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Dimanche 27 novembre 2011 7 27 /11 /Nov /2011 09:14

gresh Vous trouverez à cette adresse, la traduction en arabe de cet article.

Les prévisions les plus pessimistes étaient devenues monnaie courante. Après le printemps venait l’automne arabe, la contre-révolution était en marche, et, pour certains, la révolution n’avait même pas eu lieu. Ce sentiment était sans doute d’autant plus prégnant que le renversement des régimes tunisien et égyptien s’était opéré avec une apparente facilité, créant l’illusion que les transformations seraient simples. Dès que le processus sembla ralenti, les augures annoncèrent que la révolution avait perdu. Pourtant, toute l’histoire des révolutions, de la révolution anglaise à la révolution française, de la révolution bolchevik à la révolution algérienne, prouve que les transformations nécessitent du temps, de l’énergie, souvent des affrontements violents. Rarement les classes dominantes cèdent sans combattre. Mais si la contre-révolution est une réalité, rien n’indique qu’elle doive nécessairement l’emporter.

La chute du président Hosni Moubarak n’avait été qu’une première étape, suivie de la nomination d’un nouveau gouvernement, puis de l’arrestation du président et de membres de sa famille et du début de leur procès, dont le conseil suprême des forces armées (CSFA) ne voulait pas. D’autres mesures avaient été imposées par la rue, notamment la dissolution du Parti national démocratique (PND, le parti de Moubarak), puis la nomination d’une direction provisoire au syndicat officiel.

Mais, partout, les responsables de l’ancien régime luttaient pied à pied pour maintenir leurs privilèges. L’exemple le plus frappant était celui des médias d’Etat, presse officielle et télévision. Malgré quelques petits changements, ces médias diffusaient le point de vue du CSFA, n’hésitant pas à user du mensonge et de la calomnie, comme du temps de l’ancien président. Dans chaque entreprise, dans chaque université, dans chaque administration, se maintenaient aussi des « petits Moubarak » qui avaient participé aux malversations de l’ancien régime. Et partout des grèves et des luttes se multipliaient pour obtenir à la fois le changement de direction et une amélioration des conditions de vie des salariés. D’autant que les mobilisations ouvrières avaient préparé l’actuelle révolution (lire Raphaël Kempf, « Racines ouvrières du soulèvement égyptien », Le Monde diplomatique, mars 2011).

Parallèlement, les élections dans divers syndicats professionnels amenaient de profonds changements dans des organisations qui ont un poids réel dans la société. D’abord le syndicat des médecins : les Frères musulmans, tout en gardant la majorité au niveau national, perdaient le contrôle de la majorité des sections régionales. Ils emportaient les élections du syndicat des enseignants (je n’ai pas pu obtenir les résultats exacts), mais perdaient aussi la présidence du syndicat des journalistes, et surtout celle du puissant syndicat des avocats. Plus que les revers (parfois relatifs) des Frères, c’était la forte participation à tous ces scrutins qui indiquait la volonté des adhérents de voir ces organisations jouer un rôle combatif.

Cette activité, comme les grèves et les mobilisations locales contre la corruption ou contre des dirigeants de l’ancien régime encore en place n’étaient pas spectaculaires, et se trouvaient en partie dissimulées par le jeu des appareils politiques, les interminables discussions entre les partis et les forces armées sur le calendrier électoral, le futur contenu de la Constitution, etc.

Plus que tout autre chose, ce qui va perdre le CSFA — qui disposait, au moins au début d’une certaine crédibilité —, c’est le maintien de sa politique répressive à l’égard de tous les opposants, et plus largement de l’ensemble de la population : mêmes arrestations arbitraires, mauvais traitements, tortures... ; usage des tribunaux militaires pour juger des civils ; refus d’enquêter sur les cas de torture voire de mort dans les prisons. La poursuite de ces pratiques a discrédité l’armée non seulement auprès de la jeunesse intellectuelle mobilisée depuis le 25 janvier, mais également dans toutes les couches populaires. La participation active aux affrontements des ultras, ces groupes de supporteurs des clubs de football, dont la haine des forces de l’ordre n’est pas sans rappeler la haine de la jeunesse des banlieues françaises pour les brigades anti-criminalité (BAC), témoigne du ras-le-bol général face à l’autoritarisme et l’arbitraire (lire Claire Talon, « Egypte : génération ultra », LeMonde.fr, 17 octobre 2011). Le cas du blogueur Alaa Abdel Fattah, arrêté pour des motifs absurdes, a d’autant plus ému l’opinion que la lettre qu’il a envoyée de prison a mis en lumière les conditions de détention de ses compagnons de cellule et la situation de dizaines de milliers de jeunes, souvent issus des milieux populaires et ne disposant pas de connexions pour les protéger. Cet arbitraire et la violence inouïe de chaque répression — contre la manifestation des coptes, en octobre, comme contre les manifestants de Tahrir, le vendredi 18 novembre et les jours qui ont suivi — ont été l’élément essentiel de l’extension des manifestations. Rappelons-nous que le mot d’ordre de « dignité » (karama) a été le ciment de toutes les couches de la société, en Egypte comme dans le reste du monde arabe.

D’autre part, l’adoption d’un document « supra-constitutionnel », visant à fixer des limites strictes au futur Parlement chargé d’écrire la Constitution, a soulevé nombre d’oppositions, notamment celle des Frères musulmans qui y voyaient un outil pour les écarter de tout exercice réel du pouvoir. En effet, ce texte donnait à l’armée la possibilité de refuser toute décision du futur Parlement, voire même de le dissoudre. C’était le « modèle turc » — mais pas l’actuel : celui d’il y a trente ans, quand l’armée « veillait » sur le pouvoir civil... un droit qui lui a été ôté par les réformes des dix dernières années.

Le CSFA faisait ainsi basculer les Frères musulmans dans une opposition ouverte et ils appelaient, avec d’autres forces, à une manifestation d’un million de personnes le vendredi 18 novembre : pour la première fois depuis le printemps 2011, les Frères descendaient dans la rue. L’ampleur de la manifestation puis sa répression violente ont enclenché les événements actuels — et une remobilisation qui a largement dépassé le cadre du Caire et d’Alexandrie. Le refus des Frères musulmans de participer aux nouvelles mobilisations — malgré leur dénonciation claire de la répression —, confirment qu’ils ont du mal à s’adapter à la nouvelle donne de l’après–Moubarak, ce qui n’est pas sans créer des divisions chez eux (Hany ElWaziry et Ghada Sherief, « Discord within Brotherhood for not participating in demo », Al-Masry Al-Youm in English, 22 novembre). Il est vrai que leur objectif à court terme est la tenue des élections le 28 novembre, qui leur garantiront un nombre élevé de députés.

Il est encore difficile de savoir comment se développera cette étape (lire Isandr El Amrani, « Tahrir : What next ? », The Arabist, 22 novembre). Ce qui est sûr, c’est que les Egyptiens ne cherchent pas, comme l’affirme de manière méprisante l’éditorial du Figaro du 23 novembre, leur « nouveau pharaon ». Le CSFA a fait le 22 au soir quelques concessions : démission du gouvernement, promesse que l’élection présidentielle aura lieu avant la fin juin 2012 et que le pouvoir passera alors aux civils, ouverture d’enquêtes sur la répression. Mais il semble que c’est trop peu, trop tard... Les manifestations se poursuivent, la mobilisation s’étend — on a ainsi vu, fait sans précédent, 250 diplomates en poste demander le retour du pouvoir aux civils. La révolution continue.

 

Source


Par Différences. La revue - Publié dans : Proche et Moyen-Orient
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Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 07:10

mucchielli2

 

http://www.laurent-mucchielli.org/public/Photo_Marc_Laapage_vieux_immigres.jpgL'obsession d'austérité du gouvernement, plus préoccupé de faire plaisir aux agences de notation que d'assurer le bien-être matériel de la population, commence à faire ses premières victimes: l'ensemble de la population avec les hausses de TVA, les plus modestes avec des coupes dans les budgets sociaux et, encore une fois, les vieux travailleurs immigrés. Ceux-ci font l'objet depuis une dizaine d'années d'un véritable harcèlement administratif de la part des Caisses d'allocations familiales (CAF) et des Caisses d'assurance Retraite et de la santé au travail (CARSAT). Sous couvert de lutte contre la "fraude", ces organismes tendent insidieusement à supprimer les aides au logement (APL) et le "minimum vieillesse" (ASPA, Allocation de solidarité aux personnes âgées) des vieux travailleurs immigrés vivant entre la France et leur pays d'origine. Avec beaucoup de courage, une récente campagne de mobilisation associative tente de sensibiliser l'opinion publique sur la cause des "chibanis" (voir ici). Le minimum vieillesse bénéficient à 70 914 allocataires et coûte 572 millions d'euros. 35,5 % des allocataires sont étrangers et 32% sont des ressortissants d'un pays étranger à l'Union européenne. Ces derniers sont la cible du député UMP du Rhône Philippe Meunier, membre du groupe "Droite populaire" et co-organisateur du fameux "apéro saucisson-pinard" à l'Assemblée nationale (12 juillet 2011), qui souhaite établir la préférence nationale dans l'attribution du minimum vieillesse (voir ici). Mais comme l'introduction d'une condition de nationalité n'est pas possible (elle toucherait aussi les "bons" étrangers européens), une nouvelle restriction est introduite: détenir un titre de séjour depuis 10 ans. Voilà comment on "économise" 100 millions d'euros sur le dos des chibanis, bien utiles du temps des "Trente Glorieuses", inutiles du temps de Sarkozy, et comment est mise en oeuvre une "expulsion indirecte" car, sans ces maigres revenus complémentaires, ces chibanis n'ont d'autre choix que de partir.

Abdellali HAJJAT

 


Source:  le blog de Laurent Mucchielli

Par Différences. La revue - Publié dans : Migrants
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Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 22:40

aieaAvant la remise du rapport de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) concernant le nucléaire iranien, les autorités israéliennes avaient multiplié les déclarations sur des éventuelles frappes sur des installations nucléaires iraniennes, menaces et déclarations bellicistes estimées d’autant plus crédibles si l’on se réfère au précédent que constitue la destruction du réacteur Osirak qui en 1981 avait porté un coup fatal au potentiel nucléaire de l’Irak.

Néanmoins, les deux situations sont différentes, comme l’est également le contexte international, issu des révolutions arabes -et l’Iran, par ses capacités de riposte militaire n’est pas forcément l’Irak.

De plus, les contraintes politiques et militaires rendent cette opération difficilement réalisable en dehors du consentement des Etats-Unis - la distance à parcourir par les avions pour atteindre les cibles iraniennes depuis Israël nécessitant de pouvoir compter sur une coopération totale des Etats-Unis, de leur couverture radar et de la mise à disposition de leurs avions ravitailleurs.

De fait, malgré leur engagement déclaré à soutenir Israël en cas d’attaque contre l’Iran et, a fortiori, en cas de riposte iranienne, les Etats-Unis, (la Grande-Bretagne a adopté la même position, la France, une position moins alignée sur Israël), tout en assurant leurs alliés israéliens de leur soutien, semblent ne pas être prêts à se lancer dans une attaque dont les conséquences sont incalculables.

Après les déconvenues en Irak et en Afghanistan, les Etats-Unis ont sans doute appris à tirer les leçons de l’aventurisme militaire. Une opération ciblée, même limitée dans le temps, pouvant à tout moment dégénérer et se transformer en véritable bourbier. Et l’Iran a les moyens de faire payer au prix fort toute attaque contre ses installations.

 

Un rapport sévère qui évite la guerre ?

Aujourd’hui, de façon paradoxale, la sévérité du rapport de l’AIEA éloigne (pour un temps ? ) une option militaire qui est loin de convaincre, parfois même ses partisans.

Ce rapport entre même directement en résonance avec la stratégie de Nétanyahou qui est de placer la « communauté internationale » devant le dilemme, assimilé par certains à une sorte de chantage, qui peut se résumer à : soit vous prenez des mesures d’embargo suffisantes pour mettre à genoux l’Iran, soit nous intervenons militairement contre ce pays.

De plus, mettant gravement en cause l’Iran, il ne peut qu’inciter la « communauté internationale », soucieuse d’éviter une guerre aux conséquences désastreuses, à agir contre l’Iran en accentuant les sanctions – des sanctions sous pression- avec sans doute la satisfaction illusoire de sauver la paix en évitant l’irréparable.

Aujourd’hui, il est question de transmettre la question du nucléaire iranien à l’ONU. Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères a déclaré lors d’une interview de ce mercredi 9 novembre à RFI :

« Nous pensons d’abord que le conseil des gouverneurs de l’Agence [AIEA] doit condamner explicitement la conduite de l’Iran. Je pense que la saisine du Conseil de sécurité [de l’ONU] s’impose aussi. Et en tout cas, la France est prête avec ceux qui le voudront à aller un coup plus loin, si je puis dire, dans des sanctions qui existent déjà, mais qui doivent être renforcées pour faire plier l’Iran ».

Et aujourd’hui, c’est bien l’accentuation des sanctions qui est à l’ordre du jour.

 

Une sortie honorable pour Benjamin Nétanyahou …

Alors que les projets d’attaque projeté par Benjamin Nétanyahou étaient contestés en Israël même par des responsables de haut rang des services de sécurité, par des ministres du gouvernement de Nétanyahou, la tournure des événements offre de toute évidence une porte de sortie honorable au premier ministre israélien lui permettant d’éviter un scénario catastrophe qu’il avait lui-même échafaudé : tenu par les menaces d’intervention qu’il a lui-même proférées- et que les Iraniens ignorent, persistant dans leur volonté de poursuivre leur programme-, Benjamin Nétanyahou, par ce rapport, se voit heureusement dispensé de mettre ses menaces à exécution sans que ni son crédit ni le caractère dissuasif de ses mises en garde ne se trouvent entamés.

… un bénéfice diplomatique pour Israël

En tout état de cause, et quel que soit le développement ultérieur de cette crise, après les échecs diplomatiques qu’a connus Israël ces derniers temps et son isolement que l’on a pu constater lors de l’admission de la Palestine à l’UNESCO, le dossier du nucléaire iranien est une occasion pour Israël de se remettre en selle dans le jeu diplomatique… Une occasion de renouer tant avec les pays occidentaux, ses alliés traditionnels –« naturels » comme le prétendent certains- qu’avec les pays arabes et/ou musulmans. A cet effet, Israël peut sans doute compter sur l’appui des monarchies du Golfe et particulièrement sur l’Arabie Saoudite, soucieuse de retrouver la place qui était la sienne dans le monde musulman avant que la Révolution khomeyniste ne la lui conteste.

 

Les peuples, premières victimes des sanctions

Si l’on peut se féliciter que se trouvent éloignées les menaces réelles que font courir des escalades verbales irresponsables, d’autant plus difficilement maîtrisables que, de l’autre côté, le régime iranien ne peut faire de concessions sous la menace, sinon à perdre lui aussi son crédit vis à vis de sa population,

si l’on peut se féliciter que soient éloignés les dangers d’une perte de contrôle de la situation occasionnée par une surenchère dramatique sous l’influence des plus extrémistes dans chaque camp,

si d’autres encore se félicitent que le dossier soit transmis à l’ONU,

devant la probabilité d’un rehaussement des sanctions d’ores et déjà envisagé, une mobilisation citoyenne doit, dès aujourd’hui, se mettre en place pour refuser des mesures qui ont montré leur inefficacité et leur nocivité en ce qu’elles touchent prioritairement les populations civiles. L’exemple de l’Irak n’est pas si lointain. Le bilan des sanctions qui mettent à mal toute une économie est catastrophique. L’embargo à l’encontre de ce pays qui a mis à mal toute une économie a été catastrophique : il aurait fait un million 700 000 victimes dont un million d’enfants et la résolution « Pétrole contre nourriture » a surtout profité au pouvoir en place, aux sociétés pétrolières et à des intermédiaires.

 

L’AIEA comme l’Unscom en Irak ?

Le retour sur l’Irak doit également nous faire douter de la véracité même de l’ensemble des éléments contenus dans le rapport de l’AIEA ou de leur interprétation par les commentateurs. Si ce rapport détaille les activités iraniennes « spécifiquement liées à l’arme nucléaire », si les éléments qu’il contient accusent l’Iran de chercher à se doter de l’arme atomique sous couvert d’un programme civil et pacifique, les accusations ne sont pas plus précises. Faut-il rappeler que la mission de l’ONU, conduite par les inspecteurs en désarmement de l’Unscom, chargée d’enquêter en Irak, assurait que des éléments concordants démontraient de la façon la plus formelle que l’Irak possédait des armes de destruction massive …on connaît la suite : des mesures d’embargo puis ….plus tard une intervention militaire. Et l’on sait aujourd’hui ce qu’il en est des ces éléments irréfutables assénés avec la plus grande assurance par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France.

Si le danger d’une intervention d’Israël semble aujourd’hui quelque peu écarté, le traitement du dossier nucléaire iranien par l’ONU ne garantit aucunement un traitement diplomatique satisfaisant, dès lors que les Etats-Unis n’ont cessé d’instrumentaliser cette organisation et de lui dicter ses choix. En Irak, ce fut une intervention décidée par l’ONU, menée sous couvert de l’ONU avec les résultats que l’on connaît…

Aujourd’hui, légitime défiance, n’est-on pas en droit de mettre en doute le rapport de l’AIEA et l’exploitation toujours sujette à caution qui est faite de ses conclusions ?

 

 

Pour le démantèlement complet de tous les arsenaux nucléaires

De façon plus générale, l’actualité brûlante de la crise avec l’Iran doit être l’occasion de revenir sur un certain nombre de questions qui sont très rarement posées :

- ainsi, de quel droit les détenteurs de l’arme atomique seraient-ils investis pour interdire à un autre pays de tenter de la posséder ? Du droit de veto à l’ONU à celui de dicter leur loi ou de décider de l’avenir des peuples dans des G8 ou des G20, les puissances dominantes ne cessent de violer des principes d’égalité comme s’il devait y avoir des pays plus égaux que d’autres.

- alors que la doctrine française de dissuasion nucléaire est aujourd’hui reconnue et partagée, en France, par un grand nombre de partis (même s’ils s’y étaient opposés à l’époque), comment refuser que l’Iran se dote de cette garantie, alors même que ce pays se trouve confronté à un environnement hostile avec l’Arabie Saoudite d’un côté, le Pakistan et Israël nucléaires l’un comme l’autre, mais également en butte à l’hostilité des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France et des pays occidentaux.

- alors qu’Israël possède la bombe atomique, mise au point en secret, en dehors de toute inspection de l’AIEA et après s’être dispensé de signer le TNP (Traité de non-prolifération nucléaire), ce que les censeurs de l’Iran acceptent sans sourciller, en quoi ce pays qui possède un arsenal nucléaire estimé à plusieurs centaines de têtes peut-il se permettre de vouloir priver l’Iran d’une arme que lui-même possède ?

le moment n’est-il pas venu de demander le démantèlement complet de tous les arsenaux nucléaires, mesure allant bien au-delà de la seule dénucléarisation de Moyen-Orient ?

Les pays occidentaux, si prompts à garder leur avantage militaire, y gagneraient en crédibilité. C’est la seule façon d’éviter une course à l’armement nucléaire.

A l’équilibre de la terreur qui a gouverné toute la seconde moitié du XXème siècle, dans un affrontement Est/Ouest aujourd’hui anachronique, n’est-il pas temps de substituer une autre vision du monde et une autre conception de l’égalité entre les Etats ? Les peuples ont tout à y gagner.


Le 9 novembre 2011, Y.M & AV

Par Différences. La revue - Publié dans : Proche et Moyen-Orient
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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 20:01

Colloque  jeudi 24 novembre à 18h 30

«Du printemps arabe à l’automne libyen»

Maison des Associations, 11, Rue Caillaux, 75013 Paris

Métro Maison Blanche

 

¨     La tragédie des Révolutions Arabes

¨     La Palestine à UNESCO entre espoir et chantage 

¨     La Libye le nouvel Irak

 

Débat animé par le journaliste Abel ZOUANI, directeur ID-FM Radio Enghien.

 

Avec la participation de :

Mme Anissa Boumediene,

Avocate et universitaire, la veuve  de l’ancien président algérien Houari Boumediene (1932-1978)

Paul Balta,

Ancien directeur du Centre d'études de l'Orient contemporain à l'université de Paris III-Sorbonne Nouvelle

 ancien responsable du Maghreb au journal Le Monde et son ancien correspondant en Algérie

René Naba,

ancien responsable du monde arabe musulman au service diplomatique de l’Agence France Presse

 

________________________________

 

Anissa Boumediene est l’auteur notamment des ouvrages suivants:

Moi, poète et femme d'Arabie TumāḍIr Bint Amr Al- H̲Ansā’ Editions Sindbad,

Le Jour et la nuit, poèmes-Éditions Saint-Germain-Des-Prés

Paul Balta est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages notamment:

-La Méditerranée des Juifs, Exodes et enracinements, les cahiers de Confluences- Harmattan Paris 2003   Sous la direction de Paul Balta, Catherine Dana et Régine Dhoquois-Cohen

-La Méditerranée réinventée- Editons La découverte 1992

 -Méditerranée. Défis et enjeux - L’Harmattan, 2000,

-Islam, civilisation et sociétés- Editions du Rocher, 2001 [1991],

-L’Islam - Paris, Bruxelles, Le Monde-éditions, Marabout, 3è éd. 1998 [1995].

 

René Naba, Animateur du blog : www.renenaba.com, est notamment l’auteur des ouvrages suivants:

 

-Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David»- Bachari Mai 2011

-Erhal, dégage, La France face aux rebelles arabes»- Golias Septembre 2011

-Hariri, de père en fils, hommes d’affaires premiers ministres» - Harmattan Février 2011

-Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français» - Harmattan 2002

«Guerre des ondes, Guerre des religions, la bataille hertzienne dans l’espace euro méditerranéen – Harmattan 1998.

Par Différences. La revue - Publié dans : Monde arabe
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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 19:24

Après l’attentat contre Charlie Hebdo

Dès que « l’attentat » contre Charlie Hebdo – en fait un incendie provoqué par le jet d’un cocktail Molotov – a été porté à la connaissance du public, et alors même que l’enquête en était à ses débuts, en l’absence de preuve manifeste ou de toute revendication, les accusations se sont immédiatement portées sur les milieux islamistes et la dénonciation de l’intégrisme musulman s’est ouvertement exprimée oubliant par là même que ce genre de méthode ou de mode d’action est commun à tous les intégrismes et fascismes. Cette célérité a de quoi inquiéter. Cela prouve à l’évidence la perméabilité de bien des milieux, en dehors d’oppositions politiques, à une islamophobie diffuse, mais toujours présente  et  qui peut se réactiver à la moindre occasion.

Que des accusations – et non de simples soupçons- aient pu être portées à l’encontre la seule mouvance islamiste, au point qu’aucune autre hypothèse n’ait été prise en considération –acte de vengeance, intérêt de groupes radicaux d’extrême droite à entretenir une certaine confusion, ou acte individuel d’un déséquilibré comme cela a pu être avancé lors de l’attentat d’Oslo –révèle un état d’esprit quelque peu inquiétant…

D’autre par, on aurait attendu de la part de responsables politiques ou associatifs une expression publique prenant soin  de mettre en garde contre les risques de dérapage, d’amalgame et de stigmatisation de l’ensemble des musulmans :en somme, une expression plus retenue, plus soucieuse d’analyser que d’« être dans le coup », quitte à se trouver quelque peu en rupture avec le consensus médiatique. .D’ailleurs Charb lui-même, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo,  a reconnu « Le pire c'est que ces trois cons vont faire passer tous les musulmans de France pour des intégristes ».

Que l’atteinte à la liberté d’expression puisse être intolérable et soit condamnée  est, en soi, une exigence. Néanmoins cette exigence ne peut être sélective. Il aura fallu attendre l’attentat contre Charlie Hebdo, attribué aux islamistes, pour qu’il soit fait mention  dans le même temps des agissements,  pourtant bien antérieurs chronologiquement, des intégristes chrétiens. Ainsi,  en dehors de toute condamnation spécifique  de ces agissements,  la dénonciation de l’intégrisme chrétien ne s’est faite qu’à la faveur de la condamnation de tous les intégrismes…

Le malaise ressenti,  face à ce traitement « passablement » discriminatoire, se trouve  encore amplifié par les façons mêmes de procéder de Charlie Hebdo et par ses prises de position idéologiques.

S’il est, certes, un journal satirique, provocateur bien entendu, ce serait néanmoins lui faire injure que de le réduire à ces seules dimensions. Charlie Hebdo est également un journal politique, engagé – les positions pro-intervention de certains de ses journalistes lors de la guerre d’Irak, comme la nomination de son ancien directeur comme directeur de France–Inter par Nicolas Sarkozy  sont là pour le rappeler.

Dans le cas présent,  changer le titre titre de façon volontairement provocatrice  en « Charia Hebdo» ne relève pas de l’innocence la plus puérile ou de la maladresse excusable, à moins de considérer les membres de la rédaction comme incapables de mesurer la portée de leurs actes… Difficile à envisager dès lors que depuis l’histoire des caricatures au Danemark que  Charlie avait reproduites, tout le monde a à l’esprit les réactions que cela peut provoquer.

 

En d’autres circonstances, s’agissant d’autres communautés pouvant se sentir ostracisées ou simplement, à tort ou à raison atteintes dans leurs convictions profondes, de pareilles provocations auraient été jugées irresponsables, de nature à dresser une partie de la population contre l’autre… Charlie Hebdo ne s’y est d’ailleurs pas aventuré, à raison.

Depuis le temps où la guerre des civilisations était prônée par les néo-conservateurs aux Etats-Unis, Charlie Hebdo n’a eu de cesse de dénoncer le poids des religions et dans cet exercice en s’en prenant singulièrement à l’islam et aux musulmans, instrumentalisant la laïcité en faisant de ce principe une lecture offensive et proche de l’intolérance.

Si dénoncer l’islam politique est une chose, la provocation utilisée par Charlie Hebdo n’est certainement pas la meilleure solution pour le mettre en échec.

Alors que des peuples arabes se sont mis en marche avec l’ambition de reprendre en mains leur avenir, l’amalgame opéré par Charlie entre la situation en Libye et celle de Tunisie en prenant l’islam comme dénominateur commun ne peut qu’entraîner une confusion regrettable.

BHLMA.jpgEn Libye, le nouveau pouvoir a été installé par les troupes de l’OTAN et  l’instauration de la charia, qui a suivi cette intervention militaire, décidée autoritairement et avant toute élection par Mustafa Abdeljalil, président du CNT,  doit nous conduire à réagir de façon aussi forte que pour la mise en place d’une loi islamique imposée par un pouvoir conservateur et réactionnaire.

Pour ce qui est de la  Tunisie, on avait affaire à un processus électoral avec comme objectif l’élection d’une Constituante. Alors que le résultat des élections, la victoire d’Ennahda, ne correspond pas à certaines attentes, (comme d’ailleurs les résultats des élections en Palestine qui avaient été marquées par la victoire du Hamas), le but de Charlie Hebdo n’est-il pas en définitive de provoquer un clivage fort entre partisans du parti musulman vainqueur des élections et partis laïques ?  En fin de compte de  sommer les citoyens de se déterminer sur la question de l’islam, en lui conférant un rôle exclusif, aussi essentiel et même plus que les questions économiques et sociales qui préoccupent certainement davantage les Tunisiens et tous ceux qui sont  attentifs à la réussite de l’expérience de ce pays.

La liberté d’expression se doit d’être garantie, en toute circonstance, ce qui est malheureusement loin d’être le cas, bien évidemment Charlie Hebdo doit en bénéficier, même si certains peuvent lui reprocher d’en abuser,  c’est le droit le plus absolu de ce journal de s’exprimer dès lors qu’il le fait  dans le cadre du respect des lois  -Si l’antisémitisme est un délit, l’islamophobie ne semble pas être réprimée avec la même sévérité-.

Face au danger que représente l’islamisme politique radical, pour contrer au mieux son influence, qu’il soit possible d’exprimer ses désaccords avec ce journal  et préférer user d’autres moyens plus pédagogiques et moins provocateurs sans voir ses propos déformés et subir les accusations intempestives d’islamo-gauchiste, serait la moindre des libertés d’expression .

Chercher à réconcilier les membres de communautés souvent victimes de racisme avec des idéaux républicains plus souvent déclamés que mis en pratique en luttant contre les discriminations qu’ils subissent, donner la place qui devrait être la leur,  et celle de leurs parents depuis des générations dans l’histoire nationale  n’est-ce pas, en définitive plus « productif » que d’obliger des personnes à se déterminer face à une alternative aussi sommaire  et brutale que celle proposée par les provocations de Charlie Hebdo ?

Pour notre part nous refusons de cautionner les méthodes et les objectifs politiques de ce journal qui se livre à une provocation qui, loin d’être gratuite, oblige chacun à prendre parti en fonction d’un débat ou d’une question initié par ce journal, dans une optique relevant plus de ses intérêts que d’autres  considérations .

Parce que le soutien à la liberté de la presse est transformé de façon biaisée en une campagne de soutien  acritique, aveugle ou inconditionnel  à ce journal,  nous nous contenterons de condamner un  attentat  aussi stupide que contre-productif à l’égard du nécessaire et indispensable vivre ensemble et de manifester un soutien très critique à Charlie Hebdo..

Y.M. & A.V.

Par Différences. La revue - Publié dans : Libertés
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