Mardi 2 mars 2010
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LÉVY Laurent, "La gauche", les Noirs et les Arabes, La Fabrique, 2010, 142 p. 13 euros
La loi sur le foulard à l'école, les émeutes de
novembre 2005 dans les banlieues françaises, l'Appel des Indigènes de la République : autant d' événements où sont apparus des clivages graves dans ce qu'on appelle « la gauche » -
qu'il s'agisse de l'ex-LCR, du Parti communiste, des Verts ou des anarchistes. Dans tous ces groupes et partis, on trouve des fondamentalistes de la laïcité, des « républicains », des
féministes institutionnelles qui crient aux valeurs bafouées ou au communautarisme. Laurent Lévy décode le racisme et la haine de l'islam dissimulés derrière chacun de ces
discours. Il décrit le combat de la jeunesse populaire postcoloniale : les « islamogauchistes », le collectif « Une école pour toutes et tous », les Indigènes. Un livre qui fera
grincer bien des dents mais qui défend l' égalité de n'importe qui avec n'importe qui - valeur républicaine après tout.
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Lundi 1 mars 2010
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GISTI, Le guide de la nationalité française, nouv. éd., La
Découverte, 2010, 210 p. 14 euros.
Les polémiques récurrentes
autour de la question de la nationalité témoignent des en-jeux politiques et idéologiques sous-jacents. Sur fond de référence à l'« identité nationale », on assiste à un durcissement
constant des conditions d'accès à la nationalité française. Les difficultés rencontrées par les étrangers qui demandent à être naturalisés, mais aussi par ceux à qui la loi
reconnaît la possibilité de devenir Français par simple déclara-tion, sont difficilement dissociables de la volonté de « maîtrise des flux » qui régit l'ensemble de la politique
d'immigration. Malgré les débats sur le sujet, les règles qui régissent l'attribution et l' acquisition de la nationalité française sont mal connues. Cet ouvrage s' assigne donc un
double objectif : ? offrir à tous une information claire et accessible sur une question dont on saisit de mieux en mieux le caractère crucial et qui ne doit donc pas demeurer le
monopole des spécialistes, notamment des juristes ; ? permettre aux personnes directement concernées d' avoir une vue précise de leur situation au regard de la
nationalité française et les informer sur les conditions dans lesquel-les elles peuvent acquérir ? ou, le cas échéant, perdre ? cette nationalité.
Fassin Didier (dir.), Les nouvelles frontières de la société française, La Découverte, 2010, 600 p. 28 euro.
Au cours des dernières décennies, les frontières du territoire français se sont refermées pour celles et ceux, désormais indésirables, en provenance des
pays non communautaires, qu'ils soient travailleurs, étudiants, demandeurs d'asile, enfants ou conjoints d'étrangers. Mais parallèlement à ce phénomène d'autant plus manifeste qu'il est
devenu objet de surenchère politique, d'autres frontières moins visibles se sont constituées à l'intérieur de l'espace national. Raciales, ethniques ou religieuses,
elles définissent des lignes de partage que la reconnaissance tardive des discriminations et la montée de revendications minoritaires ne permettent plus d'ignorer. Longtemps
pensées séparément, les unes à travers la « question immigrée », les autres en termes de « racialisation », ces frontières extérieures et intérieures sont étroitement liées, tant dans
les histoires familiales que dans les discours publics. Résultat de quatre années d'enquêtes menées par une équipe de sociologues, anthropologues, historiens, politistes, juristes,
psychiatres et psychanalystes, cet ouvrage met au jour les transformations contemporaines des identités et des altérités dans la société française.
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Dimanche 28 février 2010
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Mabon Armelle, Prisonniers de guerre "indigènes" : visages oubliés de la France occupée, La
Découverte, 2010, 300 p. 23 euros.
Après la
débâcle de juin 1940, les combattants de l'armée française sont faits prisonniers. Tandis que les métropolitains partent pour l'Allemagne, les prisonniers coloniaux et nord-africains
prennent le chemin des frontstalags répartis dans la France occupée. En avril 1941, près de 70 000 hommes sont internés dans vingt-deux frontstalags. Ces prisonniers nouent des
contacts singuliers tant avec l'occupant qu'avec la population locale qui les réconforte, voire les aide à gagner les maquis ou la zone Sud. Lorsqu'en janvier 1943 le gouvernement de
Vichy accepte de remplacer les sentinelles allemandes par des cadres français, ils se sentent trahis. À la Libération, leur retour en terre natale, parfois très tardif,
s'accompagne de nombreux incidents dont celui, particulièrement grave et meurtrier, survenu à Thiaroye, près de Dakar, en décembre 1944 ? l'armée française fait trente-cinq morts
et autant de blessés parmi les « tirailleurs sénégalais », sous prétexte qu'ils se sont mutinés pour obtenir leurs droits d'anciens prisonniers de guerre. Il fallait révéler cette
histoire occultée. Armelle Mabon a découvert le destin de ces hommes grâce aux archives d'une ancienne assistante sociale du service social colonial de Bordeaux. Une dizaine d'années
durant, elle a étudié les archives publiques et privées, recueilli de nombreux témoignages inédits, faisant le choix d'évoquer la captivité de tous les ressortissants de l'empire.
Cet ouvrage donne la mesure de l'injustice, du déni d'égalité et du mépris dont s'est rendu coupable l'État, durant l'Occupation, mais aussi par la suite. Un sujet d'une douloureuse
actualité.
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Samedi 27 février 2010
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Thomas Hélène, Les vulnérables : la démocratie contre les pauvres, Le Croquant, coll. Terra, 2010, 254
p. 20 euros.
Depuis le début des années 1980, les
démocraties et les organisations internationales ont modifié leur approche des populations défavorisées, revenant sur plus de deux siècles de développement et de mise en ouvre
des idées progressistes de promotion sociale et d'accès à la citoyenneté. La notion de vulnérabilité est la pierre angulaire de ce changement. Désormais la guerre est déclarée non
plus à la pauvreté mais aux pauvres, enrôlés dans ce combat contre eux-mêmes. Ils font l'objet de la vigilance des savants, de la sollicitude des experts et d'une surveillance continue
des acteurs publics et ne sont plus traités comme des citoyens malheureux ou mal intégrés mais comme des incapables. Cet ouvrage revient d'abord sur les fondements de cette
révolution conceptuelle. Une archéologie des termes permet de comprendre comment ils se sont généralisés dans les discours publics depuis la fin du dernier millénaire. Puis il étudie
les instruments de ce nouveau gouvernement des pauvres qui les coupe de l'exercice de leurs droits humains et de leurs libertés fondamentales. Comment ce remplacement de l'égalité
par l'équité, de la liberté par la dignité, de la fraternité par la responsabilité s'est-il opéré ? Sur quels principes juridiques fondamentaux et politiques contradictoires, néanmoins
conciliés dans une nouvelle théorie sociale, s'appuie-t-il ? Enfin le livre met en lumière les effets de ces dispositifs d'urgence permanente sur l'existence des vulnérables
assignés au rôle de victimes. Leur traitement qui combine protection rapprochée et contrôle à distance repose sur l'individualisation et la psychologisation de leur condition et en fait
tantôt des martyrs médiatisés tantôt des cibles discrètes d'interventions bienfaisantes condamnées à la désubjectivation et au silence.
(Notice d'éditeur)
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