Brésilien, un Canadien, un citoyen de l'un des 27 pays de l'Union européenne donneront à peu près la même liste. Il n'y a rien de national là-dedans, heureusement.


-Les banalités : on vient d'en donner un exemple avec la liste des valeurs. Mais le texte du ministère voudrait en procurer un éventail plus large, particulièrement en ce qui concerne les « symboles de l'unité nationale » dont il n'est en fait capable de donner que trois exemples (la Marseillaise, le drapeau et Marianne). Encore peut-on en supprimer un, Marianne dont je ne vois pas la fonction ni le rôle sauf d'exalter les formes de plusieurs de nos pulpeuses actrices ou mannequins. Même manque d'imagination dans le paragraphe final « Réaffirmer la fierté d'être français ». Le texte n'est capable que d'avancer une instruction civique dont nous savons tous la faillite, que le chant de la Marseillaise dont les paroles mériteraient quelques explications (le « sang impur » qui « abreuve nos sillons ») et que le 14 juillet dont l'origine mériterait aussi d'être développée.


En fait, sous ce texte ministériel patelin et à vrai dire nul, s'infiltre un populisme ethnique chargé de fabriquer la tribu des Gaulois, du moins de Gaulois sarkozisto-hortefeuxo-bessoniens : la question « quels sont les pays relevant de l'identité européenne ? » apparemment hors sujet, n'a-t-elle pas pour but d'écarter la Turquie et ultérieurement le Maghreb ? La question « nos églises et nos cathédrales ? » n'est-elle pas placée pour disqualifier les temples protestants, les synagogues et les mosquées ? Car en quoi églises et cathédrales sont-elles caractéristiques de l'identité française alors qu'elles couvrent la majeure partie du territoire européen ? La question « Comment éviter l'arrivée sur de notre territoire d'étrangers en situation irrégulière ? » est-elle question ou injonction ?


Le plus grave reste cependant l'insulte à la pensée scientifique et à la philosophie politique françaises et universelles que constitue ce texte lamentable : en permanence, la confusion règne entre les termes de « nation », de « République », et d'« Etat ». Insulte proférée d'ailleurs directement par la première question du paragraphe 1.12 : « Pourquoi la question de l'identité nationale génère-t-elle un malaise chez certains intellectuels, sociologues ou historiens  ? ». On ne peut faire plus insidieux et plus démago : qui sont ces « certains ? » terme caractéristique de la prose FN ? Pourquoi ne pas les nommer ? Pourquoi appeler « malaise » leurs arguments sinon pour les traiter de grands malades ? Un dernier exemple du texte de ces Tartuffe qui, hélas nous gouvernent : l'un des premiers éléments de notre « identité nationale » serait « notre universalisme » ! Comme si il pouvait exister plusieurs universalismes. Pour le ministère de l'immigration, il y a visiblement un universalisme propre à chaque ethnie, la française comme les autres. Ce sont donc des communautés disjointes. Loin de s'opposer au multiculturalisme ethno-racial, le débat sur l'identité nationale lui apporte sa clé de voûte avec l'ethnie française, celle qui va faire tenir toutes les autres (et les tenir).

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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 05:36

aounit

Editorial

Par Mouloud Aounit

Membre du Collège de la présidence du MRAP

(Différences n°272 oct-nov-déc 2009)

 

 

 

Etape supplémentaire d’un processus qui plonge ses racines dans la campagne pour la présidentielle, le débat initié par le président Sarkozy sur l’identité nationale trouve sa place dans un dispositif qui cherche avec la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale à induire (établir) une relation -immigration et identité- présentant l’immigration comme un danger et une menace pour l’identité nationale. L’étranger est ainsi considéré comme un corps étranger à la France, ce qui laisse entendre que la France est minée de l’intérieur.

Dans le prolongement du débat sur la burqa, l’initiative présidentielle ne fait que cibler davantage les populations arabo-musulmanes. L’annexe de la circulaire adressée aux préfets ne fait d’ailleurs que donner corps à nombre de stéréotypes accentuant la construction d’une dichotomie fantasmatique entre un « eux » et un « nous » préjudiciable à un vivre-ensemble dont la République doit être le catalyseur et le garant.

Donner des gages aux électeurs que le président Sarkozy a réussi à siphonner au F.N n’est bien entendu pas étranger au lancement de ce débat. La proximité des élections régionales le laisse raisonnablement penser. Cela est néanmoins totalement irresponsable car de fait ce débat relégitime l’extrême droite et lui offre une tribune.

Cependant n’y voir qu’une instrumentalisation politicienne reste insuffisant car on assiste avec le discours de Dakar, le projet de loi sur les bienfaits du colonialisme …jusqu’au projet de mise en place de statistiques ethniques, à un véritable chantier de (re-)structuration idéologique dont la cohérence n’est pas seulement dictée par des préoccupations électorales.

Les fantasmes autour d’une identité nationale que l’on voudrait définir en la figeant à jamais –alors même qu’elle a vocation à être en perpétuelle évolution- ne sont de fait que les symptômes et les révélateurs d’une grave crise des marqueurs et des valeurs identitaires de la République que marquent et l’échec des politiques dites d’intégration et l’incapacité de donner à l’égalité des droits un sens pour les immigrés et leurs descendants.

La persistance des discriminations, économiques, sociales, institutionnelles –y compris celles dont sont victimes leurs enfants français- a miné bien plus que tout autre facteur, les fondements mêmes de la République.

Crise que met également en évidence le décalage flagrant entre les affirmations d’une défense universelle des droits de l’homme et leur négation dans la pratique que ce soit dans le domaine de l’immigration ou dans celui du traitement des sans-papiers.

Ce n’est certainement pas le lancement d’un débat sur l’identité nationale, propice à tous les dérapages et surenchères xénophobes, qui pourra guérir la société française du malaise persistant que génère une crise tout d’abord économique et même existentielle. Bien au contraire, c’est d’évidence à un débat dangereux que nous convie le président de la République, en l’occurrence véritable apprenti-sorcier qui à l’instar des propos tenus par le préfet Girod de Langlade ou par monsieur Brice Hortefeux ou par lui-même va libérer la parole raciste et favoriser voire justifier un passage à l’acte tout en installant une inquiétante bombe à retardement.

Aujourd’hui, l’exemple de la Suisse montre les dangers d’une gestion irresponsable et xénophobe que génère l’instrumentalisation de l’islamophobie qui finit par créer des situations qui portent gravement atteinte à l’unité et à la cohésion sociale.

Il nous poser les vrais problèmes, circonscrire les vrais enjeux, ceux relatifs aux véritables menaces qui pèsent sur notre société et qui entament sa confiance dans l’avenir, menaces lourdes de conséquences pour l’ensemble de la population que représentent la casse des services publics, le développement du chômage et de la précarité, la régression des droits.

Plaider et agir pour un développement des solidarités, pour l’élargissement de la citoyenneté et son extension à tous les résidents, et la reconnaissance des droits de tous y compris des sans-papiers reste sans aucun doute le seul projet capable de réunir tous les habitants de notre pays sans exclusion, sans exception.

Par Différences. La revue - Publié dans : Débat "identité nationale"
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