Mardi 31 août 2010
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Lorient le 28 août 2010
Lettre ouverte à Bernard Poignant, Maire de Quimper et Pascal Mailhos, Préfet du Finistère
Messieurs,
Le 18 mai 2010, vous avez inauguré une stèle en hommage aux prisonniers de guerre français, allemands, coloniaux et nord-africains, qui ont transité dans le camp de
Lanniron à Quimper. Concernant les prisonniers de guerre coloniaux et nord-africains, vous avez apposé un chiffre dont vous saviez pertinemment qu'il ne correspondait pas à la réalité d'autant
que vous avez travesti un document historique (rapport de la Croix-Rouge internationale) et vous donnez à lire, de ce fait, des indications erronées. Vous avez fait inscrire -malgré mes
nombreuses recommandations : « En ce lieu, durant la seconde guerre mondiale, les autorités militaires allemandes ont détenu comme prisonniers de guerre plus de 2 000 soldats métropolitains et 7
746 soldats issus des colonies françaises d’Afrique et d’Asie [...] » alors que :
- ce chiffre de 7746 datant de mai 1941 englobe les prisonniers blancs (vraisemblablement des métropolitains) au nombre de 803 et une centaine de civils internés à
tort dans ce camp ; les Nord-Africains étaient de loin les plus nombreux et je ne suis pas certaine qu'ils se retrouvent dans cette appellation « colonies françaises d'Afrique et d'Asie »
;
- il est impossible de chiffrer précisément le nombre de ces prisonniers ayant transité dans ce camp compte-tenu des nombreux transferts entre frontstalags. Ainsi à
Rennes, on estime leur nombre à 12000 alors qu'il en restait 5939 en mai 1941 (Rapport Croix-Rouge internationale). Si le Maire de Rennes et le Préfet d'Ille et Vilaine veulent également rendre
hommage à ces prisonniers, trouveriez-vous correct que soit apposé ce chiffre de 5939 sur une stèle ? J'imagine que non et c'est pourtant ce que vous avez fait. On peut penser que ces prisonniers
venus de l'Empire étaient au moins 8000 à être rattachés au frontstalag de Quimper et peut-être beaucoup plus au début de ce temps de captivité.
Vous demandez à ce qu'on respecte votre hommage que vous qualifiez d'unique en France mais, réclamer une rectification ne porte pas ombrage à cet hommage, bien au
contraire. La correction de votre erreur s'impose pour :
- respecter tous les hommes qui ont transité par ce camp sans en oublier un seul ;
- respecter les personnes qui vont se recueillir sur cette stèle ;
- respecter la mémoire des prisonniers et des personnes qui les ont soutenus ;
- respecter le travail des historiens.
L'État s'est engagé en cosignant cette stèle mais une mémoire de pierre qui se veut immuable ne peut être galvaudée par autant de désinvolture.
Aussi, je demande à nouveau par cette lettre ouverte de modifier le libellé de la stèle – c'est possible techniquement -afin d'offrir à ces hommes injustement
oubliés un hommage des plus digne.
Armelle Mabon
Historienne Auteur de
Prisonniers de guerre « indigènes » Visages oubliés de la France occupée
La Découverte 2010
Nota : le titre de l'article est du webmestre
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