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Samedi 10 décembre 2011 6 10 /12 /Déc /2011 19:05

Nous avions annoncé ce colloque qui s'est tenu le 24 novembre 2011 à Paris.

Colloque du printemps arabe à l’automne libyen

Organisé par Abdel Zouani Radio EnghienIDF

Adresse mail: abel.zouani at live.fr  
Radio Enghien IDF 89 FM
Site Web: Site: www.idfm98.fr  

MAISON DES ASSOCIATIONS   24-11-2011

11 Rue CAILLAUX- 75013

C'est avec plaisir que nous publions l'intervention de Paul Balta, ci-dessous, et un résumé de celle de René Naba. 

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Intervention René Naba

 

La première révolution démocratique du XXI me siècle a pris de court la France parce qu’elle était engluée dans un débat surannée, unique parmi les grandes démocraties occidentales, sur le «rôle positif» de la colonisation au point que cette insistance pose la question de la pertinence de cette thématique et des ses objectifs sous jacents; au point que se pose la question de savoir si la «Patrie des Droits de l’Homme» ne chercherait pas à ériger, en dogme, la doxa officielle française, de crainte qu’il ne soit contesté un jour par la réminiscence de faits hideux, provenant de sa mémoire occultée. Si personne n’a rien vu venir des événements, c’est pour l’évidente raison que les Français se sont aveuglés eux-mêmes, s’intoxiquant de leur propre poison.

A égalité, les Arabes et les Musulmans occupent la première place au hit parade de la phobie des Occidentaux, dont la haine rance n’a d’égale que leur crasse ignorance, quand bien même l’Occident est redevable d’une part de sa liberté et de son indépendance à la contribution des «peuples basanés» aux deux Guerres mondiales, quand bien même l’Occident est redevable d’une part de sa victoire sur l’Union soviétique à l’effort de guerre arabo musulman dans le conflit Afghan, quand bien même l’Occident est redevable d’une part du confinement de l’Iran, son croquemitaine du moment, à ses voisins pétro monarchiques arabes et musulmans.

Personne n’a rien vu venir. Personne. Absolument personne. Ce mot d’ordre, repris en choeur par tous les intellectuels médiatiques, dans toutes les déclinaisons des réseaux hertziens et numériques, a servi de justificatif à la cécité politique occidentale lors du printemps arabe» de l’hiver 2011. Personne n’a rien vu venir, malgré quatorze tentatives d’attentat ourdis contre le président égyptien Hosni Moubarak en 32 ans de pouvoir, malgré les deux mille quatre vingt dix (2090) émeutes dénombrées à travers le Monde, en trois ans (2008-2011), dont plusieurs centaines en Egypte et en Tunisie, premières émeutes de la mondialisation, le terreau contestataire sur lequel germera la révolte des peuples arabes de l’hiver 2011. Comme tétanisée par sa nostalgie de grandeur, la France a consacré l’essentiel de son énergie intellectuelle, en cette période de mutation, non pas tant à une étude discursive de son nouvel environnement international, mais à un combat d’arrière garde contre ses anciens combattants. Personne n’a rien vu venir, parce que personne ne voulait voir. L’Occident ne perçoit pas son environnement. Il le conçoit. A l’aide de présupposés idéologiques, de prismes déformants, héritage de cinq siècles de domination absolue sur le reste de la planète, de son rôle prescripteur et de son monopole du récit médiatique.


Pour preuve, Où est passée la Palestine ??

 

Le 23 septembre 2011 la Palestine demande son admission à l’ONU. Depuis lors, plus rien... on en a plus entendu parler. Coup sur coup, aussitôt après la démarche palestinienne, il y eut l’attentat – ou plutôt le faux attentats- iranien contre l’ambassadeur saoudien à Washington, le dossier nucléaire iranien, le tribunal spécial sur le Liban, (le tribunal Hariri), le sort de la démocratie en Syrie, une campagne curieusement menée activement par la France et la Turquie, c'est-à-dire les deux pays qui ont comploté en faveur du démembrement de la Syrie, par l’amputation du district syrien d’Alexandrette et son rattachement à la Turquie.

 

Depuis trois mois l’actualité internationale tourne autour de cette question. Pendant ce temps là, Israël poursuit sa colonisation de Jérusalem, sans la moindre protestation. La Ligue arabe, il est vrai, est occupée à instaurer la démocratie dans le Monde arabe, sans le moindre reproche aux Etats-Unis pour son usage abusif du veto.

 

la Ligue Arabe se prend pour le Conseil de sécurité de l’ONU. Elle prend des sanctions contre l’un de ses états membres

Démocratique pour autant la Ligue arabe ? Non pas franchement. Les huit monarchies arabes, toutes antidémocratiques, abritent toutes des bases américaines, détiennent une minorité de blocage, renforcée par la Libye, nouvelle base occidentale et par les Comores et Djibouti, c'est-à-dire les confettis de l’ancien empire colonial français.

 

Songez que le sort de la guerre de la paix au Moyen orient, le sort de la Palestine, c'est-à-dire le point de contentieux majeur entre l’Occident et le monde arabo musulman, dépend de Djibouti, une base franco américaine et un producteur de Qat et des Comores, dont l’horizon indépassable est la France.

 

La Ligue arabe est otage des pétromonarchies pro américaines, renforcées par la Jordanie et le Maroc, les alliés souterrains d’Israël. Avec un tel attelage, le Monde arabe va droit dans le mur en klaxonnant. Cela me rappelle la France de l’an 40, «Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts». On sait comment se termine ce genre de fanfaronnade. ….Droit dans le mur

 

Appliquons à la Palestine ce que l’on exige de la Syrie. Une zone tampon, des observateurs étrangers pour sécuriser la population civile, l’interdiction de recourir aux forces armées pour la répression des manifestations. A ce moment, la Ligue arabe sera crédible et cessera de prendre les vessies pour des lanternes.

 

Voila pourquoi un printemps prometteur (Tunisie, Egypte) s’achève sur un hiver réfrigérant (Libye).

 

 

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René Naba, animateur du blog : www.renenaba.com

 

nabahariri.jpgAncien responsable du monde arabe musulman au service diplomatique de l’Agence France Presse, il est notamment l’auteur des ouvrages suivants:

- Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David»- Bachari Mai 2011

- Erhal, dégage, La France face aux rebelles arabes»- Golias Septembre 2011

- Hariri, de père en fils, hommes d’affaires premiers ministres» – Harmattan Février 2011

- Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français» – Harmattan 2002

 «Guerre des ondes, Guerre des religions, la bataille hertzienne dans l’espace euro méditerranéen – Harmattan 1998.

Par Différences. La revue - Publié dans : Monde arabe
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Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 20:00

Nous avions annoncé ce colloque qui s'est tenu le 24 novembre 2011 à Paris.

Colloque du printemps arabe à l’automne libyen

Organisé par Abdel Zouani Radio EnghienIDF

Adresse mail: abel.zouani at live.fr  idfm98.png
Radio Enghien IDF 89 FM
Site Web: Site: www.idfm98.fr  

MAISON DES ASSOCIATIONS   24-11-2011

11 Rue CAILLAUX- 75013

C'est avec plaisir que nous publions l'intervention de Paul Balta, ci-dessous, et un résumé de celle de René Naba. 

 

Mesdames, Messieurs, Chers Amis, je tiens à remercier Madame Farida Verhaeghe pour son aimable invitation. Je suis heureux de retrouver Madame Anissa Boumediène et René Naba, amis de longue date.

baltaislametsociete.gifSpécialiste du monde arabo-musulman et de la Méditerranée et  journaliste pendant plus d’un quart de siècle, je suis ravi par le Printemps arabe ! Toutefois, je me suis senti frustré. En effet, en raison de mon hémiplégie, je n’ai pas pu vivre sur place ces superbes révoltes, dont celle de la place Tahrir, comme mon ami et confrère Robert Solé, qui a eu la gentillesse de m’offrir son livre : "Le Pharaon renversé, 18 jours qui ont changé l'Égypte".

Certes, je suis la situation dans les médias et sur Internet, mais ce n’est pas pareil. Nombreux sont les spécialistes qui s’interrogent sur l’évolution des Révoltes arabes et certains s’en inquiètent. À ce propos, je voudrais rappeler que la Révolution française de 1789, est souvent donnée en exemple pour nous avoir  légué la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Elle a tout de même engendré la Terreur et ses atrocités qui ont duré trois ans. En outre, le 1ère République n’a été proclamée que cinq ans après, en 1794. Le principe de laïcité a été lui, voté par une loi de 1905! Soyons donc patients face aux Révoltes arabes.

Cela dit, je voudrais consacrer mon intervention à une réalité fondamentale occultée en Occident et ignorée, hélas ! par  au moins 95% des Arabes, comme je l’ai constaté au cours de mes reportages quand j’étais au journal Le Monde de 1970 à 1985. C’était encore vrai jusqu’à la chute des dictatures en 2011. Il s’agit d’un des thèmes que je traite dans « Islam & Coran, idées reçues sur l’histoire, les textes et les pratiques d’un milliard et demi de musulmans », rédigé avec Michel Cuypers et Geneviève Gobillot et publié par Le Cavalier Bleu, fin février 2011.

Cette « Idée reçue » très importante à mes yeux, est celle-ci : «La civilisation arabe et musulmane n’a rien inventé.» Elle remonte à la Renaissance et sera confortée au XIXè siècle. Au XVIè siècle, alors que la civilisation arabo-musulmane est entrée en déclin, l’Europe prend l’ascendant et redécouvre son héritage gréco-romain. Elle doit bien admettre sa dette : la plupart des textes perdus pendant « l’âge des ténèbres» de la chrétienté, au Haut Moyen Âge, avaient été traduits en arabe par des savants syriens maîtrisant les deux langues. Les Européens soulignent leur chrétienté plutôt que leur arabité. Il est vrai que les bédouins d’Arabie des débuts de la conquête avaient des poètes mais pas de savants.

Au XIXè siècle, les tenants de la laïcité, dont de grands penseurs comme Ernest Renan et Auguste Comte, critiquent l’obscurantisme des religions sur  un fond d’antisémitisme ; or les Arabes sont aussi des sémites. Partageant cette façon de voir, les orientalistes de l’époque minimisent les apports originaux de la civilisation arabo-islamique en expliquant qu’elle n’a été qu’une « courroie de transmission » de la science grecque et des savoirs indiens et persans. Ce sont des spécialistes, notamment européens et arabes et le Pakistanais Abdus Salam (1926-1996), premier prix Nobel scientifique (physique) en 1979, du monde musulman, qui rétabliront les faits dans la seconde moitié du XXème siècle.

J’en viens à l’essentiel : du VIIIème au XIVème siècle, la civilisation arabo-islamique a été à la pointe de la modernité. Il y a certes eu un « miracle grec » dans l’Antiquité, mais il y a eu aussi un   « miracle arabe » au Haut Moyen Âge, celui des savants et des penseurs qui ont choisi de rédiger leurs travaux dans cette langue alors qu’ils étaient persans, berbères, andalous, juifs. Ils ont exploré tous les domaines du savoir : astronomie, mathématiques, physique, chimie, médecine, philosophie, histoire, géographie, architecture, botanique, gastronomie. Les Arabes, chrétiens d’abord, puis ceux convertis à l’islam, ont commencé par traduire les textes fondamentaux grecs, persans, indiens. Les conquérants arabes ont assimilé parallèlement les techniques et les savoirs des peuples conquis avant d’innover avec eux, puis seuls.

L’Américain George Sarton (1884-1956) a divisé sa monumentale Introduction à l’histoire des sciences, 3 tomes publiés entre 1927 et 1948, en « époques » d’une durée d’un demi-siècle environ. Il a associé une « figure centrale » à chacune d’elles et dresse ce constat : après les Égyptiens, les Grecs, les Alexandrins, les Romains, les Byzantins, viennent les Arabes et les Persans, en une succession ininterrompue, de 750 à 1100

alkhwarizmiJ’en cite quelques-uns : Jabîr (vers 800), alchimiste arabe connu en Occident sous le nom de Gerber. Khawarizmi (photo) (780-850), inventeur de l’algèbre et des algorithmes. Râzi ou Rhazès (865-925), médecin persan, qui a fondé, à Bagdad, le premier hôpital du monde arabe. Birûni (973-1050), né à Khwarezm, en Asie centrale, astronome, historien, géographe, mathématicien, auteur, en 1030, du célèbre Kitâb al-Hind, « Description de l’Inde ». Avicenne (980-1037), né à Boukhara, philosophe, commentateur d’Aristote et médecin. Ses traités ont été en usage dans les universités européennes, dont Montpellier, jusqu’au XVIIème siècle. Omar Khayam (1047-1122), poète persan mais aussi grand mathématicien.

 

Abdus Salam considère Ibn Haitham ou Al Hazen (965-1039) comme, je cite :  « un des plus grands physiciens de tous les temps ».  Il souligne qu’il a formulé les lois de l’optique bien avant Roger Bacon (1212-1294) ainsi que la loi d’inertie qui deviendra la première loi du mouvement chez Newton (1642-1727).

Je rappelle aussi que les chiffres arabes, de 1 à 9, que nous utilisons, ont été inventés au Maghreb. En effet, au Proche-Orient, leur graphie est indo-persane. Ils ont été introduits dans l’Europe chrétienne par le moine Gerbert d’Aurillac lorsqu’il est devenu pape en 999 sous le nom de Sylvestre II. Il les avait découverts au cours d’une mission secrète à Cordoue. Le zéro, d’origine indienne, ne sera introduit qu’au XIIème siècle. Il est traduit en arabe par as-sifr, qui donne cephirum et zefero, en italien et zéro, en français et en anglais.

La numération décimale représente un progrès considérable par rapport à celle des Romains qui était alors en usage en Europe. Illustration : 333 s’écrit en romain CCCXXXIII, soit neuf lettres.  Grâce aux Arabes, il s’écrit 333 ;  unités, dizaines et  centaines permettent ainsi des calculs plus complexes et plus rapides, notamment additions, multiplications et  divisions.

Ce n’est qu’à partir du XIIème siècle, souligne Sarton, qu’apparaissent les premiers savants européens. Toutefois, pendant encore deux siècles et demi, l’apport des hommes de l’islam sera considérable et contribuera à masquer le déclin qui a commencé au XIIème siècle, comme on le verra.

ibnbatotaJe cite les plus grands, tels Averroès (1126-1198), philosophe andalou et commentateur d’Aristote, comme Avicenne (980-1037) dont je viens de parler plus haut. Maïmonide (1135-1204), théologien et médecin juif andalou. Ibn Battûta (1304-1377), géographe et voyageur  marocain dont le parcours est bien plus long que celui de Marco Polo (1254-1324). Ibn Khaldoun (1332-1406), né à Tunis, ancêtre de la sociologie et historien au sens moderne du terme alors qu’il n’y avait à l’époque que des chroniqueurs sur les deux rives de la Méditerranée. Sans tous ces apports, la Renaissance européenne n’aurait pas vu le jour ou aurait été plus tardive. 5 000 mots espagnols viennent de l’arabe et près de 1 000 mots français, comme amiral, arsenal, divan, magasin, safran, sofa, timbale, etc., quelques centaines dans d’autres langues européennes.

Partis du désert, les nomades se sont enracinés et sont devenus de grands bâtisseurs de villes. Ils en ont fondé environ deux cents autour de la Méditerranée. Au début de la conquête, ils n’avaient pas d’architectes et avaient dû recourir aux Byzantins pour édifier leurs premiers monuments, notamment la mosquée d’Omar ou Dôme du Rocher à Jérusalem (688-692). Pourtant, dès le milieu du VIIIè siècle, les Arabes et les peuples sédentaires convertis ont élaboré un art original très caractéristique dont témoignent déjà la grande mosquée de Damas (706-715) et celle de Cordoue (785-800). L’architecture, généralement assez dépouillée, peut être somptueuse. La décoration bannit la représentation figurée et privilégie l’abstraction, l’arabesque et la calligraphie. Elle est déployée à profusion.

La civilisation arabo-islamique a également contribué à transformer le paysage méditerranéen en y acclimatant des espèces apportées d’Asie : l’oranger, le pêcher, le prunier, l’abricotier, les cucurbitacées, pastèques, melons et courges. Influencés par les Jardins suspendus de Babylone, une des Sept merveilles du monde, les musulmans ont introduit, au Maghreb et chez les soeurs latines, la culture en terrasse et des systèmes d’irrigation et de répartition de l’eau dont plusieurs sont toujours en usage en Espagne. De même, au Moyen Âge, les Arabes après s’être inspiré des traditions culinaires grecques, byzantines, persanes et turques, ont développé un art culinaire complexe et raffiné qui a influencé, à son tour, les cuisines et la diététique de la rive nord comme l’a démontré mon ami Maxime Rodinson (1915-2004).

Parmi tous les ouvrages qui traitent du sujet, ce grand arabisant nous  présente notamment Kitâb al-tabîkh, Le livre de la cuisine, de Baghdâdi, publié en 1226. Il s’est intéressé plus particulièrement à un ouvrage dont le titre est à lui seul un programme et une philosophie : Kitâb al-wusla ila-habîb fî wasf at-tayyibâti wa-t-tîb, “Le Livre du lien avec l’ami à travers les bons plats et les parfums”, écrit au milieu du XIIIè siècle par Ibn al ‘Adîm, petit neveu de Saladin. Rodinson a ainsi contribué à ce que ce  monument de 1076 pages  soit édité à Aleavicenne.jpgp, en 1988 !

Je rappelle que Ziryab (789-857), arbitre des élégances et du bon goût, originaire de Bagdad, s’installa à Cordoue en 820 et fut accueilli à la cour de l'émir omeyyade Abd al-Rahman. Comme je l’explique dans « Boire et manger en Méditerranée » (Actes Sud), c’est lui qui a introduit la mode saisonnière : étoffes légères de couleurs vives au printemps, vêtements blancs l’été, manteaux et toques de fourrure l’hiver. Il a créé un institut de beauté pour les hommes et pour les femmes, d’une étonnante modernité. Alors qu’on mangeait dans le désordre, il a fixé l’ordonnance des repas : entrée, plat principal, desserts. Il a remplacé le gobelet d’or ou d’argent par le verre à pied tel que nous le connaissons, pour mettre en valeur la couleur et le parfum du vin. Il a surtout rétabli la tradition du banquet. Il a aussi introduit le jeu d’échecs qui avait été inventé en Irak.

Dès lors quelles sont les causes du déclin ? En 1019 (409 de l’hégire), le calife de Bagdad, Al Qadir, prend une décision politique en instrumentalisant la religion : il fait lire dans son palais puis dans les mosquées une profession de foi appelée Risâla al-qâdiriya, « l’Épître de  Qadir », dans laquelle il condamne la doctrine du « Coran créé », interdit les exégèses et fixe le credo officiel. Il « ferme la porte de l’ijtihad », effort de recherche personnel. Il tue ainsi l’esprit critique et encourage le taqlid, « l’imitation servile », au détriment de l’innovation. Commentant cette décision dont les conséquences se font sentir jusqu’à nos jours, un grand savant, Al Ghazali, écrit en 1100, dans La Renaissance des sciences religieuses : « En vérité c’est un crime douloureux que commet contre la religion l’homme qui s’imagine que la défense de l’islam passe par le refus des sciences mathématiques ». Depuis, nombre de réformateurs s’efforcent de « rouvrir la porte de l’ijtihad ».

Les causes géopolitiques et économiques sont aussi indéniables : déferlement des Mongols et prise de Bagdad (1258), montée en puissance de Venise, Gênes et Lisbonne qui ouvrent de nouvelles voies commerciales, terrestres et maritimes. Mais la cause principale est interne : l’empire abbasside était déchiré par des conflits, menacé par la rébellion chiite et agité par une effervescence intellectuelle qui a entraîné de multiples conflits.

alecso.gifUn des plus graves problèmes qui continuent à se poser dans la plupart des pays musulmans est celui de l’enseignement, inspiré par la méthode coranique et fondé sur l’apprentissage par cœur. En outre, le niveau est faible. Pour les seuls pays arabes, 50% des femmes et 30% des hommes, en moyenne, étaient analphabètes en 2005. Établi à la fin des années 1990, un rapport de l’ALECSO, Organisation de la Ligue Arabe pour l’Éducation, la Culture et les Sciences, soulignait que : « Les programmes d’éducation, dans de nombreux cas, ne correspondent ni aux besoins de la société arabe, ni aux exigences du développement. De même, ils ne conduisent pas à la formation de l’esprit critique, scientifique et démocratique ». Depuis, la situation ne s’est guère améliorée.

Le deuxième rapport du PNUD, Programme des Nations Unies pour le Développement, sur le monde arabe, tire la sonnette d’alarme. Rédigé par de grands intellectuels arabes et publié en 2004, il relève de « grands déficits » et dresse une longue liste des retards, notamment : accumulation médiocre des connaissances, faiblesse des capacités d'analyse, de l'esprit créatif, de l'ouverture sur le monde, de la recherche fondamentale. Il recommande donc de renouer enfin avec l’esprit de «l’âge d’or » pour retrouver la modernité perdue et innover à nouveau. Je suis persuadé que le « Printemps arabe », la  « Révolution du jasmin » et la « Révolution du Nil » pourront y contribuer  !  

Je voudrais traiter maintenant une autre l’idée reçue, en espérant que le printemps arabe contribuera à renouer avec une autre tradition, celle de la  poésie bachique qui a vu le jour au VIIè siècle sous les Omeyyades et s’est poursuivie jusqu’au XXè siècle. Les Frères musulmans, fondés en Égypte en 1928, lui ont porté un coup fatal.

Cette « idée reçue » est : «L’islam interdit l’alcool.» Je rappelle tout d’abord que ce mot vient de l’arabe al-kahal ou aL-Kohl, « chose subtile ». En outre, la distillation de l’alcool  est postérieure de trois siècles à la révélation coranique. On la doit à un chirurgien arabe et musulman, Aboulcassis al-Zahrawi, qui vécut à Cordoue au Xème siècle. Il réinventa l’alambic, al-anbiq, du grec ambix, tombé dans l’oubli depuis sa mise au point à Alexandrie sous la dynastie des Ptolémées (367-30 av. J.-C.).

 Étrangement, pour ce qui est de l’interdiction des boissons fermentées, ce n’est pas le Coran, parole de Dieu, qui est le plus catégorique mais les décideurs politiques et théologiques. Indéniablement, l’avènement de l’islam, au VIIème siècle, entraîne une baisse de la production du vin sur les rives Est et Sud de la Méditerranée mais ne la supprime pas. Loin de là !

À vrai dire, la tradition musulmane et la jurisprudence concernant le vin sont placées - comme dans le judaïsme - sous le signe de la contradiction. La richesse du vocabulaire arabe est révélatrice de la présence du vin : charâb est le liquide obtenu de la première pression de raisin frais alors que la macération dans l’eau de raisin sec ou de dattes donne le nabidh. Le khamr désigne le vin de vigne et, par extension, toute boisson enivrante. Le sawiq est le résultat de la fermentation de l’orge ou du miel et le sawiq muqannad, le vin de canne à sucre. Le mot tâgir, “le marchand“, vient de l’araméen et désigne à l’origine le vendeur de vin ambulant alors que hajj, le pèlerinage à La Mecque, est un terme sémite qui, dans l’Arabie pré-islamique, signifiait “la fête“.

Dans le Coran, un verset est même favorable au vin : « Parmi les fruits, vous avez le palmier et la vigne d’où vous retirez une boisson enivrante et une nourriture agréable. Il y a dans ceci des signes pour ceux qui entendent. » Sourate XVI, verset  67. Ailleurs, le Coran dit : « O Croyants ! Ne priez point lorsque vous êtes ivres » (IV- 43). Les malicieux en ont déduit qu’ils pouvaient boire et même être ivres, en dehors des heures de prière et s’ils  n’allaient pas à la mosquée.

Islametcoranbalta.jpgPlus loin, il déconseille mais n’interdit pas formellement : « Ô vous qui croyez ! Le vin, les jeux de hasard, les statues et les flèches divinatoires sont une abomination, une œuvre de Satan. Évitez-les... Peut-être serez-vous heureux. » (V, 90-92). D’autres versets consacrés au Paradis sont éloquents. Le croyant y aura pour compagnes des houris, « celles aux yeux noirs et à la peau blanche », éternellement vierges. «Il y aura là des fleuves de vin »  (XLVII, 15) et « on leur donnera à boire un vin rare » (LXXXIII, 25). Des commentateurs expliquent qu’il s’agira d’un    « vin mystique » qui ne fera pas perdre la raison, mais ce n’est pas précisé dans le Coran. Quoi qu’il en soit, le Livre déconseille le vin mais ne l’interdit pas absolument.

Je rappelle que le Coran, parole de Dieu pour les musulmans, fait la distinction entre ce qui est déconseillé et ce qui est interdit. Dans ce cas, le Livre précise que le coupable doit subir un châtiment, comme les 100 coups de bâtons infligés à l’homme et la femme adultères. Si le châtiment n’est pas précisé, le coupable  est condamné au feu éternel.

Dès le début, les musulmans semblent avoir oscillé entre la coutume de boire, solidement ancrée chez les bédouins d’Arabie, et la Loi nouvelle, entre l’interdit et sa transgression. Omar, deuxième calife (634-644), est le premier à avoir prononcé une condamnation sans appel  lors d’un prêche à la mosquée : « Le vin est interdit par le Coran ; est vin tout ce qui est extrait  de cinq produits, à savoir, le raisin, les dattes, le miel, l’orge et le blé. » Or à l’époque, le texte coranique n’avait pas encore été établi par écrit. Il le sera, sur l’ordre donné, en 652, par Othman, troisième calife (644-656). Les bédouins, peuple de poètes, trouvaient l’inspiration dans l’ivresse et les fidèles pouvaient alors, de bonne ou de mauvaise foi, ne retenir que le verset le plus favorable pour leur permettre de pratiquer les coutumes anté-islamiques encore profondément enracinées. Comment expliquer l’intransigeance d’Omar ? Il y a plusieurs causes. Lui-même s’était adonné à l’ivresse et avait fait scandale au cours d’une prière en public. Stigmatisé par le Prophète, il avait juré de s’abstenir jusqu’à la fin de ses jours et avait tenu parole. Enfin, la conquête avait commencé sous son règne et il avait besoin de guerriers et pas de poètes ni de buveurs !

Je reviens en arrière. Aïcha, l’épouse « Bien aimée » de Mahomet, racontait :  « Nous avions l’habitude de préparer du nabidh dans une outre ; nous prenions une poignée de dattes ou une grappe de raisin, nous la jetions dans l’outre et nous versions de l’eau dessus. Ce nabidh, préparé le matin, le Prophète le buvait le soir ; s’il était préparé le soir, il en buvait le lendemain matin. Nous vidions l’outre le troisième jour. » C’est en se fondant sur ce hadith que le rite hanafite, pratiqué par les turcophones, autorise les boissons en quantité modérée Les Turcs boivent un célèbre alcool anisé, le raki, l’arak des Syriens, des Libanais et des Irakiens. Raki et arak se sont répandus dans le monde entier !

Enfin les condamnations, même rigoureuses, n’ont pas empêché de se développer chez les musulmans une brillante poésie bachique qui n’a rien à envier à celle des poètes grecs, latins et chrétiens. Elle a vu le jour sous les Omeyyades (661-750), s’est poursuivie sous les Abbassides (750-1258), les Ottomans (XVIème - XXème siècle), les Turcs (XXIème siècle) et des dynasties persanes converties à l’islam entre le VIIème et le IXème siècle. Le plus célèbre poète à Bagdad, Abû Nuwas (757-809), qui était homosexuel, a été surnommé en France le Villon et le Rimbaud arabe.

Je cite quelques vers :

«Le vin m’est présenté par un jeune échanson / de sexe féminin, mais vêtu en garçon / Une garçonne, enfin, qui mélange les genres / et qui se laisse aimer d’une double façon. (...) Mais si l’on mélangeait le vin à la lumière / le résultat serait lumière sur lumière. » Pour souligner son audace, il faut préciser que dans le Coran, Dieu est qualifié de « Lumière sur Lumière » !

La façon dont Abû Nuwas a chanté le vin a été imitée pendant des siècles d’Ispahan au Caire, de la Sicile à l’Andalousie. Rappelons aussi l’apport de Ziryab (789-857). Avec lui, la tradition du banquet a connu un nouvel âge d’or après avoir été presque  perdue dans les pays latins parce que l’Église de Rome prêchait l’austérité et le mépris du corps pour sauver l’âme.

L’amour demeure inséparable de l’ivresse. Amour charnel, amour courtois et aussi amour mystique comme chez le plus grand des soufis, Ibn Arabi (1164-1240), né à Murcie, mort à Damas. Il écrit dans Le Chant de l’ardent désir :

« Délecte-toi du vin que voilée elle te verse / Et jouis du chant résonnant dans le lointain. / Ce vin remonte à Adam ; / Il témoigne vraiment du Paradis. »

Certes, dans le passé, la boisson est, sauf exception, l’apanage des nobles, des bourgeois, des marchands, des artistes... Néanmoins, dans les temps modernes, les travailleurs immigrés boivent souvent comme leurs camarades d’usine ou de chantier de la bière ou du « gros rouge ». De retour au pays, ils conservent cette habitude. Il est vrai qu’en Turquie et dans les pays riverains de la Méditerranée, Libye exceptée, on produit du vin qui est certes exporté, mais aussi consommé localement et pas seulement par les touristes. Les mouvements islamistes font la guerre à l’alcool qui est officiellement interdit en Arabie saoudite et d’autres pays.

Néanmoins, j’ai pu constater quand j’étais journaliste au quotidien Le Monde de 1970 à 1985, qu’en Arabie, princes et grands bourgeois disposent, mais secrètement, d’excellents alcools. J’ai été témoin de l’importation clandestine d’alcools, en particulier de whisky, à travers le désert, à partir d’émirats voisins comme je l’ai raconté dans un article du Monde. C’est chez des membres de la famille royale que j’ai dégusté les meilleurs vins, cognacs et champagnes. Dans la République islamique d’Iran, où les chrétiens ont officiellement le droit de produire, de vendre et de boire du vin, des musulmans le préparent, en secret, artisanalement, et le consomment en famille et avec des amis. Ils m’ont dit au cours de repas auxquels ils m’ont convié : « Du temps du shah on buvait dehors et on priait à la maison, dans la République islamique, on boit à la maison et on prie dehors. »

Jomarkhayyam.jpge conclus  cette «idée reçue» par deux quatrains d’Omar Khayâm (1047-1122). Ils peuvent s’appliquer aux rigoristes musulmans et aussi à ceux d’autres confessions :

« On nous assure d’un paradis qui sera peuplé de houris / Elles nous offriront leur miel et le vin des meilleures vignes / Il nous est donc permis d’aimer dès ici-bas, le vin, l’amour / Puisque tel est notre destin et qu’il est écrit dans le Livre. »

 «O toi qui ne bois pas de vin, ne blâme pas ceux qui s’enivrent. / Entre l’orgueil et l’imposture, pourquoi vouloir tricher sans fin ? / Tu ne bois pas, et puis après ? Ne sois pas fier de l’abstinence / Et regarde en toi tes péchés. Ils sont bien pires que le vin. »  

Là encore, j’espère que le Printemps arabe contribuera à renouer avec ces illustres coutumes et cette superbe tradition  poétique.

 Mesdames, Messieurs, Chers Amis, je vous remercie de votre attention.         

 

Paul Balta, ancibaltamediterranéeen directeur du Centre d’études de l’Orient contemporain à l’université de Paris III-Sorbonne Nouvelle, il est l’au teur d’une vingtaine d’ouvrages notamment:

-La Méditerranée des J uifs, Exodes et enracinements, les cahiers de Confluences- Harmattan Paris 2003 Sous la direction de Paul Balta, Catherine Dana et Régine Dhoquois-Cohen

-La Méditerranée réinventée- Editons La découverte 1992

-Méditerranée. Défis et enjeux – L’Harmattan, 2000,

-Islam, civilisation et sociétés- Editions du Rocher, 2001 [1991],

-L’Islam – Paris, Bruxelles, Le Monde-éditions, Marabout, 3è éd. 1998 [1995].

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Jeudi 8 décembre 2011 4 08 /12 /Déc /2011 07:25

verges.gifCe texte, raccourci pour les besoins de publication, fut donné pour une conférence organisée à Rome en 2007. Rome où Frantz Fanon participait en 1959 au Deuxième Congrès des artistes et écrivains noirs et prononçait son discours sur la culture nationale qui devint ensuite un des chapitres des Damnés de la terre. Rome où Fanon rencontra Jean-Paul Sartre quelques mois avant sa mort le 6 décembre 1961. Simone de Beauvoir et Jacques Lanzmann ont tous deux raconté la rencontre fiévreuse et intense entre les deux hommes, avec un Sartre abasourdi et séduit par l’énergie et la force de la parole fanonienne. Sartre accepta d’écrire, écrivit la préface des Damnés de la terre.

 

En cette année des cinquante ans de la mort de Fanon, alors que les éditions La Découverte publient en un seul tome tous ses écrits, que de nouveaux ouvrages paraissent sur sa pensée, son actualité demeure. Toute lecture cependant est dynamique et ce qui retient mon attention ces jours-ci, c’est la critique de Fanon de l’économie de prédation qui dévaste le monde et la nécessité de poursuivre le mouvement de décolonisation des esprits. Une décolonisation qui concerne tous, tous les exploités qui partagent avec les « débris » de l’empire colonial l’histoire commune de l’exploitation et du mépris.

 

 

L’actualité de Frantz Fanon

Rome, Septembre 2007

Françoise Vergès

 

Fanon proposait d’utiliser le passé afin d’imaginer le futur. Sa description, dans Peau noire, masques blancs, du « fantasme paranoïaque de la dépossession » chez le colonisateur renvoie en partie aux discours actuels sur la peur des Noirs. Son exploration psychanalytique des mécanismes inconscients du racisme et du colonialisme, son intérêt pour le rôle que joue le fantasme de projection, pour la complexité de « l’expérience vécue du Noir », son analyse de la bourgeoisie nationale offrent le terrain d’une relecture critique de Fanon. En France, ce que les médias appellent « la question noire » ramène sur la scène politique la question de la présence de l’autre, esclave et colonisé dans la longue histoire du colonialisme. En Europe, le discours sur l’immigration, sur l’invasion par des immigrés qui ne voudraient pas s’intégrer redessine les frontières d’un monde où pauvres et opprimés sont rejetés, déportés et les riches protégés.


Alors que les barrières s’effondrent pour que les richesses circulent de plus en plus vite, de nouvelles frontières s’érigent pour contenir ces parias. Opprimés et méprisés se révoltent contre la violence des puissants, disent qu’il est juste de vouloir plus de justice. Le droit à la révolte, le droit de protester est souvent oublié dans l’invocation des droits imprescriptibles de l’être humain


Frantz Fanon croyait en ce droit à la révolte. Ses textes parlent tous de ce droit dont il fait même un devoir. Fanon est animé d’une colère brûlante contre l’injustice de cette accumulation de richesses acquises sur la mort, l’exploitation brutale, de millions d’individus. Ses mots ont aujourd’hui une profonde résonance. Il soulève des questions pour notre temps, mémoire et histoire, race et nation, politiques postcoloniales, cartographies de pouvoir et de résistance, genre et politique. Ils résonnent pour cette humanité « superflue » produite par une globalisation dont l’économie dévorante ne veut plus connaître de limites. Ils résonnent aussi pour la France et l’Algérie bien sûr, une France incapable to confronter son passé colonial, entêtée dans son refus de relecture de la colonie comme part constituante de la Nation, une Algérie secouée par des années de guerre civile, où toute une jeunesse a été sacrifiée par des généraux avides de pouvoir et de richesses. En France, une complicité demeure autour du projet de la « mission civilisatrice », ce discours d’une France « grande et généreuse » qui colonisa pour apporter progrès et « civilisation française ». Elle lie universitaires et élus, unis contre les émergences d’une nouvelle historiographie. En Algérie, l’Etat, qui cherche à conserver le monopole d’écriture de l’histoire, se retrouve face à une nouvelle génération d’historiens qui conteste le récit officiel.


La guerre d’indépendance en Algérie n’a pas fini de faire porter son empreinte sur notre temps. Plus qu’aucune autre guerre de libération, elle concentra autour d’elles les récits et les images d’une révolte juste, comme le Vietnam le fit des années plus tard. Plus qu’aucune autre colonie européenne, l’Algérie constitua, dans la seconde partie du 20ème siècle le symbole des luttes anticoloniales. Aujourd’hui encore, elle constitue une source de références textuelles et iconographiques comme de stratégies répressives à des acteurs ayant des intérêts contraires. Mais la guerre en Algérie est aussi source de références pour des mouvements qui contestent l’orthodoxie d’un récit qui nie l’altérité présente en France et en Europe. Ils s’opposent à l’effacement de la violence indissociable de l’entreprise coloniale, indissociable de toute entreprise où un Etat s’arroge le droit d’imposer sa « vérité » à un autre. Torture, pauvreté, justification de deux formes de citoyenneté, déni des droits juridiques fondamentaux, l’Algérie « française » était une vitrine de l’économie de prédation coloniale. L’action « positive » de la colonisation française était un leurre légitimé par le profond mépris des Européens pour le peuple « arabo-musulman ». En 1954, 10% de la population détenait 90% des richesses du pays ; 200 000 enfants européens étaient scolarisés dans 11 400 écoles alors qu’un million 250 000 enfants arabes et berbères étaient accueillis dans 699 établissements


La République coloniale, en opposant obscurantisme et lumières, reprend la vieille opposition entre civilisations de progrès et civilisations arriérées et accepte la racialisation du politique. La coloration des droits civiques, comme la coloration du droit du travail (travailleur « blanc » contre travailleur « noir » ou « immigré »), disent combien la ligne de faille du racisme peut circuler à travers les luttes pour l’extension des droits, les faisant reculer en faisant s’affronter des groupes aux intérêts convergents. Dès qu’on analyse comment cette « coloration » s’opère dans un contexte historique, social et politique, on observe que le processus se répète. Dire que la couleur « noire », que la catégorie « nègre » est une « fiction » ne peut suffire pour contrer cette opération. L'articulation de la ligne de couleur à des situations sociales et politiques, l’analyse des relations de conflit ou de solidarité entre « couleur » et citoyenneté, couleur et égalité, couleur et fraternité, genre et citoyenneté, ce travail a montré qu’il était possible de construire et partager un terrain commun. Pour « décolorer » le politique, le culturel et le social, il faut d’abord comprendre comment le blanc est devenu une couleur qui se masque sous l’universel et qui pourtant opère comme ligne de partage. Fanon avait compris ces mécanismes qui affectent profondément les individus. Le « Blanc » devait renoncer à ces privilèges, disait-il, et le « Noir » renoncer aux bénéfices secondaires de son aliénation, bénéfices qu’il avait analysé dans Peau noire, masques blancs.

La perte de l’empire colonial fut une grande blessure narcissique pour le nationalisme français. Mais la société ne voulait plus entendre parler de l’empire colonial, elle voulait oublier, se moderniser, devenir « européenne, » se couper du ‘Sud’. A cet oubli, en partie nécessaire car l’oubli participe de la vie humaine, il y eut le refus d’assumer les exactions commises, les inégalités. Dans L’an V de la révolution algérienne, Fanon analysait l’incapacité de toute une « gauche » française à comprendre les liens entre colonialisme et modernité européenne. Mais les pratiques d’empire continuaient à irriguer la société. Images stéréotypées et termes dérogatoires avaient alimenté l’imaginaire colonial, organisé les relations de travail et les relations sociales,construit la figure du « Blanc » civilisé, moderne et raisonnable, opposé au colonisé, enfermé dans des traditions arriérées, irrationnel, imperméable à la modernité. Comment croire à la fiction qui renvoyait ces faits et ces représentations à un passé révolu ? C’est pourtant ce qui s’est imposé


De la traite négrière, on nous dit que celle organisée par les Européens ne fut pas pire que celle organisée par les Africains ou les musulmans. De l’esclavage, on nous dit que ce ne peut être un « crime contre l’humanité » car ce ne fut pas un génocide. De la colonisation, on nous dit qu’elle ne fut pas seulement négative, qu’elle eut des aspects positifs, et une loi est même votée pour imposer cette interprétation. On nous explique les difficultés de jeunes Français par leur difficulté à « s’intégrer », ces explications culturalistes s’inscrivant dans la droite lignée d’une l’idéologie coloniale. Ces arguments témoignent d’une profonde difficulté à admettre qu’il existe un impensé dans la République


Ce retour du passé colonial a paru surprenant à ceux qui réclament raison et distance car ils sont sourds et aveugles à la présence de ces faits. Présence de l’esclavage et du colonialisme pour des centaines de milliers de Français dans leurs héritages qui s’observent tout autant dans des créations -- langues et cultures créoles-- que dans le retard structurel que connaissent les sociétés issues de l’esclavage aujourd’hui départements français d’outre-mer et dans la stigmatisation toujours associée à la couleur « noire ». Présence de la colonisation pour des centaines de milliers de jeunes Français qui subissent inégalités et discriminations parce que perçus comme « inassimilables » et dont les grands-parents et parents furent soumis à des lois d’exception et d’exclusion. Le retour du refoulé colonial s’inscrit dans une constellation de faits et de tensions contraires : crise économique, brutalité d’un libéralisme qui affaiblit les identités collectives et favorise la création de marchés « ethniques », évolution de la démographie, islamophobie, crainte de la diversité, crise d’une élite française de plus en plus fermée et repliée sur elle-même, et demandes de démocratisation.


On nous dit qu’il suffit « d’aimer la France » pour en faire partie ; on nous dit aussi que la France « n’a pas à avoir honte d’elle-même ». Qui décide des critères de cet amour ? Qui décide qui en est l’ennemi et l’ami ? Suis-je autorisée à aimer d’autres pays ou alors cet amour est exclusif et jaloux ? Ne pas avoir « honte » : ne doit-on pas cependant être prêt à envisager qu’il y ait eu des moments honteux ? Quel est ce narcissisme qui ne peut souffrir de reconnaître ses erreurs ? Est-il bon qu’un peuple croit ne jamais avoir fait d’erreurs, ne jamais avoir été complice d’actes discriminatoires ? Invoquer que « d’autres l’auraient fait et parfois pire » est-il digne d’une attitude réfléchie ?


En France, la place marginale qu’occupe l’histoire coloniale, esclavagiste et post-esclavagiste, comme histoire de spoliation, de massacres, d’inégalités, de rendez-vous ratés, autorise un aveuglement qui explique en partie l’incompréhension de nombre de Français devant des demandes d’inscription dans le récit national d’événements qui font cependant partie de l’histoire nationale. L’entreprise de renarcissisation du national qui s’appuie sur le refus d’appréhender cette histoire témoigne du désir jamais assouvi d’écrire une histoire mythique. La France n’échappe à pas à ce désir et l’immigration sert aujourd’hui de terrain « contre » : contre lequel s’adosserait une « vraie » France. Mais cette tendance à la purification s’enracine de plus loin, elle resurgit sous de nouvelles formes avec de nouvelles figures du « menaçant » ou du « barbare ». Fanon décrit quelques unes de ces figures dans L’An V. Le chapitre sur la femme voilée, celle qui anonyme car voilée donc inexistante comme ‘femme’ aux yeux des soldats et des colons français, a fait couler beaucoup d’encre. On se souvient de la cérémonie organisée par les épouses des colonels de l’armée française sur la grande place d’Alger, où des Algériennes enlevaient leur voile sous les vivats de la foule des colons. Le message : l’armée contribuait à l’émancipation des femmes algériennes enfermées par leurs pères, époux, frères. Fanon montre que le voile est stratégique. Cependant, il oublie dans le même temps, comme le souligne Mohamed Harbi, historien du mouvement nationaliste, que les dirigeants du Front de Libération Nationale résistèrent à l’émancipation des femmes algériennes. Celle-ci se fait en partie malgré eux et ils seront prompts à rétablir le pouvoir patriarcal dans l’Algérie indépendante. Mais l’analyse fanonienne du voile peut aussi aider à comprendre l’hystérie qui s’est emparée de la société française devant le « voile islamique. » La société a reconstruit un drame mettant en jeu des personnages dont certains attributs évoquaient la colonie : le « garçon arabe » violent et inassimilable, la « beurette » -- jeune femme d’origine « maghrébine » désireuse de s’émanciper, de s’assimiler et empêchée de le faire par son père, son frère, son époux.


Il ne s’agit pas de voir dans des problèmes de la société contemporaine, la « main » du colonialisme, mais il s’agit de poser avec force la nécessité de penser la place de la colonie dans l’identité nationale, l’imaginaire, les lois, les arts, la littérature et la langue même. L’enfermement par les Français de citoyens qui ne sont ni chrétiens ni « blancs » dans la tradition, la coutume, et le refus de la modernité, comme la popularité du discours du « choc des civilisations » chez les intellectuels français en disent long sur le propre enfermement de la société française


Les écrits de Fanon nous interpellent sur les zones grises où vivent des millions de personnes, les déplacements massifs de population, ces multitudes en mouvement chassées par la guerre, la faim, la misère, la géographie des camps de transit et de réfugiés, les sans-papiers, les sans logis, les morts sans sépulture du détroit de Gibraltar…font mentir l’idée d’un inévitable progrès porté par une économie « libre ». Le phénomène des pateras, ces bateaux de fortune sur lesquels s’entassent des jeunes Africains rend visible ce qu’une économie prédatrice voudrait garder invisible. Continuer à parler « droits de l’homme » dans une culture de la mort dévaluée d’hommes superflus et encombrants, personnes sans noms, ni sépulture dont la vie nous reste étrangère relève d’un aveuglement aux conditions de violation de ces droits. La contagion de la violence qui se répand, la dispersion sans espoir de retour, et l’exode sans fin, tracent les contours d’une nouvelle cartographie de l’humain et du « sub-humain » superflu


Françoise Vergès

 

Document INA : conférence de Franz Fanon au Congrès international des écrivains et artistes noirs. 20 septembre 1956

 

"Racisme et culture", conférence de Frantz FANON au congrès des écrivains et artistes noirs : - la valeur normative de certaines cultures ; la désignation de groupes humains sans culture, la hiérarchisation des cultures et la notion de relativité culturelle. - le racisme, élément culturel de certaines cultures ; l'évolution des formes et arguments du racisme selon les phases de la colonisation - le racisme, élément de l'oppression systématique, de la destruction des valeurs culturelles, de la dévalorisation d'un peuple ; la momification culturelle des peuples colonisés. - les tentatives d'atténuation du racisme (condamnation du racisme, la création d'une commission de l'ONU [Organisation des Nations unies], etc) . Colonisation et racisme. - "le corps à corps de l'indigène avec sa culture", la lutte pour la libération totale du territoire national ; la fin du racisme avec l'incompréhension de l'occupant ; la confrontation et l'enrichissement possible de deux cultures, l'universalité possible "une fois exclu, irréversiblement le statut colonial".



 


 

 

 

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Mardi 6 décembre 2011 2 06 /12 /Déc /2011 07:00

conference-naba.jpg

--> Jeudi 8 décembre

--> 18h, Amphi C Paul-Valéry

Les soulèvements arabes,

l’occident

et la question palestinienne

Conférence & débat avec

René Naba

Journaliste écrivain, spécialiste du monde arabo-musulman

Organisé par le Comité BDS France de Montpellier,

Soutenu par: APLR, CCIPPP, Cimade, CMF, NPA, SNESUP-UM3, UJFP

Contact et renseignements: bds.montpellier@gmail.com

www.renenaba.com

 

Organisé par le Comité BDS France de Montpellier,

BDS.jpg


Soutenu par: APLR, CCIPPP, Cimade, CMF, NPA, SNESUP-UM3, UJFP
Contact et renseignements: bds.montpellier@gmail.com


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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 22:00
 

Pour le cinquantième anniversaire de sa mort :

Hommage à Franz Fanon

 

Fanon1.jpg

 
Actualité de l’auteur des Damnés de la Terre, par Y.M et A.V.
Actualité de Franz Fanon, par Françoise Vergès De la Martinique où il est né, et où il a vu à l’œuvre la domination coloniale, en passant par son engagement dans les Forces françaises Libres, où il prit conscience que la défaite du nazisme ne signifiait pas la fin du racisme, jusqu’à l’Algérie où son engagement fut total comme psychiatre à l’hôpital de Blida, mais aussi comme acteur de la lutte pour l’indépendance de ce pays – il rejoignit le FLN en Tunisie en 1957 après son expulsion d’Algérie et sera même membre de la délégation algérienne au Congrès panafricain d’Accra et Ambassadeur, toute la vie de Frantz Fanon – vie courte mais intense, il est mort à l’âge de trente-six ans -, s’est articulée autour de la question coloniale.

Oeuvres de Franz Fanon :

 

fanon oeuvres

 

 

Expériences précieuses pour étudier les rapports de domination et analyser le lien entre la question coloniale et celle de la violence et du racisme. Les damnés de la terre, ouvrage d’abord interdit avant d’être publié avec une préface de Jean-Paul Sartre chez Maspero, l’année de sa mort en 1961, tout comme auparavant Peau Noire, Masques Blancs (paru en 1952 au Seuil) témoignent d’une profondeur d’analyse qui a marqué toute une génération d’intellectuels et de militants politiques anticolonialistes, ainsi aux Etats-Unis au cours des années 60 les mouvements noirs américains se sont emparés de sa pensée, Elridge Cleaver et avec lui nombre de militants des Black Panthers, par exemple, considéraient Les damnés de la terre comme un ouvrage de référence.

 Autour de Franz Fanon : 

fanon toumson

En effet, si Fanon, qui a révolutionné les pratiques de la psychiatrie en Algérie, pense le monde comme un psychiatre, -pour lui l’analyse de l’oppression coloniale ne doit pas se limiter aux seuls facteurs économiques, culturels ou politiques mais s’intéresser également aux aspects psychologiques- chez lui le monde est également pensé en termes marxistes : Fanon a toujours insisté sur le rapport entre colonisateur et colonisé en termes de classes. Chez lui, l’aliénation coloniale est pensée non pas comme une question culturelle mais comme un problème politique dont il ne faut pas sous-estimer la profondeur historique.

Il refusera toujours l’enfermement dans une ethnie ou un groupe racial et restera distant à l’égard du mouvement culturel de la négritude de Senghor et Césaire qu’il veut dépasser pour viser davantage à l’émancipation politique.

Enfin pour lui, la colonisation, si elle détruit le colonisé détruit, certes de façon différente, le colonisateur également. Aujourd’hui le refoulé colonial montre encore comment le colonialisme est une maladie dont il est difficile de sortir.

  Les damnés de la terre

Frantz Fanon 1961
Préface à l'édition de 1961 par Jean-Paul Sartre

 

"Il n'y a pas si longtemps, la terre comptait deux milliards d'habitants, soit cinq cents millions d'hommes et un milliard cinq cents millions d'indigènes."

Lire la suite

 


Militant de la décolonisation totalement engagé, Fanon est toujours resté un esprit lucide, toujours prêt à analyser les contradictions du réel, il a ainsi pressenti les dérives qu’allait connaître l’Algérie (Mise en place du parti unique, institution d’une histoire officielle …) et sans doute qu’aujourd’hui ses analyses peuvent aider à porter un regard plus pénétrant sur les révolutions dans les pays arabes qui méritent une lecture et une profondeur dans la compréhension qui font souvent cruellement défaut.
 Écouter, voir, sur la toile.fanon Si en France, Frantz Fanon et son œuvre ont été quelque peu oubliés durant toute une période – après la fin de la guerre d’Algérie, le déni de mémoire, au cours des années 80, le refus de la France d’assumer son passé colonial, le refus de la mauvaise conscience et la liquidation du tiers-mondisme ont joué un rôle essentiel dans la relégation de Frantz Fanon - en revanche, aux Etats-Unis, dans les années 90, il continuait à être enseigné dans les universités.
 

Document INA : conférence de Franz Fanon au Congrès international des écrivains et artistes noirs. 20 septembre 1956

 

 

 

Cinquante ans après la publication des Damnés de la terre, le passé colonial se vit aujourd’hui en présent post-colonial. Alors que les événements de la guerre d’Algérie, longtemps refoulés, interpellent à nouveau les consciences longtemps endormies et que la commémoration du massacre du 17 octobre 1961 montre à l’évidence qu’aujourd’hui le déni de mémoire n’est plus tenable, l’œuvre de Fanon, parce qu’elle se trouve de fait en lien direct avec les préoccupations d’aujourd’hui, retrouve toute son actualité et toute sa pertinence.


 

 

 

 


 

N’en déplaise à certains esprits, la fin de la colonisation directe n’a pas mis un terme à la question coloniale. Ses conséquences se font toujours sentir et continuent à nourrir des a priori et des postures intellectuelles qui révèlent avant tout l’impossibilité de se dégager d’une vision de l’histoire dont le seul acteur serait le colonisateur.


 

 

Le discours Dakar de Nicolas Sarkozy du 26 juillet 2007 dans lequel il déclarait que l’homme noir n’était pas encore entré dans l’Histoire – dans le droit fil de toute une littérature qui cherchait à réhabiliter la colonisation et à redonner bonne conscience à une société qui commençait à douter du bien fondé de son œuvre outre-mer- prouve que la pensée coloniale est toujours agissante. Ainsi elle produit et structure une islamophobie qui trouve dans la crise économique des facteurs supplémentaires de se développer. Les discours sur l’intégration, la loi sur le rôle positif de la colonisation, les débats sur l’identité nationale, les commentaires sur les révoltes des quartiers populaires de novembre 2005, l’instrumentalisation de la question du foulard, l’assignation à résidence ethnique sont autant d’éléments qui montrent que, bien loin d’avoir disparu, la pensée coloniale n’en finit pas de se déployer et de gangrener l’espace public.


 

 

Aujourd’hui, et Fanon l’avait bien vu, la difficulté à s’émanciper, à être pleinement soi-même, directement liée à l’oppression coloniale continue à agir de manière plus ou moins consciente ou souterraine avec pour conséquences la mal-vie et l’impossibilité faite à bien des jeunes, mais aussi à leurs parents, de pleinement se réaliser dans une société qui se refuse toujours à prendre en charge la part de leur Histoire dans notre Histoire commune. Le mouvement des Indigènes de la République, de façon qui peut apparaître parfois provocatrice, n’en témoigne pas moins de la persistance de la question coloniale qui continue à miner notre société.


 

  

.

 

De nos jours encore où le discours des opprimés s’exprime souvent par le canal de l’islam, la pensée de Fanon peut nous aider à mieux appréhender les raisons de ce recours à la religion : retour à des origines mythifiées, besoin de se (re-) construire une identité niée, impérieuse nécessité de conquérir une autonomie vis à vis de celui qui est (perçu comme) le néo-colonisateur, quand bien même ses écrits plus spécifiquement politiques indiquent que c’est politiquement que se règleront ces questions qui continuent à travailler le corps social.


 

 

L’oeuvre de Fanon garde une actualité incontestable et ses écrits dans le contexte post-colonial tel que nous le connaissons aujourd’hui présentent toujours un intérêt majeur.

Et si la tentation est grande d’interpréter la pensée de Fanon, se confronter directement à ses écrits demeure un moyen efficace pour déchiffrer la situation actuelle, un passage instructif et stimulant pour penser notre société et agir.


Y.M & A.V

 

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