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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 06:31

Mohamed (Clichy-sous-Bois)


grasse-forum-14-Mohammed.jpg« Je viens de Clichy-sous-bois  la ville où Zyed et Bouna, deux enfants poursuivis par des policiers sont morts en 2005 dans le transfo où ils s’étaient réfugiés. Ce drame, même si d’autres facteurs ont joué, a été un déclencheur de ce que l’on a connu dans les quartiers populaires en 2005. Ce manque de respect, l’absence de droit commun que connaissent les habitants de nos quartiers expliquent l'explosion qu'il y a eu partout en France pour dénoncer un état de fait qui persiste : depuis les années 80, des crimes sont commis, ne sont pas punis, ce n’est pas tolérable.
Aujourd’hui, on est venus à Grasse, rejoindre d’autres comités qui soutiennent la lutte pour Hakim Ajimi,  mais également pour soutenir les mobilisations pour Ali Ziri, Lamine  et celles de Villiers le Bel, comme  celles de Clermont-Ferrand,  d’Aulnay… La liste est longue.
 On est là pour dire que cela doit cesser et pour que cela cesse, il faut que ce problème des violences policières devienne un problème national.  Quand je dis national, je m’adresse particulièrement à ces hommes et femmes politiques qui, quand ça les arrange, savent très bien mettre en avant certains sujets mais qu’on n’entend pas ou qu’on ne voit  jamais dans les combats menés dans ces quartiers où le droit commun n’existe pas, ces quartiers, où les enfants ont droit qu’on leur ôte la vie sans que personne ne trouve cela indigne ou inadmissible.
A un moment ou à un autre, si les hommes et les femmes politiques ne sont pas capables d’agir, il faudra que nous portions ce problème au plus haut et lui donner toute sa dimension politique pour que ces méthodes cessent. Comme d’autres l’ont dit, on ne mène pas un combat contre la police,  nous menons un combat contre ceux qui, aujourd’hui dans le camp policier, ne respectent pas la loi, alors qu’ils sont censés normalement nous protéger et non pas nous faire peur. 
Il faut que les policiers aient le courage de dénoncer les dérives de leurs collègues. On a tous un côté humain et à un moment il faut bien que ce côté humain ressorte et s’exprime pour que soit mis fin à une situation où ce sont toujours les mêmes qui trinquent.



grasse-forum-15.jpgLa question des quartiers populaires reste un problème national. Malheureusement elle est souvent mise à l’écart, pour ne pas dire plus.
Pourtant aujourd’hui les quartiers populaires sont un véritable laboratoire pour la politique qui se met en place. Et ces quartiers populaires, c’est nous. Et ce qui s’y passe, pour les autres, ce n’est pas leur problème. Et pourtant, ce devrait être le problème de tous. Lorsqu’il y a des enfants qui meurent, ce sont toujours les mêmes : ce n’est pas parce qu’on s’appelle Mamadou, ou Mohamed qu’on a le droit de mourir.
Il n’est pas normal non plus que nos enfants finissent par s’entretuer parce qu’aujourd’hui le système crée cet état  de choses. On dénonce, on déplore mais ce n’est pas suffisant. Il faut absolument que l’ensemble des problèmes que les quartiers populaires rencontrent aujourd’hui devienne une cause nationale. Il ne faut pas se le cacher,  si rien n’est fait, on ne sait ce qui peut se passer demain tant l’exaspération est grande. Nous ne sommes pas du bétail, nous sommes des êtres humains et nous avons le droit d’être heureux. Nous ne demandons qu’une chose un droit commun ni plus ni moins. 
Il faut être conscients qu’ils ne feront rien pour nous, c’est pour cela qu’il nous faut rester mobilisés.  Il nous faut être capables de faire le pas, «  de traverser le trottoir »  pour dire qu’on ne veut plus de ça. Il nous  faut intervenir différemment, intelligemment,  à notre façon et non pas à la manière qu’ils attendent, c’est à dire que cela dégénère. Ne tombons pas dans certains travers qui leur rendraient service, soyons dignes comme la famille d’Hakim l’a été jusqu’au bout, comme les autres familles qui ont connu les mêmes drames. Restons mobilisés pour que la justice soit faite.  Et avec ces affaires  qui ne vont pas jusqu’au bout les familles ont du mal à faire leur deuil.
On est venus de Paris,  où d’ailleurs en ce moment se déroule à la fontaine des Innocents un rassemblement de solidarité avec ce qui se passe ici. Une solidarité qu’il faut continuer à construire. Restons mobilisés.
(Propos recueillis par Y.M. & A.V.)

Par Différences. La revue - Publié dans : Police Justice
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 06:21

Adil :


D’abord nous tenons à vous faire savoir que nous avons monté un comité sur Marseille-Avignon. Aujourd’hui, la situation a vraiment quelque chose de particulier, le côté émotionnel est présent chez tous mais il va falloir  aussi dépasser ça pour parler du racisme d’Etat qui est validé par tous les partis politiques.
 Aujourd’hui, il va falloir investir le terrain de la mobilisation sociale. Cela fait trente ans que certains militent, ils se sont mobilisés et pourtant des meurtres, il y en a tout le temps. Il va donc falloir que chacun d’entre nous – ceux qui en ont la capacité, qui connaissent une certaine stabilité parce que la pauvreté et la précarité n’aident pas à militer- s’investisse davantage, en tout cas pour ceux qui ont des responsabilités.
Aujourd’hui,  parmi ces associations qui militent depuis trente ans, parmi ces individus tout seuls qui militent en leur nom depuis trente ans, un certain nombre poussent vers le mouvement des quartiers populaires et de l’immigration parce que outre la violence policière, il y a tout qui s’abat sur nous : la question du logement, la question du travail –dernièrement il y a même une loi qui a été votée au parlement où des conditions sont mises au travail de nos mères, de nos sœurs, même le travail dans le privé peut leur être interdit. Jusqu’à quand va-t-on dormir ?

grasse-forum-13.jpg

Il faudra qu’à un moment nous soyons courageux. Face à nos revendications de logement, de travail, par exemple pour nos sœurs même dans les crèches privées, face au développement de l’islamophobie, il faudra qu’on trouve une réponse politique parce que si on attend que les organisations politiques agissent à notre place, je peux vous le dire sereinement aujourd’hui, le calcul est vite fait, même si je ne suis pas ancien pour le dire, il est évident que s’il n’y a pas de mobilisation sociale et la réponse politique qui va avec, il est certain que mon fils de dix ans, il va encore se les traîner ces problèmes.
Il faut qu’on soit présent sur tous les combats politiques, qu’on pousse pour le  développement des mouvements des quartiers populaires et de l’immigration.
Pour en revenir à la lutte d’aujourd’hui, nous on ne fait pas le procès de la police, mais la police et l’Etat et la justice sont en train de se tirer eux-mêmes une balle dans le pied. Ce que nous réclamons , c’est qu’il n’y ait pas d’impunité. Si tension, il y a, ce n’est pas nous qui l’aurons créée, ce sont eux qui sont en train de la créer parce qu’ils essaient de protéger des gens qui sont improtégeables.
Pour notre part, si nous, on tend la main à ces policiers qui  font leur boulot tous les jours, qui servent la citoyenneté, il faut que eux ne protègent pas leurs collègues qui commettent des fautes impardonnables. C’est important pour la cohésion sociale. Nous, on est Français et on veut la paix. On est là pour vivre avec tout le monde.  On n’est pas là pour Hakim, parce qu’il s’appelle Hakim ; cela aurait été François, cela aurait été la même chose et demain, c’est déjà François.
Aujourd’hui, ce sont les pauvres qu’on attaque qu’ils s’appellent François ou Hakim, ce sont les pauvres qu’on attaque, il ne faut pas qu’on l’oublie.
 (Propos recueillis par Y.M. & A.V.)

Par Différences. La revue - Publié dans : Police Justice
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 06:18

Richard : 

 

Comme vieux Grassois, je suis de ce quartier, j’ai vécu, j’ai joué avec des camarades calabrais, piémontais, plus tard de l’Andalousie espagnole et aujourd’hui je veux exprimer mon amitié à vous tous. Ce que je veux surtout dire, c’est qu’en tant que Grassois, j’accuse la ville de Grasse, j’accuse les dirigeants grassois, la mairie de Grasse. Je tiens à faire remarquer, et ce n’est pas anodin, que le jour de ce meurtre à Grasse, c’était la fête de la Rose (1) et le jour de la fête de la Rose, dans l’esprit de cette ville bourgeoise et insolente, il ne peut y avoir de débordements. Il y avait un a priori raciste parce que cette ville aussi est raciste. Ce n’est pas ma ville, ce n’est plus ma ville, et j’en appelle aux Grassois parce qu’il en va de l’honneur de ma ville, de notre ville. Cela a pu jouer comme une sorte de préméditation. Il y avait déjà délit de faciès. La Place du Jeu de Ballon doit être clean, c’est à dire que les Arabes restent dans leur Vieille Ville comme hier les Piémontais, les Espagnols ou les Calabrais.

 grasse-forum-12.jpg
Ce que je veux vous dire, c’est que vous, vous êtes la force, la richesse de Grasse. Hier avec le Piémont, c’était la fleur avec les ouvriers des parfumeries. Aujourd’hui, parce qu’il n’y a pas une villa ici qui n’ait été façonnée par ces ouvriers, ces travailleurs, ces maçons, tunisiens, algériens ou cap-verdiens, etc.
(1)    La Fête de la Rose dans la capitale de la parfumerie qu’est Grasse est la fête de la fleur et non celle d’un parti politique. (ndlr)
(Propos recueillis par Y.M. & A.V.)

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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 06:14

Choukri :
grasse forum 11 choukriBeaucoup de jeunes meurent entre les mains de la police, et ces affaires se retrouvent étouffées parce qu’il n’y a pas de comité de soutien comme ici à Grasse. Pour les Comités, il est essentiel de rétablir la vérité car la version policière ou médiatique présente les victimes comme des voyous, des alcooliques, des drogués,  des violents. Hakim était un  jeune comme n’importe quel jeune, avec ses problèmes mais il ne méritait pas le mort. 
Un autre point également importante, c’est de coordonner ces comités, ainsi sont partie prenante dans l’affaire Ajimi, les comités Ali Ziri, Lamine Dieng, Wissam El Yamni, Abou Bakari Tandia, Mamadou Marega,  Abdel El Jabri, Djamal Ghermaoui. Il nous faut également rappeler les soutiens d’Abderrhamane  et Adama Kamara, de Villiers le Bel. Ils vont purger de longues peines à cause des émeutes  de 2007.
Les policiers quant à eux, quand ils tuent dans les quartiers ne prennent souvent que du sursis comme pour les peines requises ici par le procureur à Grasse. On n’est même pas sûrs que les juges vont les prononcer. Une mascarade en vérité. On est d’ailleurs sortis du tribunal pour montrer qu’on était « dos à la justice », et montrer clairement notre opposition, ce qui ne veut pas dire que l’on veut inciter à brûler, à casser. Ici à Grasse, on a été exemplaires, on nous  a vus dans les médias, on nous a suivis et pourquoi ? Parce que la famille a été digne comme tous, même lorsque le tribunal n’a pas  requis de prison ferme.
On a besoin  de vous. Le MIB, avec d’autres associations est organisateur d’une campagne, « Police, Personne ne bouge » dont le comité Ajimi fait partie.  Je vous invite à la rejoindre.
 (Propos  recueillis par Y.M & A.V.)

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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 06:09

Annie :
grasse-forum-09-Annie.jpgJe suis militante à la CGT et je suis aussi dans un parti politique, le Parti Communiste. Mais comme militants  politiques et syndicaux,  nous ne sommes pas encore assez nombreux. Je crois qu’il est nécessaire et important pour l’action que nous avons tous menée à travers ce comité « Vérité et Justice pour Hakim » depuis quatre ans,  de continuer à être unis et ensemble mais aussi à quelques mois des élections, de profiter effectivement de cette période pour faire avancer les choses. Il nous faut interpeller les candidats sur ces questions. Il faut absolument que les choses changent. A Grasse, il nous faut également demander des explications au maire et aux autorités municipales qui ne sont pas là malgré la gravité des faits.
(Propos recueillis par Y.M. & A.V.)

Par Différences. La revue - Publié dans : Police Justice
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