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Jeudi 3 novembre 2011 4 03 /11 /Nov /2011 12:06

unesco.jpg « La conférence générale a voté l’adoption de la résolution et décide d’admettre la Palestine comme membre de l’Unesco » .

C’est en ces termes que Irina Bokova, la directrice générale de l’UNESCO a annoncé le résultat du vote sur la demande d’admission présentée par la Palestine, avant de poursuivre

« Je voudrais rappeler à tout le monde le rôle des membres de l’UNESCO qui est de s’engager à dépasser leurs divisions et leurs différences pour construire un avenir meilleur pour nos enfants, un avenir de paix et de prospérité ».


Ainsi, malgré les pressions des Etats-Unis qui, dès le résultat du vote, ont mis à exécution leur menace de geler  leur participation financière à l’UNESCO –suspension du versement de 60 millions de dollars qu’ils devaient effectuer sur une contribution totale de 170 millions de dollars,- ce sont pourtant 107 Etats qui ont voté en faveur de l’admission de la Palestine, 14  ont voté contre (dont l’Allemagne et les Pays-Bas), 52 autres pays s’étant abstenus.

Le résultat de ce vote prouve à l’évidence :

-       la perte d’influence et de prestige des Etats-Unis, de plus en plus contestés et qui n’arrivent plus à imposer leur point de vue même à leurs alliés et qui, après le discours de Barack Obama en septembre à l’ONU, semblent vouloir éviter de s’impliquer, estimant que seule une négociation directe entre Palestiniens et Israël serait de nature à débloquer la situation.

-   Les divisions européennes, les dissensions et l’incapacité de l’Europe à jouer un rôle politique international à la mesure de son poids économique et non seulement celui de financeur des infrastructures palestiniennes dans le même temps où elle se refuse à mettre en cause l’accord d’association avec Israël, accord préférentiel qui représente pour Israël une aide  économique de premier plan … ! Madame Ashton,  haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité de l’Europe, qui avait fait campagne contre l’admission, se soumettant en la circonstance aux injonctions étasuniennes, a échoué à faire parler l’Europe d’une seule voix. Et son désaveu n’est que la marque de l’impuissance de l’Europe.

Au-delà de ces constations, ce résultat représente une victoire de grande importance pour les Palestiniens car, plus que d’une reconnaissance, il s’agit là d’une admission à une agence de l’ONU – les organisations internationales n’ont en effet pas la capacité à reconnaître les Etats mais simplement à les accueillir en leur sein. Seule l’auto-proclamation  de l’Etat lui  donne  sa véritable existence, une auto-proclamation qui nécessite ensuite la reconnaissance par le plus grand nombre d’Etats. A noter qu’actuellement la Palestine a 128 ambassades de par le monde et 28 missions diplomatiques…une représentation diplomatique supérieure à celle d’Israël qui n’est pas reconnu par les pays arabes excepté l’Egypte, la Jordanie et …l’Autorité palestinienne, (leur reconnaissance d’Israël restant conditionnée à la création d’un Etat palestinien comme le préconisait l’initiative de paix de la Ligue arabe de 2002).

Même si des esprits chagrins font remarquer que cette admission à l’UNESCO ne fait pas de la Palestine un Etat, si les mêmes souvent objectent que la chronologie est inversée – une reconnaissance comme Etat membre de l’ONU devant logiquement précéder une admission à l’UNESCO (mais comme le fait remarquer Elias Sanbar, ambassadeur de la Palestine auprès de l’UNESCO, l’Allemagne est devenue membre de l’ONU 24 ans après son admission à l’UNESCO), néanmoins malgré ces commentaires qui visent à minimiser la portée de cet événement, l’admission de la Palestine n’est pas seulement symbolique, sinon comment expliquer l’acharnement mis par les Etats-Unis et Israël pour faire échouer la demande palestinienne.

Quant à la réaction du gouvernement israélien qui a immédiatement décidé de lancer un programme de construction de 2000 logements majoritairement à Jérusalem-Est, la partie palestinienne de la ville, loin d’une réaction de mauvaise humeur ou  de dépit, elle n’est qu’un prétexte à poursuivre une colonisation qui n’a jamais cessé, tendance lourde de la politique israélienne qui n’a à aucun moment été remise en cause même durant les négociations, pendant et depuis Oslo.

De l’avis général cependant

-        l’entrée de la Palestine à l’UNESCO représente une réelle avancée qui dépasse largement le cadre des questions d’éducation ou de préservation du patrimoine culturel, elle est le prélude logique à son admission dans d’autres agences dépendant de l’ONU,

-   le changement de perception à l’égard de la Palestine est un fait majeur. Il s’agit en l’occurrence d’un véritable changement de statut. Si la Palestine n’est pas encore un Etat à part entière membre de l’ONU, elle n’est plus cependant un territoire. La Palestine est devenue un pays à part entière.

-       Même si son admission à l’ONU, comme Etat membre n’a que peu de chances d’aboutir étant donné le veto annoncé des Etats-Unis au Conseil de sécurité, l’admission de la Palestine à l’UNESCO représente une première étape, une indication précieuse sur le rapport de forces lors de l’Assemblée générale de l’ONU qui devrait conférer à la Palestine un statut d’Etat (pareil à celui du Vatican) lui permettant d’utiliser les ressources de la Cour Pénale Internationale afin de rendre illégale juridiquement l’occupation israélienne.

 

Sans aucun doute, l’admission de la Palestine à l’UNESCO aura donc des conséquences importantes. Néanmoins cette victoire diplomatique incontestable, certes nécessaire n’est cependant  pas suffisante pour changer la situation sur le terrain.

Dans le bras de fer engagé par Israël, avec les représailles annoncées par le gouvernement Netanyahou, (dont la construction de 2000 logements et l’accélération prévisible de la colonisation), la victoire diplomatique des Palestiniens ne peut trouver sa véritable dimension qu’avec, en complément, la volonté du gouvernement palestinien et du président Abbas de soutenir la mobilisation contre l’occupation mais également pour que soient respectés l’ensemble des droits des Palestiniens, y compris le droit au retour des réfugiés.

 

mission-8-juillet-2011hor.jpg Aujourd’hui, alors qu’une étape vient d’être franchie, la solidarité internationale doit se manifester de façon encore plus concrète, en particulier au travers d’actions comme la poursuite de missions de solidarité.

Si l’initiative « Un bateau français pour Gaza » a pu être bloquée comme l’a été également la mission  2011 « Bienvenue en Palestine », la mission internationale 2012 qui se propose de réunir 2000 personnes pour se rendre en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupées  a besoin  d’un large soutien comme toute initiative allant dans le sens de la solidarité avec le peuple palestinien.

 

Y.M. & A.V

Par Différences. La revue - Publié dans : Israël-Palestine
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Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 07:29

Le G20 va se tenir ces 3 et 4 novembre  à Cannes dans un contexte particulier :

Nice063.jpg

Diaporama de la manifestation

-   En pleine crise qui remet en cause les fondements mêmes de l’économie capitaliste mondiale caractérisée depuis des décennies par une financiarisation à outrance,

-     En pleine contestation qui, de Grèce en Italie, jusqu’à New York se développe et voit  toujours plus de citoyens s’opposer aux diktats des banques et aux choix politiques des gouvernants qui se résument à faire payer la crise du système bancaire essentiellement par les classes populaires, au travers de plans d’austérité toujours plus sévères,

-     En pleine mutation d’un monde arabe que l’on disait immuable et alors même que les « révolutions » cherchent un second souffle. Alors que les processus démocratiques en cours  sont pour partie dépendants de facteurs économiques internes mais aussi et surtout externes,  à ce stade, les intérêts économiques des pays les plus riches du monde cherchent à remettre en cause les acquis politiques et à favoriser le retour à des systèmes de pouvoir et de gestion autoritaires et répressifs.

Quelque peu oublié, le retour de la famine dans la Corne de l’Afrique montre de façon caricaturale le rôle néfaste d’un système économique qui ne se définit pas seulement par la seule spéculation purement boursière, mais également par la spéculation tout aussi criminelle sur le cours des matières de première nécessité, notamment sur la nourriture. Le prix du blé ayant été multiplié par 3 en Afrique, ce qui n’est pas sans conséquence sur l’accentuation et l’exacerbation de conflits latents ou déclarés ou la montée en puissance de mouvements se réclamant d’un fondamentalisme n’offrant aucun débouché sérieux, capable de répondre aux besoins essentiels des populations.

Alors que le pouvoir est aux mains d’une oligarchie financière, politique et idéologique – pouvoir exercé au travers d’institutions internationales comme le FMI ou la Banque Mondiale qui n’ont aucune représentativité démocratique,

Alors que les décisions prises par ces institutions sont imposées aux pays et engagent les populations directement concernées (plans d’austérité, de rigueur, privatisations, démantèlement des politiques sociales de santé et d’éducation …), on ne peut que rejoindre  l’affirmation de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, selon laquelle il y a trop de règles contre la démocratie, pas assez contre Wall Street.

 

Aujourd’hui, s’il est temps de rappeler aux participants du G20 que la dette est une création des banques et que ce n’est pas aux peuples de la payer ; il est également nécessaire de rappeler que

-        lorsqu’il est question d’austérité, ce sont ceux qui souffrent le plus qui paient la facture d’une gestion toute dirigée vers le profit maximum des banques et des spéculateurs et que le développement des inégalités sape de façon irrémédiable les valeurs démocratiques et les fondements mêmes du vivre ensemble,

-   c’est sur la perte de solidarité, au niveau général, occasionnée par l’accroissement vertigineux des inégalités que les populismes et les extrémismes prennent racine.

Une autre manifestation inquiétante de ce délitement social causé par une gestion qui ne cherche que le profit à tout prix est l'instrumentalisation  par les gouvernements de prétendues identités nationales et d’un racisme officiel qui, sous un habillage aujourd'hui plus culturaliste,  décrète une  incompatibilité de minorités et de certains peuples avec un universalisme dont les pays riches du Nord se déclarent  les détenteurs"

Nice035

Si au niveau international, la place octroyée à chaque pays dans l’ordre économique dominant et la guerre économique de tous contre tous ne peuvent que générer des manifestations d’hostilité entre pays qui sont mis en concurrence, au niveau national, ce sont les immigrés, éternels boucs émissaires, qui continuent, quelle que soit leur situation administrative au regard du séjour, à être rendus  responsables des dysfonctionnements économiques et sociaux de notre société.

 Parce que ce système économique  porte atteinte à la dignité de l’homme et à la citoyenneté la plus élémentaire,

  - parce qu’il favorise les régressions démocratiques et sociales,

  - parce que ce système alimente le racisme,

il ne peut que susciter notre opposition la plus résolue. Il justifie pleinement notre place d’organisation de défense des droits de l’homme et de lutte contre le racisme dans la mobilisation contre le G20, aux côtés des mobilisations mettant l’accent sur des exigences à caractère économique que nous partageons par ailleurs sans réserve.

Les peuples d’abord, pas la finance est une exigence également nôtre.

Néanmoins, alors que la refonte des institutions est un impératif qui s’impose, et en relation directe avec cette exigence qui ne peut se satisfaire de réformes à la marge du système, il est nécessaire de prendre sérieusement en compte des revendications certes anciennes mais sur lesquelles il est impossible de faire l'impasse sans remettre en cause la possibilité même de changer de façon radicale l’ordre économique aujourd’hui dominant :

-       l’annulation de la « dette » du Tiers Monde reste ainsi une priorité d’autant plus forte lorsqu’il s’agit de dettes illégitimes,

-     la nécessité de construire des ponts, pas des murs –et la mise en place d’une politique migratoire entre l’UE et les pays du Sud- doit être la préfiguration à une liberté de circulation que les gouvernements des pays riches, avides de préserver les intérêts de leurs classes possédantes, ne peuvent plus longtemps différer. Considérer l’immigration comme une variable d’ajustement ne peut être toléré.

-         La reconnaissance pour les immigrés, quel que soit leur pays d’origine et d’installation, de droits sociaux, politiques et syndicaux égaux à ceux des « nationaux » est une mesure qui doit mettre fin à des situations intolérables d’injustice, voire d’esclavage moderne comme c’est le cas jusqu’à l’extrême dans les monarchies pétrolières du Golfe.

-      Enfin, les pressions pouvant aller jusqu’aux interventions militaires, pour les plus récalcitrants à l'ordre économique mondial actuel, se doivent d’être mises en échec.

  Vingt pays les plus riches ne peuvent décider au nom d’une prétendue « communauté internationale », d’autant que leurs décisions vont peser de façon irrémédiable sur l’avenir des peuples. Il y a urgence à combattre ce système en vigueur et à mettre en place des solutions plus justes et plus respectueuses de tous.

Par Différences. La revue - Publié dans : Relations internationales
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Mardi 1 novembre 2011 2 01 /11 /Nov /2011 06:00
Par Différences. La revue - Publié dans : Quartiers populaires
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Lundi 31 octobre 2011 1 31 /10 /Oct /2011 06:00

 

La Palestine à l’O.N.U. ?

 

LETTRE OUVERTE

 

à Monsieur Jean-Marie Le Guen

et Monsieur Serge Blisko

Députés du 13earrondissement

 

 

De nombreux habitants du 13earrondissement, dont vous êtes les députés, ont été choqués de vous voir participer à la réunion du 20 septembre au Théâtre du Gymnase, organisée par l’Union des Patrons et professionnels juifs de France pour protester contre la demande palestinienne d’adhésion à l’O.N.U. (www.youtube.com/watch?v=M3YmgD15Rg)

 

Vous, députés français, avez chanté l’hymne israélien avec des députés de droite, dont Eric Raoult qui, précédemment, avait affirmé : « Pour moi, Israël, c’est plus important que les retraites ». Vous avez signé avec 110 parlementaires, en large majorité de droite -Monsieur Le Guen en 11eposition, Monsieur Blisko en 16eposition- une pétition demandant au Président de la République de s’opposer à l’admission à l’ONU d’un Etat palestinien.

 

Monsieur Le Guen craint que la démarche de Mahmoud Abbas ne crée « une situation conflictuelle ». Cette crainte prétendue n’est-elle pas grotesque quand, depuis des années, les gouvernements israéliens multiplient les actes de violence pour briser la résistance palestinienne, particulièrement la résistance non violente. Assassinats d’opposants, arrestations de députés, détentions arbitraires de prisonniers politiques, étranglement de la bande Gaza et bombardement de sa population captive, destructions de maisons et de plantations en Cisjordanie occupée… qu’est-ce que tout cela, sinon « une situation conflictuelle » ?

 

Selon vous, la France devrait s’opposer à la proposition de Mahmoud Abbas parce qu’elle vise « à imposer de manière unilatérale la reconnaissance d’un Etat palestinien ». Etrange manière de présenter comme « unilatérale » une démarche s’adressant au Conseil de Sécurité de l’ONU, instance multilatérale par excellence. Quand les autorités israéliennes, en dépit de la condamnation par la Cour Internationale de Justice, poursuivent sur près de 800 kilomètres la construction d’un mur, dit « de sécurité », qui empiète sur les territoires concédés à l’administration palestinienne, mur qui sépare et enserre les bantoustans palestiniens, ne s’agit-il pas d’un acte unilatéral ? Quand, en autorisant sans cesse de nouvelles implantation juives, elles annexent peu à peu les quartiers de Jérusalem Est reconnus par les résolutions de l’ONU comme capitale du futur Etat de Palestine, ne s’agit-il pas d’une politique unilatérale du fait accompli ?

 

Vous jugez la démarche de Mahmoud Abbas dangereuse « parce qu’elle enterrera définitivement les espoirs des partisans palestiniens et israéliens de la paix, qui n’ont cessé d’œuvrer en faveur d’une solution négociée depuis l’inauguration du processus de paix à Madrid en 1991 ; elle les marginalisera au profit des extrémistes qui refusent toute concession et n’hésitent pas à recourir à la violence ». Curieuse réécriture de l’Histoire ! Depuis trente ans, Israël affiche, dans de multiples « conférences de la paix », sa prétendue « bonne volonté », mais il diffère sans cesse le traitement des dossiers centraux : tracé des frontières sur la base des lignes de partage d’avant 1967, soit 22 % de la Palestine historique, accès à l’eau, modalités de réalisation du droit au retour des expulsés… De rencontre en rencontre, l’échéance promise a toujours été repoussée, cependant qu’Israël mettait à profit le temps gagné pour étendre son emprise sur les territoires occupés en 1967. Les colonies sont toujours plus nombreuses et plus peuplées : 110 000 colons en Cisjordanie en 1993, 310 000 en 2010 ; et plus de 200 000 à Jérusalem-Est. Les ressources en eau sont de plus en plus accaparées au profit de l’agriculture et de l’industrie israéliennes, principalement dans la vallée du Jourdain, alors que des restrictions drastiques sont imposées aux paysans palestiniens.

 

Israël veut garder tout ce dont il s’est emparé, en particulier toutes les grandes colonies, ne proposant en échange que quelques kilomètres carrés, quasiment désertiques, dans le Néguev. Dans ces conditions, sommer les Palestiniens de retourner à la table des négociations, sans préalable, pas même le gel des colonies, feindre de considérer que l’occupé et l’occupant négocient d’égal à égal, c’est en réalité apporter son soutien à l’agression.

 

En signant cette pétition contre l’admission de la Palestine à l’ONU, admission jugée nécessaire et juste par une majorité de Français, vous vous opposez à la réalisation des droits du Peuple palestinien. Croyez que nous ferons largement connaître à nos concitoyens la position que vous avez prise.

 

Association France Palestine Solidarité Paris-Sud

Collectif Interuniversitaire pour la Coopération avec les Universités Palestiniennes - CICUP

Mouvement de la Paix Comité de Paris 12-13-14

Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples - M.R.A.P. 5e/13e

Nouveau Parti Anticapitaliste - N.P.A. 5e/13e

Parti Communiste Français - PCF 13e

Parti de Gauche - PG 13e

Mouvement Politique d’Education Populaire - M’PEP 13e

Réseau International Juif Anti-sioniste - IJAN 13e

Les Alternatifs 13e

 

Contact : Collectif Palestine 13es/c AFPS Paris-Sud - Maison des Associations - 13 rue Caillaux 75013 Paris

Adresse mail : Palestine.Collectif@gmail.com

 

Note de la rédaction : George  Pau-Langevin, députée (PS) de Paris, et ancienne présidente du MRAP, est également signataire de l'appel incriminé.

Par Différences. La revue - Publié dans : Israël-Palestine
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Samedi 29 octobre 2011 6 29 /10 /Oct /2011 21:24

Discours prononcé par son fils lors du rassemblement le samedi 29 octobre 2011 à 17h30 Boulevard Saint-Germain face à la Brasserie Lipp (où il fut enlevé pour être assassiné).

mehdibenbarka.jpg

Mehdi Ben Barka

 

 

 

Intervention de la famille de Mehdi Ben Barka au rassemblement du 29 octobre 2011 à Paris.

 

Je vous remercie d’être comme chaque année fidèle à ce rendez-vous pour la vérité, la justice et la mémoire.

Je remercie toutes les associations, tous les partis politiques, toutes les personnalités et vous tous militants et simples citoyens qui êtes, année après année, partie prenante de cette manifestation. Au-delà du nécessaire hommage à la mémoire de Mehdi Ben Barka, ce rassemblement nous réunit pour marquer notre volonté commune :

- à poursuivre le combat pour la vérité et la justice ;

- pour exiger avec force que toute la lumière soit faite sur l’enlèvement et l’assassinat de Mehdi Ben Barka, ses assassins identifiés, sa sépulture localisée et toutes les responsabilités, qu’elles soient étatiques ou individuelles, établies ;

- pour dénoncer la complicité des deux états marocain et français à continuer à protéger les auteurs et les complices de ce crime odieux, à empêcher des témoins-clé de s’exprimer devant la justice, usant et abusant de la raison d’États pour faire obstacle à l’action de la justice et pour bafouer le droit de ma famille à toute la vérité.

Ce combat pour la vérité fait partie de celui des familles de victimes de la disparition forcée au Maroc dont le sort est aujourd’hui encore inconnu.

Depuis des décennies, ce combat s’est toujours inscrit dans le combat plus large de nos sociétés pour la démocratie, la dignité et la justice.

Cette année, notre rassemblement prend donc une signification particulière à la suite de ce qui a été appelé le printemps arabe, qui est en fait la révolte des peuples arabes face au despotisme de leurs dirigeants, face à l’injustice et au mépris dont ils sont victimes.

Ces soulèvements ont été marqués, sont encore marqués par le dépassement de la peur et la conviction profonde qu’une mobilisation populaire résolue peut venir à bout des régimes les plus répressifs. Le bilan humain est très lourd, preuve supplémentaire de l’étendue du cynisme et du mépris de ces dirigeants, n’hésitant pas à massacrer leur propre population et à réprimer avec violence les manifestations pacifiques.

Je voudrais saluer ici la mémoire de tous ceux qui ont montré par leur sacrifice que le changement était possible, tous ceux qui n’ont pas hésité à s’immoler, poussés au désespoir, tous ceux qui ont succombé au matraquage policier.

Aujourd’hui, au Maroc, le combat des familles des victimes des années de plomb pour la vérité et contre l’impunité accompagne celui des familles des victimes de la répression du système sécuritaire pour que justice soit rendue.

Les soulèvements populaires dans le monde arabe ont eu des parcours différents, en fonction des spécificités de chaque pays et de son histoire.

Après avoir balayé la dictature de Ben Ali, le peuple tunisien vient d’élire son Assemblée constituante. Quelle que soit l’appréciation que l’on peut porter sur les résultats de ce vote, quelles que soient les éventuelles craintes qu’il peut susciter, une chose est certaine : le peuple tunisien a pris son destin en mains, et il a démontré sa capacité à surmonter toutes les difficultés pour asseoir une réelle démocratie dans son pays.

Au Maroc, le mouvement des jeunes du 20 février, dans sa diversité sociale, politiques et culturelle a joué un rôle fédérateur dans la revendication d’une véritable démocratie et dans l’exigence de la mise en place d’un processus de souveraineté populaire à travers des institutions démocratiques s’appuyant sur une constitution qui mette fin au système absolutiste actuel, reprenant le mot d’ordre de la revendication de l’élection d’une Assemblée constituante qui date du lendemain de l’Indépendance.

La réponse apportée par la dernière réforme constitutionnelle préparée en vase clos est loin de répondre aux exigences institutionnelles, politiques économiques et sociales de la situation. D’autant plus que ce qui est proposé comme une avancée démocratique s’accompagne d’une répression féroce de tous ceux qui continuent à revendiquer plus de citoyenneté, plus de justice, plus de dignité, plus de droit.

Les prochaines élections législatives ne pourront en aucune façon occulter la gravité de la situation économique et sociale.

Pour sa part, l’IMBB-MV poursuit sa contribution au débat démocratique pour une meilleure connaissance de notre histoire contemporaine en mettant à la disposition du public marocain les écrits politiques fondamentaux de MBB. Le dernier en date est la version en arabe de « l’option révolutionnaire au Maroc ».

 

Chers amis,

 

En hommage à Mehdi Ben Barka, le plus emblématique des disparus, le 29 octobre a été décrété « journée du disparu » au Maroc par le mouvement des droits humains. Des rassemblements similaires au notre y sont tenus aujourd’hui. D’autres manifestations sont organisées les prochains jours.

Notre rassemblement permet d’exprimer notre solidarité pleine et entière avec le combat incessant du mouvement des droits humains, avec les victimes des années de plomb au Maroc et leurs familles, plus particulièrement avec les familles de disparus, pour connaître la vérité sur le sort de leurs proches, qu’ils soient morts ou encore vivants.

Les manquements aux promesses faites par l’IER ont accompagné la fin des activités du CCDH. C’est pour cela que nous espérons que les nouvelles prérogatives du CNDH mis en place en mars dernier vont lui permettre de répondre enfin à l’attente des familles des victimes et de l’ensemble de la société pour clore par la vérité et la justice tous les dossiers en suspens.

 

Chers amis,

L’an dernier je vous avais fait part d’une petite lueur d’espoir de progresser dans notre combat pour la recherche de la vérité.

Nous avions appris que le ministre français de la défense venait de décider de lever le secret-défense sur une grande partie des documents saisis par le président de la Commission Consultative du Secret de Défense Nationale (CCSDN) au siège des services secrets français (la D.G.S.E.) après que le juge d’instruction Patrick Ramaël ait décidé d’y perquisitionner fin juillet 2010.

La CCSDN avait donné un avis favorable de levée du secret-défense sur des dizaines de documents.

Au moment où je vous en avais fait état il y a un an, aucun élément ne permettait de savoir si les documents dont allait disposer le juge Ramaël permettront une avancée significative dans l’éclaircissement des circonstances de la disparition de mon père. Nous le souhaitions bien entendu.

Quelques semaines plus tard, nous étions dans le bureau du juge Ramaël (Me Buttin et moi-même) pour prendre connaissance officiellement du contenu de ces documents.

A notre grande indignation, nous avions appris que le Ministre de la défense, dans un grand élan de courage politique, n’avait même pas osé entériner la proposition du CCSDN, ce qui était la règle convenue dans ces affaires. Il n’avait en fait levé le secret-défense que sur la partie la plus insignifiante des documents, refusant de le faire pour la plus grande part.

Voilà où nous en sommes dans la République française en 2011.

Excusez cette trivialité, mais il n’y a pas d’autres mots : 46 ans après les faits, l’état se couche devant la raison d’État.

Les mêmes blocages au nom de la raison d’État empêchent la progression de la recherche de la vérité au Maroc et continuent de protéger ceux qui seraient impliqués dans l’enlèvement et l’assassinat de Mehdi Ben Barka. Les Commissions rogatoires internationales du juge Ramaël ne sont pas exécutées depuis 2003. Malgré toutes les réponses apportées aux demandes formulées par la justice marocaine pour retarder l’exécution des CRI, rien n’a été fait pour entendre les témoins importants, membres du système sécuritaire ni de faire les fouilles nécessaires au PF3 pour y trouver d’éventuelles dépouilles.

Tout laisse à penser que le régime attend que la vieillesse vienne à bout de ces témoins pour faire constater son impuissance à répondre à nos légitimes interrogations.

Là aussi, voilà une belle preuve de courage politique

Voilà toutes les raisons qui font que nos inquiétudes persistent quant à la réalité de la volonté politique des deux États marocain et français à aider à la manifestation de la vérité dans une affaire d’une haute signification symbolique des relations entre la France et le Maroc.

Malgré tous ces obstacles, le combat pour la vérité, la justice et la mémoire continue. Nous le menons avec ma famille, notre avocat Me Maurice Buttin et avec vous, associations, syndicats, partis et aussi citoyens dont le soutien est aussi précieux pour nous qu’il est dérangeant pour ceux qui voudraient bien enterrer définitivement ce dossier.

Les prochains scrutins de 2012 semblent être porteurs d’espoirs.

Comme lors de précédentes échéances, nous sommes convaincus de la volonté de la gauche à s’engager à mettre fin au scandale de la raison d’État qui entrave l’action de la justice pour qu’enfin la vérité puisse éclater.

Contrairement à de précédentes échéances électorales, nous espérons que la raison d’État ne fera pas reculer une fois de plus la vérité et la justice.

Il y a quelques jours, a été commémoré le 50ème anniversaire du massacre des algériens du 17 octobre 1961. Pendant longtemps la raison d’État a essayé, mais en vain, d’occulter la réalité des faits et de minimiser sinon de nier les vraies responsabilités. Aussi bien pour faire avancer le nécessaire travail de mémoire que pour rende justice aux victimes, il est aujourd’hui indispensable de qualifier ces massacres de crime d’états.

Il y a quelques mois, Didar Fawzy nous a quittés. Aussi bien dans le cadre des activités de l’association « Mémoire, vérité et justice sur les assassinats politiques en France » que dans la préparation du colloque « de la tricontinentale à l’altermondialisme », elle a toujours personnifié la combativité et la rigueur militante, toujours vigilante pour aller à l’essentiel. La militante progressiste et anti-impérialiste infatigable du groupe « Solidarité » et surtout l’amie va beaucoup nous manquer.

Une autre perte à déplorer fut celle de M’hammed Aouad. Proche collaborateur de Mehdi Ben Barka dans les années 50 pour la mise en place de la presse et des archives du mouvement national, il fut l’ami indéfectible de tous les instants. Avec lui, nous perdons un proche et l’histoire du mouvement national perd un peu de sa mémoire.

Pour finir, comme chaque année, je vous donne rendez-vous au 29 octobre prochain pour un autre rassemblement consacré, je l’espère, uniquement à la mémoire.

D’ici là, maintenons notre mobilisation toujours plus forte pour répondre à toutes les attaques portées au nom de la raison des États à la vérité, à la justice et à la mémoire.

Paris, le 29 octobre 2011

 

Par Différences. La revue - Publié dans : Maghreb
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